CHAPiTRE ONZIÈME
DE LA MEMOIRE. — DE L IMAGIiNATION. — DE L .ASSOCIATION DES IDÉES-
L — De la mémoire.
1. L'intelligence ou la faculté de connaître, n'est pas seulement la fo^culté d'acquérir des connaissances, elle est de plus la faculté de conserver, de combiner et d'associer ces mêmes connaissances. Dans cette triple fonction elle s'appelle mémoire, imagination, association des idées.
2. La mémoire est tantôt instinctive et tantôt volontaire. On peut distinguer les résultats qu'elle donne dans ces deux cas par les noms de réminiscences et de souvenirs. La mémoire se cultive et s'améliore par l'exercice, comme au contraire elle s'affaiblit par le défaut d'usage.
3. Nulle faculté ne parait être plus dépendante des modifications de la matière cérébrale. Elle varie comme cette matière suivant les différents âges de la vie et souffre la première des atteintes des maladies ou des passions qui ont leur source dans le corps.
4. On distingue la mémoire locale, la mémoire des noms, la mémoire des sons, la mémoire des idées, la mémoire des mots. L'attention de notre esprit se porte plus facilement sur les objets dont la mémoire nous est la plus facile. Celui qui a la mémoire des mots risque d'être peu attentif aux idées : en ce sens, la mémoire est nuisible à l'intelligence.
142 DE l'imagination.
5. L'attention est une des conditions essentielles de la mémoire. Le souvenir est généralement en proportion de l'attention qui a été donnée à. l'idée au moment de son acquisition.
6. Généralement on retient beaucoup plus facilement ce qui se connaît par le sens de la vue, c'est-à-dire les combinaisons de couleurs et de figures. Cette remarque peut être utile dans les méthodes d'enseignement. On rendra en effet plus faciles à retenir tous les faits qu'on aura pu réduire en tableaux et présenter à l'œil.
7. Enfin l'ordre est encore une condition importante de la mémoire, et cela tient au phénomène de l'association des idées dont nous allons nous occuper tout à l'heure.
8. La mémoire est accompagnée de certitude, et la certitude de la mémoire, aussi légitime que la certitude des sens et celle de la conscience, n'est pas plus que celles-ci susceptible de démonstration.
9. La mémoire a deux rapports avec les autres facultés secondaires de l'intelligence : 1° elle leur fournit des éléments; 2° elle conserve leurs produits. Sous ce double rapport, il est facile de comprendre toute l'importance de la mémoire. Une intelligence sans mémoire est comme une ville sans garnison (1).