CHAPITRE TREIZIÈME
1. Le mot liberté n'est pas employé constamment dans le même sens. Par la liberté nous avons entendu V affranchissement de la volonté ; mais on lui fait souvent
DÉMONSTRATION DE LA LIBERTÉ. i57
signifier la volonté elle-même, le pouvoir de vouloir, ou plus généralement encore le pouvoir d'être cause instinctivementj ce que nous avons appelé activité. Enfin, il y a encore un sens plus vulgaire, celui que nous avons attaché au mot puissance ou le pouvoir d'exécuter. Pouvoir d'être cause; pouvoir d'être cause volontaire ou de se résoudre; indépendance de ce pouvoir; pouvoir d'exécuter : voilà les quatre sens du mot liberté, sans parler de la liberté civile et de la liberté politique qui ne sont pas de notre sujet.
2. Si on prend le mot liberté dans le sens de pouvoir d'exécuter, la liberté ainsi entendue est extrêmement limitée, et elle dépend de certaines lois et de certaines causes extérieures. Si donc, en se renfermant dans cette acception, on demande : La liberté de l'homme dépend-elle de sa volonté? L'homme est-il maître de sa liberté? Evidemment il faudra répondre iion. C'est ainsi que plusieurs philosophes, Hobbes entre autres, ont résolu la question. Mais le tort de ces philosophes est d'avoir ensuite appliqué cette solution à tous les sens du mot liberté, et d'avoir dit d'une manière générale que l'homme n'est pas libre, dans quelque sens d'ailleurs qu'on prît ce mot.
3. Si on prend, comme nous avons fait, le mot de liberté dans le sens d'affî^anchissement de la volonté, et qu'on demande si la liberté, ainsi entendue, existe, la réponse est facile. Ainsi que nous l'avons expliqué, la liberté, comprise dans ce sens, est une conquête, le résultat d'une lutte ; elle existe donc à un certain degré dans celui qui a entrepris la lutte, elle n'existe à aucun degré dans celui qui ne l'a pas entreprise; elle est proportionnée au temps et à l'énergie de la lutte, et par conséquent elle se présente dans l'humanité à une foule de degrés divers.