CHAPITRE PREMIER
QUELLE MÉTHODE FAUT-IL APPLIQUER A L^ÉTUDE DE l'hISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
i. Les vies des philosophes et les systèmes qu'ils ont produits sont les faits dont la description exacte et fidèle est la base de l'histoire delà philosophie.
2. Cette description serait un travail de pure curiosité, si elle n'était suivie de l'appréciation des systèmes ; reconnaître ce qu'il y a de vrai ou de faux dans un système, voilà évidemment à quoi doit conduire l'étude qu'on en a faite.
3. Les systèmes tiennent les uns aux autres, ils ont des rapports non seulement de ressemblance et de différence, mais de génération, de filiation. Ceux qui précèdent renferment jusqu'à un certain point la raison de ceux qui suivent et ceux qui suivent renferment à certains degrés les développements et les conséquences de ceux qui précèdent. Il y a donc à apprécier non seulement les systèmes considérés à part, mais l'ensemble des systèmes. Il faut expliquer leur succession, en donner la loi^ et, s'il est possible, par le
(1) L'histoire de la philosophie a été réduite, et ses questionnaires supprimés j le tableau général peut tenir lieu des questionnaires.
passé de la philosophie ainsi expliqué, régler son présent et éclairer son avenir. C'est une nouvelle partie qui suppose les précédentes, et qu'on pourrait nommer la partie philosophique de V histoire de la philosophie. ^
4. Pour juger les systèmes, il faut en avoir un qui serve de mesure pour cette appréciation. Il faut donc que l'histoire de la philosophie soit précédée de toutes les autres parties de la philosophie, comme nous l'avons déjà établi dans Tintroduction.
5. 11 semble cependant qu'on ne peut faire un système sans lire les philosophes, ni lire les philosophes sans modifier les idées qu'on s'est précédemment formées sur les mêmes sujets. Il y a là, en apparence, un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Voici ce qu'on peut répondre :
6. Premièrement, les livres des philosophes peuvent et doivent servir pour former un système, mais seulement comme auxiliaires. En définitive, un système n'est bon que s'il est l'expression de la réalité; la réalité est donc supérieure aux meilleurs livres, et, si les livres aident souvent à connaître la réalité, jamais ils ne doivent prévaloir contre elle. En lisant, vous ne devez pas accepter ce que vous lisez sur la foi de l'auteur, mais vous devez remonter à la réalité, aux faits; ces faits seront la véritable base de votre doctrine dont le livre n'aura été que l'occasion.
7. Secondement, il n'y a nul doute que votre doctrine profitera de la discussion que vous ferez des doctrines d'autrui ; mais il n'en est pas moins vrai que cette discussion même suppose avant tout que votre doctrine est faite ; or si elle est faite par une méthode convenable, la discussion la modifiera seulement en ce sens qu'elle la rendra plus claire et plus étendue, mais non dans ce sens qu'elle puisse vous faire adopter alternativement des choses contradictoires. En d'autres termes, ou votre système est fondé