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CHAPITRE QUATORZIÈME

DU MOI. — DE SON UNITÉ. — - DE SON IDENTITÉ. I. — Du moi.

1. Le moi, c'est l'être auquel nous rapportons les différents faits que la conscience aperçoit, comme les corps sont les êtres auxquels nous rapportons les qualités extérieures perçues parles sens.

2. Le moi, ce n'est donc pas telle sensation, .telle idée, telle volition, c'est Vêtre auquel nous concevons nécessairement que cette sensation, que cette idée, que cette volition, appartiennent; comme un corps, ce n'est pas telle couleur, telle odeur, telle forme, etc., mais c'est Vêtre auquel nous concevons nécessairement que cette couleur, cette odeur, cette forme appartiennent.

3. Ce n'est pas la conscience qui nous révèle le moi, mais c'est la raison, à l'occasion des faits de conscience ; comme ce ne sont pas les sens qui nous révèlent les corps, mais la raison à l'occasion des perceptions des sens. Le moi ne tombe pas sous la conscience, commue les corps ne tombent pas sous les sens ; mais sans la conscience nous ne concevrions pas le moi ; comme sans les sens, nous ne concevrions pas les corps.

4. Les faits de conscience qui nous révèlent surtout le moi, ce sont les volitions, et le moi ne s'affirme comme être, qu'en s'affirmant surtout comme cause. En même temps, il affirme les causes extérieures qui produisent en lui des sensations. Ces deux affirmations du moi et du non-moi

i)Ë l'unité du moi. iéS

sont simultanées et non pas successives ; Tune ne conduit pas à Tautre, mais chacune est la condition et le contraste de l'autre.

5. L'âme agit primitivement sans avoir aucune conscience de ses actes. Alors la notion du moi n'existe pas. Quand elle est formée, elle demeure suspendue chaque fois que la conscience éprouve une interruption, comme dans le sommeil profond, la léthargie, le délire. Enfin, nous ne sommes pas autorisés à croire que nous ayons jamais conscience de tous nos actes ; le contraire est même indubitable ; et par conséquent la notion du moi n'est jamais qu'une révélation partielle et incomplète de l'âme.

ÎL — De l'unité du moi.

d. Quoique les faits de conscience soient multiples et fort variés, nous concevons qu'ils appartiennent tous à un seul être. Ainsi deux sensations semblables ou différentes, deux sentiments, deux idées, deux volitions, ne supposent pas deux êtres, mais un seul être; de même une sensation et une idée, un sentiment et une volition, etc., ne supposent pas deux êtres, mais un seul être; en un mot, plusieurs faits de conscience, semblables ou différents, ne supposent pas un même nombre d'êtres, mais toujours un seul être.

2. Et par un seul être, sujet de ces faits divers, nous n'entendons pas un composé dont les parties ne changent pas, mais au contraire un être sans parties. Vunité de cet être, c'est l'indivisibilité, la simplicité absolue. Nous con^ cevons comme répugnant absolument à la nature du moi que le moi soit étendu, qu'il offre plusieurs points distincts, qu'il occupe une place.

i66 DE l'identité du moi.

3. Il n'en est point du tout ainsi de ce qu'on appelle unité dans les corps. Cette unité est au fond l'harmonie des parties, et, par conséquent, loin d'exclure la pluralité des parties, elle la suppose. Le corps humain est un, c'est-à-dire que les divers membres coopèrent à une fonction commune, chacun suivant sa destination et la place qu'il occupe dans l'ensemble. Une œuvre d'art est dite une pour une raison semblable; mais quand nous disons que l'esprit humain est un, nous n'entendons pas que ses parties s'harmonisent et concourent en une même fin, nous entendons expressément qu'il n'y a en lui aucune partie, et que la supposition qu'il puisse y en avoir est une absurdité.

ill. — De l'identité dU moi.

d. L'unité du moi, considérée dans le temps, se nomme Yidentité; nous ne concevons pas seulement que dans le moment actuel il existe un moi unique et simple, mais que ce moi dure ou persiste, que le moi d'aujourd'hui est le même que celui d'hier, que celui de demain, que celui de toute la vie.

2. Les éléments dont se composent les corps peuvent varier et varient en effet souvent. Par exemple, les éléments du corps humain se renouvellent sans cesse; de jour en jour et même de moment en moment, quelques-uns d'entre eux se retirent de l'organisation pour faire place à d'autres. On dit cependant que- le corps humain est identique ; mais l'identité dont il s'agit est seulement une identité de fonctions et de relations; l'identité du moi est au contraire une identité de substance, c'est l'identité dans toute la force du terme ; l'autre n'en est que l'image.

3. L'identité nous est connue à l'occasion de la succession des faits que la conscience nous révèle et que la mémoire

QUESTIONNAIRE DU QUATORZIÈME CHAPITRE. lÔl

nous rappelle ; à son tour elle nous révèle le temps ou la durée absolue. Mais ce n'est point la mémoire qui constitue notre identité, ce n'est pas non plus notre identité qui constitue la durée absolue.

QUESTIONNAIRE

Du moi.

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