Q6 OBJET DE LA MORALE
sensibilité et l'activité. De ce point de vue la logique ne serait qu'une division de la morale.
3. La morale, comme science, est l'œuvre de l'homme, postérieure à l'état social, et sujette à l'erreur et au progrès. Mais, comme loi des facultés humaines, elle est l'œuvre de Dieu, antérieure à la société, souverainement vraie et invariable. Le bon sens la conçoit spontanément, ou plutôt la reconnaît à mesure qu'elle lui est signifiée du dehors, par l'éducation pour chacun de nous, parla révélation pour la société entière. Ainsi ce n'est point la science appelée morale qui détermine la loi morale de l'homme, bien au contraire elle la suppose. Et ce n'est point la science morale qui juge la loi morale, mais bien au contraire c'est cette loi qui juge cette science. Et la perfection de la science serait. dans son identité avec la loi qu'elle étudie, comme en général la perfection de la réflexion serait dans son entière conformité avec la spontanéité,
4. Nous avons établi que la méthode à suivre en philosophie, en dehors de la méthode d'autorité qui produit la théologie, est la méthode d'observation, qui a son point de départ dans la conscience humaine, c'est-à-dire dans les faits qui se passent en nous. Or, il y a une différence radicale entre les faits de l'homme et les faits de la nature^ considérés par rapport à leurs lois. Cette différence tient à la liberté dont l'homme est doué et qui ne se trouve point dans les autres êtres ; et elle consiste en ce que les faits de la nature sont tous indistinctement l'expression des lois de la nature, tandis que les faits de rhomme sont tantôt l'expression, tantôt TiNFRACTiON des lois de l'homme. De là cette conséquence. Les faits de la nature bien étudiés conduisent par une induction légitime aux lois de la nature; mais les faits de l'homme ne peuvent conduire par aucune interprétation aux lois de l'homme, à înoins que ces lois ne
soient elles-mêmes des faits de conscience saisissables par V observation interne on la réflexion. Ainsi, tandis que les lois de la nature ne tombent point sous l'observation directe, mais se manifestent médiatement par les faits qu'elles produisent, il faut au contraire que les lois de l'homme tombent immédiatement sous l'observation, sans quoi elles resteraient inconnues. Si donc parmi les faits que la réflexion découvre en nous, il s'en présente qui portent le caractère de lois, la science morale sera possible, sinon non.
5. Que certains faits de conscience portent le caractère de lois, c'est ce qui n'est point douteux pour le bon sens, puisque tout homme se croit obligé à certains devoirs. Mais cette question demande à être résolue scientifiquement, c'est-à-dire par l'examen réfléchi.
6. Or, si la loi de l'homme se trouve parmi les faits que sa conscience lui révèle, ce sera parmi ceux qui influent sur ses déterminations. Il faut donc d'abord énumérer les motifs de nos actions, et déterminer leur importance relative ; ensuite décrire exactement le fait auquel on aura reconnu le caractère de loi, et toutes ses circonstances; enfin énumérer, en les classant, les diff'érents devoirs de l'homme, considéré ou comme individu, ou comme être social.
1. Quels sont les rapports de la Morale avec la Psychologie et avec la
Logique ?
2. Quel est l'objet de la morale? Dans un sens la logique n'est-elle
pas une division de la morale ?
3. Quels sont les caractères de la morale considérée comme loi de
rhomme, et de la morale considérée comme science?
4. Qu'y a-t-il à remarquer sur les faits moraux considérés comme ex-
pression des lois de l'homme, et quelle conséquence importante en résulte-t-il?
5. Y a-t-il des faits de conscience qui portent le caractère de lois?