CHAPITRE PREMIER
PREUVE DE l'existence DE DIEU PAR L*EXISTENCE DU MONDE EN GÉNÉRAL. — PREUVE DE LEXISTENCE DE DIEU PAR l'eS- PRIT HUMAIN EN PARTICULIER. — PREUVE DE l'eXISTENCE DE DIEU PAR l'assentiment GÉNÉRAL DES PEUPLES. — PREUVE DE l'existence DE DIEU PAR LA RAISON OU PAR LES IDÉES NÉCESSAIRES DE NOTRE INTELLIGENCE.
I. — Preuve de l'existence de Dieu par l'existence du monde en général.
1. Cette preuve se fait par un raisonnement auquel on donne pour mineure les faits de l'expérience ordinaire et ipouvînajeiire l'un ou l'autre de ces deux axiomes :
1" Toute œuvre suppose un ouvrier ;
â*' Tout mouvement suppose un moteur.
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2. Ces deux axiomes admis, la double conséquence qui s*en tire est visible, savoir : 1° que le monde suppose un auteur qui lui-même n'en suppose point, une cause qui existe par elle-même (1) ; S» que les mouvements divers des êtres matériels supposent un premier moteur spirituel. Ainsi se démontre Dieu, 1° comme créateur et ordonnateur de toutes choses ; 2^ comme moteur universel.
3. Si les deux axiomes qui sont la base de cette double démonstration sont contestés, il ne faut point les soumettre eux-mêmes à une démonstration : ce serait un cercle vicieux, et on s'engagerait ainsi dans une fausse voie, aboutissant à de plus grandes obscurités.
4. L'unique chose à faire, la seule rationnelle, c'est d'établir que ces axiomes sont réellement admis par ceux mêmes qui les nient. Cela n'offre aucune difficulté, car les axiomes n'apparaissent point dans notre intelligence sous leur forme générale, mais ils sont primitivement renfermés dans des affirmations particulières : d'où il suit, que pour les vérifier, il ne faut point les présenter à l'esprit sous leur forme générale ou scientifique, mais sous une forme particulière ou de bon sens spontané.
5. Un homme aveuglé par la passion ou par un système peut refuser d'acquiescer à cette proposition générale que toute œuvre suppose un ouvrier; ce même homme cependant ne cesse dans le cours de la vie pratique de faire une foule d'affirmations particulières qui tirent toute leur force
(1) Cette première preuve se dédouble suivant que l'on considère l'existence contingente du monde, qui ne saurait avoir en lui-même sa cause productrice, ou l'ordre qui y règne, et qui révèle une cause ordonnatrice, intelligente et toute-puissante (voir le chapitre suivant). Dans ce dernier argument, les sciences physiques forment, par leur ensemble, comme une vaste mineure, qui est de plus en plus convaincante, k mesure que ces sciences se perfectionnent et que les lois et les rapports des moyens et des fins dans les œuvres de la création sont mieux et plus complètement connue.
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de celte proposition générale. Pour le convaincre, il faudra donc partir de ces applications qu'il ne peut nier; elles serviront à établir la réalité de l'axiome, lequel à son tour fournira la conséquence cherchée, sans réplique possible. (On peut voir fort en détail le développement de cette excellente marche dans le Traité de l'existence de Dieu de Fénelon.)
II. — Preuve de l'existence de Dieu par l'esprit humain en particulier,
1. Cette preuve se fait aussi par le raisonnement, et conclut à l'existence de Dieu : 1° comme auteur ou créateur de Tesprit humain ; 2° comme modèle infini et parfait dont l'esprit humain est la copie finie et imparfaite.
Les deux majeures d'où on tire ces deux conclusions sont aussi deux axiomes, dont le premier appartient déjà à la démonstration précédente :
1" Toute œuvre suppose un ouvrier ;
2° Tout attribut fini suppose un attribut infini, et tout être fini, un être infini.
2. Nous savons comment s'établit la réalité du premier. Le second se vérifie par la nature même de notre intelligence. Par exemple, la sagesse d'un homme nous est conçue comme plus grande ou plus petite que celle d'un autre homme, et par conséquent comme plus ou moins bornée. Or la concevoir comme bornée, c'est la concevoir comme pouvant être indéfiniment plus grande, ce qui ne se peut, si nous ne concevons en même temps une sagesse infinie, ou telle qu'aucune sagesse finie ne saurait l'atteindre en augmentant sans cesse. Il en est ainsi de tout autre attribut. En général, la notion d'un attribut fini impiique celle d'un attribut infini, comme la notion d'une étendue bornée sup-
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pose celle de l'espace sans limites, et comme celle de la succession suppose celle du temps qui n'a ni commencement ni fin.
