‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 195 sur 271 · DES FINS DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DES FINS DE L'HOMME

s'éloignent ou se rapprochent plus ou moins de leurs fins véritables.

3. Nous indiquerons comme exemple trois des fins les plus ordinaires de la vie pratique. La première est celle des hommes qui ne se proposent autre chose en ce monde que de jouir de rexistence; la seconde est celle des hommes qui se proposent de se préparer par le labeur de leur jeunesse et de leur âge mûr une vieillesse agréable, consacrée à un repos légitime. La troisième est celle des hommes qui se proposent de préparer l'avenir de leurs enfants.

4. La première fin, qui se résume par ces mots jouir de rexistence, peut, au début, être érigée en principe de conduite presque innocemment et par l'inconsidération d'un cœur livré trop exclusivement à ce désir du bonheur que tout homme porte en lui-même ; mais elle ne tarde pas à produire la négligence et l'oubli du devoir, parce que l'accomplissement du devoir, quoiqu'il soit la vraie voie du bonheur dans cette vie même, nécessite d'abord des sacrifices et des résolutions pénibles. Cette fin est essentiellement égoïste en soi, puisqu'elle pose le moi comme le but unique de tous les actes de la vie. Enfin cette fin est une illusion dont le terme est une amère déception, parce que la jouissance de la vie recherchée pour elle-même est nécessairement bornée dans sa durée, bornée dans ses moyens, et privée de cette estime de soi-même et de ce calme intérieur que la vertu seule donne, et sans lesquels tout bonheur apparent n'est qu'un mensonge.

5. La deuxième fin, réduite aux proportions d'un motif secondaire, d'une espérance accessoire, capable de soutenir l'homme au milieu de ses travaux, fait partie des considérations de l'intérêt bien entendu, et peut venir en aide à des principes supérieurs. La providence a pourvu la nature humaine des ressources les plus variées, et tout en plaçant

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au sommet de ses facultés la conscience de sa destinée morale, et l'obligation d'y aspirer, elle l'a munie d'une foule de principes secondaires, qui s'harmonisent avec ce principe suprême et sont souvent plus efficaces que lui dans les détails de la vie. Mais leur écueil est précisément de faire tomber dans l'oubli de la vraie fin de l'homme et de la règle souveraine de sa vie. Par exemple, que l'homme concentre toutes ses vues exclusivement sur une heureuse vieillesse, terme de ses travaux, sans motif plus élevé, sans aucune conception d'une destinée ultérieure, et vous n'avez plus sous vos yeux que la plus pitoyable dérogation et le plus illusoire des calculs ; un être immortel n'aspirant qu'à quelques jours d'un repos incomplet, qui lui manquera peut-être, et qui dans tous les cas sera vicié radicalement par la perspective prochaine du tombeau.

6. La troisième fin que nous avons indiquée n'est rien moins, pour les trois quarts de l'espèce humaine, que la condition naturelle de ses plus sacrés devoirs. Le devoir est un dévouement, et l'homme est, par le plus heureux penchant, poussé à se dévouer pour les siens ; il ne manque a une vie consacrée à l'avenir d'une famille, pour être parfaitement régulière et méritoire, que d'être subordonnée à la haute conviction du devoir, et à cette pensée que l'avenir de nos enfants est avant tout avenir moral. Mais si cet avenir moral est converti en avenir social, avenir de position, avenir de fortune, non plus considérés comme moyen et condition de l'avenir moral, mais érigés au lieu et place de cet avenir, il y a là une funeste étroitesse de vue, sujette aux mêmes reproches que la précédente. Une expérience fréquente montre au reste que l'avenir des enfants ainsi conçu et restreint par les pères est souvent manqué, même dans ces étroites limites ; tandis que, sous l'influence des vrais principes de la vie

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