I. — De la certitude en général
1. Dans les questions qui précèdent nous avons traité des divers procédés de la connaissance et des règles qui en assurent la légitimité. Tous ces procédés ont une fin corn-
mune, la certitude ou la possession du vrai en tonte sécurité (i).
2. Nous appliquons le mot certain tantôt à nous-mêmes, tantôt aux choses. Nous disons : je suis certain de ce fait, et ce fait est certain. Ce même mot désigne donc tout à la fois et une disposition de l'âme et la réalité des choses. C'est que l'une est pour nous la mesure de l'autre, et quand nous ne saurions douter, nous concevons qu'en effet il n'y a pas à douter.
3. Pour traiter méthodiquement la question de la certitude, il faut la décomposer ainsi qu'il suit :
1° Quelles sont en fait les différentes espèces de certitude?
2'^ Est-il possible de les ramener à une seule et quelle est l'influence de chacune sur toutes les autres ? ou : quelle est leur importance ?
1. Comme toute espèce de connaissance, soit qu'elle atteigne à la certitude ou n'y atteigne point, a du moins la certitude pour fin, il y a donc précisément autant d'espèces de certitude qu'il y a de moyens de connaissance.
2. Toutes ces espèces peuvent être ramenées à l'énumération suivante :
i° Certitude de conscience ; 2^^ Certitude physique ou des sens ; 3° Certitude rationnelle ou des premiers principes, y compris le principe d'induction; 4° Certitude parle témoignage et l'autorité;
(1) J'ai proposé et expliqué ailleurs [Revue de l'enseignement chrétien) cette autre définition : La certitude est la connaissance indubitable du vrai.
5" Certitude logique ou de raisonnement; 6'^ Certitude de mémoire.
3. Car, en fin de compte, tous les moyens de connaître se réduisent à la conscience pour les faits qui se passent en nous, aux sens pour les faits sensibles, à la raison pour les notions et les principes absolus, y compris le principe d'induction, au témoignage et à l'autorité pour les faits qui sont hors de notre expérience et les vérités scientifiques que nous ne trouvons point nous-mêmes, au raisonnement par lequel nous tirons les conséquences des différentes espèces de principes reconnus par nous-mêmes ou acceptés de l'autorité; enfin à la mémoire par laquelle les connaissances précédemment acquises se conservent (1).
4. Y a-t-il réellement des vérités de ces six espèces auxquelles nous croyons fermement ? Cela n'est pas douteux. Chacun de nous croit fermement ;
1° Qu'il pense, qu'il veut, etc. ;
2° Que tel corps est rond, chaud, etc. ;
3° Que tout changement suppose une cause, que les corps sont dans l'espace, qu'il y a des actions justes et des actions injustes, etc.;
4" Que telle ville qu'il n'a jamais vue existe, que telle proposition enseignée unanimement par les hommes spéciaux est vraie, par exemple, que la terre est ronde, etc. ;
5« Que telle conséquence qu'il tire d'un principe est rigoureuse ;
6<* Que tel fait dont il se souvient est un fait parfaitement vrai, etc., etc.
(1) Les principes abstraits, les principes conventionnels et les principes hypothétiques n'ont aucune certitude objective; mais ils servent les uns et les autres k établir des raisonnements : ils appartiennent ainsi à la certitude logique. Ils appartiennent encore à la certitude de conscience comme notions de notre esprit, et à la certitude du témoignage comme faits établis dans la société humaine.
5. Ces certitudes, diverses entre elles par les moyens ou les conditions de leur existence, sont en elles-mêmes toutes' semblables ou plutôt identiques, en sorte qu'il serait plus rigoureux de dire qu'il y a six moyens généraux d'arriver à la certitude, mais une seule certitude. Nous continuerons néanmoins, pour la facilité du langage, à prendre au besoin le mot de certitude dans le sens de moyen d'arriver à la certitude.