CHAPITRE DEUXIÈME
DES PRINCIPAUX ATTRIBUTS DE DIEU. — DE LA DIVINE PRO- VIDENCE ET DU PLAN DE l'UNIVERS.
1. Pour résoudre cette question méthodiquement et scientifiquement, nous devons procéder comme procèdent les physiciens dans la recherche des propriétés essen-
(1) Ce chapitre est extrait en partie du cours de philosophie de M. Noirot.
tielles de la matière, comme procèdent les psychologues dans la recherche des facultés de l'esprit humain. Les physiciens déterminent les propriétés essentielles de la matière par leurs phénomènes ou manifestations ; les psychologues déterminent aussi les facultés de l'esprit humain par leurs produits ou manifestations : nous devons donc déterminer les attributs de Dieu par les œuvres ou les manifestations divines. Or la nature est l'œuvre de Dieu, l'humanité est l'œuvre de Dieu, c'est donc par l'étude de la nature et de l'humanité que nous pouvons d'abord, mais non pas uniquement, arriver à connaître les attributs divins.
2. La nature révèle la toute-puissance de Dieu, sa sagesse et sa bonté infinies. Sa toute-puissance, parce que l'idée de création emporte nécessairement l'idée de puissance sans bornes ; son infinie sagesse, parce que dans la création tout est ordre, harmonie, concert; sa bonté, parce que tout est calculé pour le besoin des êtres et approprié à leur nature. Ces attributs supposent nécessairement une intelligence infinie, une indépendance absolue, une unité rigoureuse.
3. La nature humaine nous conduit aux mêmes conséquences et à d'autres encore, soit par des considérations semblables, soit par d'autres qui lui sont propres. Chaque faculté humaine nous donne lieu de concevoir en Dieu un attribut semblable, mais infini. Il y a donc en Dieu comme en l'homme activité ou puissance, intelligence et amour. Chaque élément rationnel nous fournit une conclusion sur la nature divine, comme il suit :
Idée de cause. Toute-Puissance.
Idée de substance. Être absolu (Ego sum qui sum).
Idée d'espace. Immensité et ubiquité.
Idée de temps. Éternité.
Idée de loi. Providence.
Idée d'immutabilité. Immutabilité.
Idéed'unitéetd'iden-
tité. Unité et identité.
Idée de vrai. Vérité et véracité infinies.
Idée de bien. Bonté et justice infinies.
Idée de beau. Beauté et perfection infinies.
4. Donc, en partant de la nature humaine, nous trouvons d'autres attributs que ceux qui nous sont donnés par la nature extérieure. Pour être différents, ils n'en sont pas moins réels et incontestables.
5. Dieu ne s'est point seulement manifesté par la nature extérieure et par l'humanité; il s'est manifesté aussi par sa parole, par son Verbe, c'est-à-dire par une révélation spéciale, par le christianisme. Le christianisme nous révèle des attributs divins auxquels nous n'arrivons ni par le spectacle de la nature, ni par le spectacle de l'humanité.
6. Dieu, par la nature, se révèle sous certains points de vue ; par l'humanité, sous d'autres points de vue ; par son Verbe, ou par la révélation proprement dite, sous d'autres points de vue encore. Il y a diversité, mais non pas opposition. Les déistes, par conséquent, raisonnent fort mal, lorsque, partant de la raison, ils démontrent qu'on ne peut arriver par cette voie à la notion chrétienne des attributs divins. Il est bien évident que, puisque Dieu s'est révélé par le christianisme, cette révélation doit être différente de celle qui nous est donnée par la raison, comme celle-ci est diff'érente de celle qui nous est donnée par la nature. La question n'est donc pas de savoir si le christianisme est identique avec la raison^ mais la question est de savoir si les faits traditionnels sont réels ou non. Une fois ces faits établis par le genre de preuves qui leur est propre, on doit en admettre
les conséquences, tout comme une fois les faits de conscience établis, il serait absurde de les rejeter, sous prétexte qu'ils conduisent à des vérités tout à fait différentes des vérités physiques. Par conséquent les déistes font, par rapport au christianisme, la même erreur de logique que les sensualistes par rapport aux rationalistes. Le sensualisme conduit à l'athéisme ; le rationalisme conduit au déisme. La vérité n'est ni dans l'un ni dans l'autre de ces systèmes, elle est dans le système qui, admettant l'expérience externe et les faits donnés par cette expérience, l'expérience interne et les faits donnés par cette expérience, et enfin l'expérience traditionnelle et les faits spéciaux qui appartiennent exclusivement à cette expérience, admet la nature, ou les forces fatales et brutes, l'humanité ou les êtres libres et intelligents, et Dieu, avec les attributs manifestés par la nature, par l'humanité, et par la révélation spéciale de Dieu ou le christianisme.