ARTICLE ADDITIONNEL
La philosophie n'a point à exposer les vérités révélées, c'est là l'œuvre d'une science spéciale, de la théologie religieuse ; mais il est du domaine de la philosophie : l'' de signaler cette source nouvelle, ce puissant auxiliaire qui doit servir à compléter les notions qu'elle peut donner sur la Divinité ; 2° d'indiquer les preuves de la révélation spéciaje, c'est-à-dire les caractères de divinité du christianisme. Sur cette dernière question qui est très vaste et comme inépuisable, nous ne pouvons que renvoyer aux traités spéciaux, en nous bornant à énumérer ici en peu de
mots les preuves les plus générales et comme la table des matières contenues dans ces traités (1).
Ces preuves, fort considérables et surabondantes, se peuvent ramener aux chefs suivants :
1° La divinité du judaïsme prouvée elle-même : 1° par des miracles publics, matériels ; 2° par des prophéties authentiques d'événements impossibles à prévoir et parfaitement réalisés ; 3° par l'accord des traditions bibliques avec les traditions universelles et souvent même avec la science moderne, notamment en ce qui concerne la création en sept jours ou époques, la chute de l'homme, le déluge, la dispersion des peuples, et l'attente d'un rédempteur ; 4" par ses dogmes et sa morale, fondés sur le monothéisme primitif, exception inexplicable au milieu du paganisme et chez un peuple constamment enclin à l'idolâtrie ;
2° L'accomplissement des prophéties sur le Messie, antérieures de plusieurs siècles à l'événement, et exécutées avec précision ;
3° Les miracles opérés par Jésus-Christ et ses disciples, miracles matériels, publics et notoires ;
4° Les rapports du christianisme avec les autres religions qu'il surpasse par l'exactitude de ses traditions, Télé-
(1) Cette admirable étude, si importante par les intérêts éternels de l'homme auxquels elle est étroitement unie, et si négligée, même par des hommes d'une instruction remarquable sur d'autres points, est une des plus fécondes et des plus attrayantes pour l'intelligence aussi bien que pour le cœur. Le grand philosophe Leibniz avait étudié le christianisme pendant trente ans, et n'en était ni moins philosophe ni moins savant. Si je ne craignais d'être indiscret, je nommerais un philosophe contemporain en qui se trouvent réunies une rare aptitude aux travaux métaphysiques, une érudition •mmense,une très solide instruction dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, et une connaissance approfondie delà théologie chrétienne. Ferme croyant, profond penseur, savant habile, et linguiste de premier ordre, il est pour moi un argument vivant de la parfaite harmonie de la science et de la foi dans un grand esprit.
vation de ses dogmes, la pureté de sa morale, la grandeur de son culte ;
5° Ses rapports avec l'intelligence humaine et la philosophie de toutes les époques, qui n'a proféré jamais aucune vérité importante que le christianisme ne renferme, tandis qu'au contraire en dehors du christianisme, il n'est sorte d'absurdités que n'aient enfantée les écoles. Les vérités religieuses que nous établissons aujourd'hui même par démonstrations philosophiques, lie reçoivent facilement ces démonstrations, que parce que nous connaissons ces vérités d'avance, les ayant reçues de renseignement traditionnel. Il devient facile d'appuyer d'arguments philosophiques une vérité toute trouvée; mais la trouver nous-mêmes sans l'aide d'aucun enseignement, c'est tout une autre entreprise. Aussi les peuples idolâtres, jusqu'à ce que le christia" nisme y pénètre, restent dans l'impossibilité de rien changer à la grossièreté de leurs idées touchant Tâme et touchant Dieu, et d'arriver d'eux-mêmes à des notions qui nous paraissent à nous d'une grande simplicité;
6" L'établissement du christianisme, en opposition avec la force brutale, avec les passions et avec les systèmes alors reçus dans les écoles ;
7° Enfin les vertus qu'il a engendrées et qu'il engendre encore dans les martyrs et dans les saints.
Les caractères philosophiques de la révélation ont été tracés par un philosophe moderne, avec une précision remarquable.
