DES PRINCIPES DE RAISON
absolues, de croyances nécessaires, universelles, et autres expressions équivalentes.
2. Ces principes interviennent incessamment dans toutes nos pensées ; c'est par eux que nous affirmons les êtres, les causes, l'espace, le temps, le bien, le mal ; mais ils ont ce caractère remarquable que la plupart des hommes en font naturellement l'applicaiion en une foule de circonstances sans les connaître sous leur forme universelle ou du moins sans y penser. C'est la réflexion qui leur donne cette forme. Ils constituent d'abord le ho7i sens; ils deviennent ensuite la raison.
3. Le bon sens est donc la raison instinctive ; la raison est le bon sens réfléchi.
4. L'énumération précise des principes de raison est fort difficile, sinon impossible ; mais elle n'est pas indispensable ; on peut même douter qu'elle soit utile.
5. Les premiers principes forment avec une facilité extrême des principes secondaires qui ont la même évidence. Le nombre des axiomes apparents est donc plus grand que le nombre des axiomes réels, des axiomes vraiment primitifs.
'6. Ainsi on peut penser que cette proposition : la partie est plus petite que le tout, n'est pas un axiome primitif ; mais dans la pratique elle doit être acceptée comme telle, l'essai qu'on pourrait faire pour la réduire à un autre axiome ne pouvant la rendre ni plus claire ni plus convaincante. Cet essai même aurait un danger, celui d'exercer l'esprit à ne pas être satisfait de l'évidence (1).
7. Il en est de même des premiers principes de la morale et des vérités qui, sans être des premiers principes, y
(1) Quelques mathématiciens difficiles ont en effet tenté cette démonstr-ition, et leur tentative n'a produit parmi leurs confrères et parmi tous leg penseurs que des mécontentements.