CHAPITRE SIXIÈME
DEVOIRS ENVERS l'HOMME EN GÉNÉRAL ET ENVERS LES MEM- BRES DE LA FAMILLE. — DEVOIRS ENVERS L'ÉTAT.
I. -- Devoirs envers rhomme en général et envers les membres de la famille.
Devoirs envers l'homme en général.
1. Ils se réduisent à deux : 1° ne point porter atteinte au développement légitime des facultés des autres hommes ; 2° les aider dans ce développement. Le premier de ces devoirs est négatif, et découle de l'obligation même où est chaque homme de faire le bien : car de cette obligation naît sa responsabilité, et de sa responsabilité naît son inviolabilité. Le second de ces devoirs est positif, et découle, non
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plus de l'inviolabilité des individus isolés, mais de leur solidarité, en vertu de leur nature commune. Car étant doués de facultés semblables, appelés à un but commun, et mis en société pour y coopérer par des efforts communs, nul ne saurait isoler son devoir du devoir de ceux qui l'entourent, et son bien de leur bien, sans dénaturer par là même ses obligations personnelles.
2. Ne pas porter atteinte au développement légitime des facultés des autres hommes, cela s'entend, soit de leurs facultés organiques et de leur vie animale, qui est sacrée, parce qu'elle est l'instrument, la condition, le moyen de la vie morale, soit et plus directement encore de leurs facultés et de leur vie spirituelles. C'est donc les respecter dans leur existence, dans leur intelligence, dans leur sensibilité morale, dans leur liberté.
3. Aider les autres hommes dans le développement légitime de leurs facultés, cela s'entend dans tous les sens cidessus. De là l'obligation 1" non seulement de ne pas attenter à leur vie, mais de les aider à vivre, de leur procurer le bien-être, de les secourir dans la misère, la maladie, l'adversité. De là l'obligation 2° non seulement de ne pas étouffer leur intelligence et la retenir dans son essor légitime, mais de la seconder, de la favoriser, et surtout de la diriger en lui assignant son but moral. De là l'obligation 3° non seulement de ne pas priver le cœur de l'homme de ses légitimes affections, mais de nourrir son âme de sentiments purs et nobles, de lui enseigner à ne pas donner pour aliment à ce besoin d'aimer qui est le moteur réel de notre vie spirituelle, des objets bas ou intéressés, mais des objets désintéressés et grands. De là enfin l'obligation 4« non seulement de ne pas attenter à sa liberté, soit par l'esclavage proprement dit, soit par une domination odieuse appuyée sur la force physique, soit par tout