‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 209 sur 271 · TIRÉES DU MAL PHYSIQUE · texte numérisé non relu

TIRÉES DU MAL PHYSIQUE

besoins physiques et les passions qui en dérivent ne sont-ils pas des humiliations et des causes de chute pour nos âmes plus nobles que la matière, et par conséquent ne sont-ce pas des maux? 4" Enfin, les avantages temporels, tels que la santé, la richesse, etc., ne sont-ils pas des biens, et leur distribution si inégale n'est-elle pas un mal, une injustice?

4. Les faits énumérés dans la première question ne peuvent être appelés des maux que par rapport à nous, et non par rapport au monde physique lui-même. Car, ôtez l'homme, en quoi les désordres physiques intéressent-ils plus les êtres matériels que ce que nous appelons l'ordre? Le temps serein diffère de la tempête comme une espèce de mouvement diffère d'un autre; et nous n'appelons l'un bien et l'autre mal, que parce que l'un nous procure des biens que l'autre nous enlève. Cependant, on peut demander si ces choses ne sont pas des maux en ce sens qu'elles s'écartent des lois générales et de la marche ordinaire des choses. A quoi il est facile de répondre que nul fait dans le monde matériel ne s'écarte des lois de la nature; mais que les lois que nous concevons n'étant que l'image imparfaite des lois réelles, ces dernières produisent souvent des effets dont les premières ne peuvent rendre compte; qu'enfin les lois de la nature n'agissent pas séparément, mais simultanément, et qu'ainsi certaines combinaisons peuvent donner des résultats très éloignés des résultais ordinaires, mais tout aussi naturels et tout aussi réguliers.

5. Le plaisir et la douleur ont été nommés par Platon les sentinelles de la vie, destinées à nous avertir sans cesse des rapports utiles ou nuisibles qui s'établissent entre le monde matériel et l'animal. Si tout ce qui est bon pour l'animal, c'est-à-dire favorable à son existence et à sa santé» si tout ce qui lui est nuisible, lui demeurait d'ailleurs par-

faitement indifférent, et ne se révélait à lui d'aucune façon agréable ni désagréable, l'animal ne serait point guidée de manière à rapprocher de lui les choses qui lui conviennent, à en éloigner celles qui menacent sa vie ; c'est-à-dire qu'en définitive, vivant au hasard, il cesserait bientôt de vivre. De ce point de vue, demander pourquoi nous souffrons, c'est demander pourquoi nous vivons.

6. La douleur remplit une fonction encore plus importante. Considérée comme épreuve, comme occasion d'exercice pour notre vertu, elle est un bienfait réel de la providence. Celui qui n'a jamais souffert risque d'avoir bien peu mérité. Et cette sentence : Bienheureux ceux qui pleurent, est la loi rigoureuse du monde moral. Dans les sociétés comme dans les individus, toutes les grandes choses se produisent parla douleur (1).

7. Les besoins et les instincts de notre corps n'ont rien d'humiliant quand ils ne nous maîtrisent point ; ils sont, au contraire, une source de gloire et de mérite pour l'âme quand elle sait les gouverner, comme c'est son rôle. Les chutes auxquelles l'âme est exposée dans la direction de ses passions n'ont lieu que par le consentement de sa volonté ; ainsi elle n'a, dans ce cas, à se plaindre que d'elle-même, et d'autant plus que l'ordre naturel des choses l'appelait à triompher. Les chutes ignominieuses de ceux qui succombent ne sont déplorables que parce qu'elles résultent de leur choix volontaire (2).

(1) Nous n'envisageons point ici la douleur au point de vue de V expiation; nous remarquerons seulement à cet égard que nul homme n'étant innocent, nul homme n'est exempt de souffrir; que la douleur est entrée dans le monde parle mal moral, et que c'est par lui qu'elle s'y perpétue et qu'elle s'y renouvelle ; qu'enfin tous les peuples ont cru qu'il y avait une vertu expiatoire attachée à la douleur, pourvu cependant que la douleur fût acceptée dans cette vue et avec soumission aux ordres de la Providence.

(2) On se rejette souvent sur la violence des passions, sur l'entraînement

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