I. — Des principes
i. Il faut entendre par principe toute proposition qui sert à en établir d'autres parle raisonnement.
2. Les conséquences ainsi établies deviennent à leur tour des principes de la même espèce que ceux dont on les a tirés.
3. Nous distinguerons cinq espèces de principes, dont la différence est facile à saisir par les cinq exemples suivants (on fera bien d'en chercher plusieurs autres pour chaque espèce) :
« Tout changement suppose une cause, » voilà unprincipe fourni par la raison ;
« La sphère est un volume terminé par une surface dont tous les points sont à égale distance d'un point intérieur appelé centre, » voilà un principe formé par l'abstraction ;
« L'article est un petit mot qui précède le nom et qui en indique le genre et le nombre, » voilà un principe conventionnel ;
« L'éther est un fluide répandu dans l'espace, dont les Vibrations produisent les phénomènes lumineux, » voilà un principe hypothétique '^
t)ES PRINCIPES DE RAISON. J88
« Les volumes des gaz sont en raison inverse des pressions qu'ils supportent, » voilà un principe établi par Vinduction.
4. Cette distinction des principes en plusieurs espèces suivant leur origine est nécessaire pour éviter de les confondre dans la pratique, et d'attribuer aux uns des caractères qui appartiennent à d'autres.
5. Ainsi les principes de raison sont certains indépendamment de toute observation, les principes établis par l'induction n'ont au contraire de certitude que par elle. Les principes abstraits n'ont de vérité que dans l'ordre abstrait, les principes de raison, les principes par induction ont une valeur objective. Les principes conventionnels peuvent changer par la volonté de l'homme, les principes de raison, les principes par induction, les principes abstraits euxmêmes ne dépendent pas des conventions humaines, etc.
6. Par conséquent, suivant le sens dans lequel le mot principe pourra être entendu, il sera vrai, il sera faux que les principes sont immuables, ou qu'ils sont variables ; que les principes sont inventés par les hommes, ou qu'ils sont «supérieurs à toute invention humaine; qu'ils résument
'expérience, ou qu'ils précèdent Texpérience ; que l'expérience doit les vérifier, ou que l'expérience doit les préparer, ou que l'expérience n'a sur eux aucun droit ni de vérification ni de préparation ; qu'ils sont vrais partout, ou qu'ils sont « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà, » etc.