‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 117 sur 271 · I. — Distinction de Tâme et du corps · texte numérisé non relu

I. — Distinction de Tâme et du corps

1. Nous ne discuterons pas les difficultés qui ont été élevées sur la question de la spiritualité de l'âme; mais nous décrirons d'une manière simple et fidèle la manière dont se forme en nous, par le bon sens et par la réflexion, la croyance à cette spiritualité.

2. Une substance n'existe pour nous à aucun degré, tant qu'elle n'est révélée par aucun phénomène, et elle n'est pour nous qu'autant qu'elle se révèle et suivant les phénomènes par lesquels elle se révèle.

3. En second lieu, ce n'est qu'en vertu de la différence des phénomènes que nous prononçons qu'il y a différence de nature entre les substances elles-mêmes : nous affirmons que celles-là sont semblables qui se révèlent par des phénomènes semblables, et que celles-là diffèrent qui se révèlent par des phénomènes dissemblables; enfin la contradiction complète des phénomènes nous fait affirmer l'opposition absolue des substances.

4. Toutes nos affirmations sur les substances sont donc faites en vertu de ces deux principes rationnels :

i° Tout phénomène révèle une substance ;

â*^ Des phénomènes semblables révèlent des substances semblables ; différents, de différentes ; contraires, de contraires*

DISTINCTION DE i/aME ET DU CORPS. 469

5. C'est d'après ces deux principes que le sens commun prononce : 1° sur l'existence de l'âme et du corps ; 2° sur leur différence de nature. D'après ces principes, il est vrai en premier lieu, que l'âme et le corps existent réellement, si les phénomènes par lesquels chacune de ces substances se révèle, sont réels eux-mêmes ; et il est vrai, en second lieu, que ces deux substances sont différentes de nature si leurs propriétés essentielles sont aussi différentes et au degré où elles sont différentes.

6. Les sens nous font percevoir les diverses qualités des corps en général et de notre corps en particulier, telles que les couleurs, les sons, la chaleur, la dureté, l'étendue, etc.; nous en concluons immédiatement l'existence de certaines substances appelées coi^ps, notre corps, dont les couleurs, les sons, la dureté, l'étendue, etc., sont les propriétés. De même par la conscience nous apercevons en nous certains faits, et par suite certaines propriétés; ce sont les idées, les sentiments, les efforts, les résolutions, etc., et les propriétés d'où ces faits résultent, c'est-à-dire l'intelligence, la sensibilité, l'activité ; et de ces faits et de ces propriétés, nous concluons immédiatement un être appelé moi ou âme (1) à qui ces faits et ces propriétés appartiennent. Ces deux substances, le corps et le moi ou Vâmey existent donc réellement ; mais sont-elles différentes ou semblables ? Elles sont différentes si leurs propriétés essentielles sont différentes, semblables si ces propriétés sont semblables.

7. Toute la question se réduit donc : 1° à faire une liste exacte des propriétés essentielles des corps ; 2° à faire une liste exacte des propriétés essentielles du moi; 3° à exami-

(1) Le moi n'est pas toute l'âme, mais il est l'âme. La science de l'âme n'est pas toute dans la science du moi; mais ce que nous savons et affirmons légitimement du moi, c'est bien de l'ânie que nous le savons et que nous sommes en droit de l'affirmer.

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ner si les propriétés qui composent la première liste ressemblent ou ne ressemblent pas aux propriétés qui composent la seconde ; 4" à prononcer en conséquence que les deux substances sont elles-mêmes semblables ou dissemblables.

8. C'est à la physique à fournir la première liste ; elle peut se réduire aux deux propriétés suivantes: d** comme substances, les corps sont étendus, ont des parties, occupent une place ; 2" comme causes, les corps sont inertes, c'est-à-dire qu'ils subissent l'action et ne la produisent pas.

9. La psychologie donne les propriétés essentielles du moi ; elles peuvent se réduire à deux : 1« comme substance, le moi est un, n'a pas de parties, n'occupe pas de place ; 2° comme cause, le moi est actif, c'est-à-dire qu'il a l'initiative de ses actes, il veut.

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