L'hommage explicite que la créature raisonnable
rend à Dieu se nomme le culte. Il y a trois sortes de cultes : le culte intérieur, le culte extérieur et le culte public.
j4. Le culte intérieur renferme l'adoration et la prière. Par l'adoration nous reconnaissons Dieu comme notre créateur et comme le législateur de nos âmes, et nous le remercions de ses bienfaits ; par la prière, nous invoquons son secours dans l'accomplissement de nos devoirs (1). La prière est une demande proprement dite, et cette demande renferme implicitement la croyance que Dieu ne gouverne pas seulement l'univers par des lois générales, mais qu'il écoute chaque homme qui l'invoque et peut exaucer ses prières.
Mais la raison dit que nulle prière n'est digne d'être exaucée si elle n'est unie à une soumission absolue à Tordre divin, et si elle a un autre objet que notre destination immortelle et les moyens de la remplir.
La prière a son complément indispensable dans l'œuvre : c'est par la prière que l'œuvre reçoit son caractère religieux et vraiment méritoire, mais c'est par l'œuvre que la prière s'achève et que l'homme prouve en quelque sorte à Dieu la sincérité de son dévouement.
15. Comme il n'y a pas de véritable morale sans religion, et pas de véritable religion sans culte intérieur et sans prière, il n'y a pas de culte intérieur sans culte extérieur. Cette vérité n'est qu'une application particulière de cette autre vérité plus générale, que dans l'homme il n'y a pas de pensée ni de sentiment réel sans expression. Là donc où la pensée et le sentiment religieux existent, il est dans
(1) La cessation de l'adoration et de la prière est dans l'homme un phénomène moral d'une haute gravité. Ce qu'on peut souhailer de plus avantageux à l'homme qui a le malheur de ne plus prier, c'est du moms de ne pas se faire d'illusion sur l'état de dégénération morale où il se trouve, et encore moins sur les causes qui l'ont produit.
notre nature qu'ils s'expriment au dehors par certains actes corporels, certaines paroles, certains gestes.
16. Le culte extérieur et le culte intérieur ont entre eux les deux rapports qui existent en général entre les signes et la pensée ou le sentiment. En premier lieu, il n'y a ni pensée forte ni sentiment fort qui ne se traduisent spontanément par quelque signe extérieur, en sorte que ce n'est pas pour exprimer les sentiments religieux qu'il faut faire effort, mais bien pour en comprimer l'expression, pour peu qu'ils soient vifs; et ensuite, il y a une action réciproque des signes sur les idées et les sentiments, en sorte que le culte extérieur non seulement exprime, traduit le culte intérieur, mais il l'échauffé et le nourrit.
17. Enfin, comme il n'y a pas de culte intérieur sans culte extérieur, il n'y a point de culte extérieur sans culte public. Puisque le sentiment religieux est un sentiment commun à tous, et qu'il doit se traduire au dehors, cette traduction doit être faite publiquement. Et comme le sentiment, la pensée qu'il s'agit d'exprimer sont le fond de toute société, qu'ainsi nulle pensée, nul sentiment ne sont supérieurs à ceux-là, il s'ensuit que nulle expression ne doit être plus solennelle et plus grande que le culte public. Voilà pourquoi les beaux-arts, à commencer par le plus grand de tous, qui est l'architecture, ont en tout temps consacré au génie religieux leurs plus belles créations.
QUESTIONNAIRE