« Le titre d'enseignement divin, dit-il, a été maintes fois « usurpé, ainsi que tout autre titre donnant autorité sur les « hommes. Mais il est des signes auxquels on peut recon- « naitre quelles doctrines méritent cette appellation et « quelles autres en sont indignes : ~ 1" l'enseignement elst « humain toutes les fois qu*il contient seulement la solu-
« tion d'une difficulté locale, temporelle et actuelle ; — « 2" il est humain encore lorsqu'il est reconnu par l'his- « toire qu'il est une conséquence logiquement déduite d'un a enseignement antérieur , ou d'un problème politique, « c'est-à-dire toutes les fois qu'il se présente comme un a « posteriori; ainsi la doctrine mahométane est une inven- « tion humaine, parce qu'elle est la conséquence logique « d'une hérésie qui eut lieu dans le christianisme, savoir « Ihérésie arienne ; — 3° l'enseignement est d'origine « humaine lorsqu'il est, dans le point de départ, purement « relatif au dogme ou à l'explication scientifique ; tel est le « caractère du gnosticisme, du bouddhisme, de l'aria-
(( nisme, du protestantisme, etc ; — 4° l'enseignement
« est d'origine humaine toutes les fois qu'il ne contient pas « une immense et incommensurable prévoyance, toutes les « fois, par conséquent, qu'il immobilise la société et qu'il « n'engendre pas une progressivité, dont le terme n'est « point visible pour les yeux de l'homme.
« C'est aux signes contraires que l'on reconnaît l'ensei- « gnement divin. Il est absolument a priori, ou tel que ma- « nifestement nul homme n'eût pu l'imaginer. Il est appli- « cable à tous les temps comme à tous les lieux ; il est « intégralement innovateur, et cependant il comprend le « passé qu'il accomplit et explique, comme il contient l'a- « venir. Il donne simultanément la loi des rapports moraux « entre les êtres, et, comme conséquence, le dogme des (( existences. Il est d'une fécondité sans limites et telle que « l'on n'en aperçoit point la fin, quelque nombreux que « soient les fruits que l'on en a déjà tirés. 11 peut engen- « drer simultanément plusieurs buts sociaux ; il est riche « de mille secrets scientifiques et pratiques. Enfin, il est « propre à conduire sûrement la société ; et seul il peut la « conserver et la rendre indéfiniment progressive. »
Le mot de religion exprime ou l'ensemble des vérités que la raison nous peut fournir sur la nature de Dieu et sur les rapports de Dieu avec l'homme, ou l'ensemble des vérités révélées sur cette même nature et sur ces mêmes rapports. Pour distinguer la religion d'après ces deux sources, on l'appelle tantôt religion naturelle, et tantôt religion révélée. Nous avons déjà dit que l'une des deux n'est pas identique à l'autre, que l'une et l'autre ont leurs fondements certains, et qu'il y a également inconséquence et vue exclusive à rejeter la seconde pour n'admettre que la première, ou à rejeter la première pour n'admettre que la seconde. Tout ce que la raison peut révéler de Dieu et de ses rapports avec l'homme, est exprimé parfaitement dans l'enseignement révélé; mais ce même enseignement ajoute aux notions naturelles de la raison des notions nouvelles, qui ne sont pas contraires à la raison, mais qui sont au-dessus d'elle. Les dogmes soit de la religion naturelle, soit de la religion révélée, peuvent se trouver plus ou moins imparfaitement dans les autres religions positives, même dans le fétichisfne; et il peut y avoir de la vraie religion, plus ou moins altérée ou mélangée d'erreur, dans toutes les religions positives. Ainsi le christianisme diffère des autres religions, et dans le christianisme lui-même le catholicisme diffère des hérésies qui modifient arbitrairement l'enseignement révélé, non pas comme la vérité absolue diffère de l'erreur absolue, mais comme la vérité complète et sans altération diffère de la vérité incomplète et plus ou moins altérée.
D'après tout ce qui précède, on voit que c'est une erreur de penser qu'en dehors et au-dessus du christianisme, soit la religion pure. Cette prétendue religion pure ne serait que la religion naturelle séparée de tout ce que la révélation y ajoute : or la religion naturelle n'est elle-même claire et complète que dans la révélation et par la révélation.