III. — Preuve de l'existence de Dieu par l'assentiment général des peuples.
1. La preuve de l'existence de Dieu par l'assentiment universel se fait par un raisonnement qui a pour majeure un axiome, et pour mineure un fait notoire.
L'axiome, c'est que toute proposition universellement admise est vraie ;
Le fait notoire, c'est que tous les peuples de la terre, à toutes les époques, ont constamment cru à l'existence de la Divinité.
2. L'axiome dont il s'agit n'est qu'une forme particulière de celui qui sert de base à la confiance générale que nous avons dans la raison humaine ; savoir, que la raison humaine est vraie. Les erreurs sont toutes personnelles et dérivent des causes qui altèrent temporairement ou accidentellement la connaissance du vrai. Donc ce qui, au milieu des erreurs humaines, demeure universellement cru et consenti, est essentiellement vrai.
3. Quant au fait notoire, il est du domaine de l'histoire, et il se vérifie en eff'et pour tous les temps et pour tous les lieux. Il ne pourrait y avoir des doutes que pour quelques individus isolés et pour quelques peuplades abruties. Mais d'un côté, aucun document réellement authentique ne constate nulle part dans aucune réunion d'hommes, l'oubli absolu de la Divinité et l'absence complète de culte. D'un autre côté, quand un peuple se rencontrerait dépourvu totalement de croyance religieuse, cela ne prouverait point contre l'unanimité des autres peuples que la croyance en Dieu n'est
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pas dans la raison humaine, mais que cette croyance étant soumise à la condition extérieure de la parole et de la révélation, ou cette condition extérieure n'a point été remplie, ou son effet a été progressivement détruit (1).
4. Il est vrai que si les peuples sont unanimes dans la croyance en Dieu, ils diffèrent beaucoup dans la manière de concevoir la nature divine. Mais cette variété dans la manière de concevoir la nature de Dieu, ne détruit rien au fait fondamental, celui de la croyance en l'existence de Dieu; à cet égard, suivant la remarque de Joseph de Maistre, le polythéisme le plus grossier est comme une erreur de calcul, qui suppose dans ceux qui la commettent l'idée de l'unité.
IV. — Preuve de l'existence de Dieu par la raison ou par les idées nécessaires de notre intelligence.
1. Nos idées se divisent en deux grandes catégories, les idées contingentes et les idées nécessaires. Les idées contingentes sont dues à l'expérience, les idées nécessaires à la raison ; l'expérience et la raison, voilà leur double origine. Mais c'est là, si l'on peut le dire, leur origine psychologique. Ces idées sont la vue des réalités; quelles sont donc les réalités qui produisent en nous les idées, ou quelle est leur origine ontologique? Evidemment deux espèces de réalités, les réalités contingentes et les réalités nécessaires; les êtres finis et créés (corps et esprits), et l'être infini et incréé, que supposent les êtres finis et créés, précisément
(1) Il est fort remarquable, en effet, et incontestable, que partout, excepté cbez les juifs et chez les chrétiens, la notion de Dieu s'est toujours altérée, ne s'est jamais perfectionnée. Là où règne le fétichisme, par exemple, il régnera sans fin, à moins d'une intervention étrangère ou d'une prédication.
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comme les idées contingentes supposent les idées nécessaires.
2. Il suit de là que l'expérience des sens se développant simultanément avec l'expérience de la conscience, et l'une et l'autre simultanément avec la raison, les trois réalités affirmées par l'esprit humain, ou la matière, l'àme et Dieu, le sont simultanément, et d'une manière inséparable.
3. Ces trois réalités, conçues comme objet de nos idées, sont encore conçues comme causes, et manifestées en nous par trois espèces d'effets :
Les sensations, produites en nous d'une manière fatale, nous révèlent les forces extérieures;
Les volitions réfléchies ou résolutions nous révèlent notre propre activité volontaire et libre;
Enfin le principe de causalité, après avoir déterminé ces deux espèces de causes finies, nous révèle, en s'appliquant à lui-même, la cause première de la raison, et la cause absolue de toute cause contingente (1). (Voirie Traité de Fénelon, 2« partie.)