‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 213 sur 271 · TIRÉES DU MAL MORAL · texte numérisé non relu

TIRÉES DU MAL MORAL

souvent il ne connaît même pas? 5° Pourquoi Dieu, prévoyant, dans sa science infinie, l'abus que plusieurs hommes feraient de leur liberté, abus outrageant pour lui et déplorable pour eux, n'a-t-il pas renoncé aies créer pour ne former que des êtres capables de contribuer h sa gloire et d'arriver au partage de sa félicité? 6° Ne serait-il pas plus simple, plus vrai et plus satisfaisant de concevoir le mal moral, non comme un mal réel, mais seulementcommc l'imperfection nécessaire de notre nature limitée? Les hommes rempliraient plus ou moins bien leur destinée morale, mais nul ne la manquerait complètement. Une telle explication justifierait complètement la providence, et ferait disparaître toutes les difficultés de la question présente. Voici les réponses à ces objections.

3. L'existence du mal moral se concilie facilement avec l'idée de l'Être souverainement juste. Il suffit pour cela de rendre à chacun ses œuvres, et le mal moral à son auteur, qui n'est point Dieu, mais l'homme. Par là même que l'homme est doué tout à la fois de la raison, par laquelle il distingue le bien du mal, et de la liberté de choisir entre l'un et l'autre, il est absolument responsable de son choix. Si le mal moral existe, c'est à lui seul qu'il faut s'en prendre.

4. Cette première difficulté n'a de valeur que par la suivante qu'elle prépare. Celle-ci, prise à la lettre, est évidemment absurde. La liberté étant la faculté d'avoir l'initiative de nos déterminations, il s'ensuit rigoureusement que la responsabilité de cesdéterminations ne peut remonter plus haut que nous.

5. Mais on peut entendre autrement cette seconde objection, et demander pourquoi, la liberté étant sujette au grave inconvénient de forfaîre aux lois divines, Dieu a néanmoins créé des ê.tres libres. Or une telle question ne saurait être faite et soutenue que par les hommes qui abu-^

sent de leur liberté. Ceux qui s'en servent pour le bien comprennent parfaitement qu'elle fait leur gloire et qu'elle était le seul moyen pour eux, simples créatures, de s'élever à la ressemblance du Créateur. La liberté est le plus grand des biens pour ceux qui l'emploient à accomplir la justice : quant aux autres, si elle devient un mal par l'usage qu'ils en font, ils ont perdu le droit de s'en plaindre.

6. 11 est vrai que les épreuves pour persister dans la vertu sont quelquefois bien rudes. S'il arrivait qu'elles fussent réellement au-dessus de nos forces, il est clair que nous ne serions plus responsables. Mais l'illusion est facile, comme elle est fréquente en pareille matière. L'histoire des héros, et plus encore celle des martyrs, prouvent que l'âme pénétrée de son devoir et fortement unie à Dieu, peut devenir absolument invincible dans les plus terribles épreuves. Or, il dépend toujours de nous de nous pénétrer de nos devoirs, et d'invoquer l'aide souverainement efficace de Dieu.

7. Il est vrai que beaucoup d*hommes sont imparfaitement éclairés sur le bien et sur le mal. Si une telle ignorance est de leur faute, ils sont coupables; mais si elle ne Test pas, il s'ensuit tout simplement que leurs devoirs se réduisent d'autant. Il peut se faire qu'un anthropophage mange très innocemment son ennemi ; il est à plaindre de son ignorance, il peut n'en pas être coupable (1) ; et, dans tous les cas, le compte moral d'un sauvage sera bien moins difficile à régler que celui d'un homme élevé au milieu de nos idées chrétiennes, et par là chargé de plus grands devoirs. En somme, tout homme est appelé à la vertu, à la

(1) Cette hypothèse n'a en aucune façon pour but d*absoudre eii fflâssê touê les anthropopîiages, encore moins de dissimuler la dégradation déplorable de c€s races infortunées, mais seulement de mieux faire sentir le rapport de la responsabilité avec la connaissance de nos devoirs.

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