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DES SIGNES ET DU LANGAGE DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PENSÉE

i. La pensée n'a pas pour seules conditions d'existence la sensibilité, la raison, l'activité; mais elle tient encore essentiellement à la parole et aux signes en général, et cette dépendance forme l'une des conditions les plus remarquables de notre intelligence ici-bas.

2. On entend par langage tout système de signes sensibles^ de moyens matéi'iels par lesquels l'homme manifeste sa pensée. La pensée c'est la réalité intellectualisée ; le langage, c'est la pensée matérialisée, incarnée, revêtue d'un corps.

3. On distingue plusieurs systèmes de langage : le lan^ gage d'action, le langage parlé, le langage écrit.

4. Le langage d'action consiste dans les gestes, les mouvements de la physionomie, les poses et l'attidude du corps, les sons inarticulés et l'intonation de la voix. Tout cela forme ce qu'on appelle les signes naturels. Les signes naturels sont employés instinctivement et compris de même. Tl n'est besoin d'aucune convention pour leur donner leur valeur, ni d'aucune élude pour la comprendre.

5. Et cela parait surprenant quand on y réfléchit : car, au fond, il semble qu'il n'y ait pas le moindre rapport entre ces signes, qui sont en eux-mêmes des phénomènes purement physiques, et les choses qu'ils expriment, c'est-à-dire des phénomènes purement moraux.

6. Le langage parlé consiste dans les sons articulés. Les sons ou émissions de voix simples et susceptibles d'être prolongés indéfiniment, appartiennent au langage d'action et sont communs à l'animal et à l'homme. Ce qui fait réellement le langage parlé, la parole, ce sont les articulations représentées dans l'écriture par les lettres appelées consonnes. L'articulation séparée du son s'anéantit; les deux réunis forment les syllabes, les mots, les phrases et tout le discours.

7. Le sens des mots est nécessairement de convention, et telle est la différence radicale du langage d'action, et du langage parlé. Dans le langage d'action, un signe au lieu d'un autre serait contraire à la nature; dans le langage

parlé, une infraction semblable est contraire seulement à l'usage établi.

8. Le langage em^ complète d'une manière merveilleuse le langage parlé. De fugitif ï\ le rend durable, le fait survivre à celui dont il exprime la pensée et met en rapport de conversation des hommes séparés par la dislance des lieux et par l'intervalle des siècles.

9. L'écriture est de deux sortes : idéographique ou phonographique.

10. L'écriture idéographique est un système de signes qui représentent directement l'objet de la pensée. Ces signes sont eux-mêmes naturels et forment l'écriture symbolique, ou conventionels, et forment l'écriture hiéroglyphique.

H. L*écriture symbolique n'a été dans Torigine qu'une peinture, réelle pour les objets matériels, allégorique pour les objets moraux. L'écriture hiéroglyphique n'est probablement qu'une écriture symbolique que de nombreuses abréviations ont profondément altérée, au point de ne pouvoir plus être interprétée qu'au moyen d'une clef que les érudits se transmettent; si la transmission est rompue, la clef ne peut se rétablir que par des travaux de comparaison considérables. Tels sont ceux de Champollion-Figeac sur les hiéroglyphes égyptiens.

12. L*écriture phonographique se subdivise aussi en deux classes, savoir : 1° l'écriture syllabique; 2° l'écriture alphabétique. L'écriture syllabique renferme autant de signes qu'il y a de syllabes différentes dans le langage; l'écriture alphabétique donne des signes aux éléments mêmes des syllabes, c'est-à-dire aux sons et aux articulations, ce qui en réduit le nombre à vingt -cinq ou trente.

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