CHAPITRE QUATRIÈME
FAIRE CONNAITRE SOCRATE ET LA RÉVOLUTION PHILOSOPHIQUE DONT IL EST l'aUTEUR.
4. Dans la période qui précéda Socrate, l'esprit humain avait dirigé ses recherches sur l'univers matériel. Socrate le rappela à l'étude du monde moral, et fit descendre la philosophie du ciel sur la terre : c'est là le fond de la révolution qu*il opéra en philosophie.
SOCRATE. 3a9
â. A proprement parler, il n'y avait point avant lui de véritable philosophie, ou du moins les questions philosophiques n'étaient pas traitées directement^ elles étaient subordonnées aux questions de l'ordre cosmologique, et les réponses qu'on y faisait n'étaient que les corollaires des systèmes imaginés sur l'univers.
3. De là deux parties distinctes dans l'enseignement de Socrate, deux caractères de sa méthode : l'un relatif à la science ancienne, l'autre relatif à la science nouvelle.
4. A l'égard de la science ancienne, il se plaça dans un état de critique, de scepticisme et de lutte. Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, disait-il, et dans cette formule il ne faut point voir un scepticisme complet, tel que le produisirent plus tard les pyrrhoniens sortis de son école, mais un état de défiance envers les essais scientifiques des philosophes contemporains. Ces essais confondaient l'esprit et la matière, choquaient le bon sens dans leurs dernières conclusions, et n'avaient plus d'autres interprètes que les sophistes, discoureurs habiles, mais qui se vantaient euxmêmes de confondre le vrai et le faux.
5. Envers la science nouvelle, Socrate eut un autre rôle à remplir, celui de fondateur. En renversant d'une main, il essayait de fonder de l'autre, il enfantait une méthode. Cette méthode n'était rien moins que la méthode psychologique. S'il ne lui donna pas toute la rigueur qu'elle a pu avoir de nos jours, il distingua du moins nettement son point de départ de celui des sciences cosmologiques. L'étude de soi-même, voilà ce point de départ : l'homme ne peut rien connaître véritablement, s'il ne se connaît, s'il ne s'étudie lui-même : >vw6t Gîau-rdv.
6. Il y a donc dans Socrate et dans la révolution qu'il a opérée deux caractères, l'un négatif, l'autre positif ; l'un de critique, l'autre d'invention. Ils se réunissent dans ce
qu'on a nommé l'induction socratique, ou l'ironie socratique, e'tpwv£i«. L'induction, l'ironie socratique consistait, suivant sa comparaison familière, dans un art d'accouchement ; par une série de questions tirées du bon sens, Socrate forçait son auditeur: d" à se renfermer dans une question précise, sans se permettre en aucune façon les divagations familières aux rhéteurs ; 2° à se convaincre du vide renfermé sous la phraséologie sophistique ; 3° à remplacer cette fausse science par des données puisées dans la considération attentive de notre nature.
7. Socrate n'a point fait de système, c'était bien assez de créer une direction nouvelle ; cependant il posa les fondements de la vraie science philosophique, en enseignant que le général est le but de la science, en décrivant le double procédé de l'esprit humain du particulier au général et du général au particulier, en distinguant l'âme du corps, en reconnaissant un bien absolu règle des déterminations humaines, et un Dieu providentiel et législateur.
8. Ses disciples fondèrent des écoles diverses qui toutes invoquaient son esprit et prétendaient hériter de sa méthode ; mais elles ne devaient pas tarder à reproduire, par des exagérations d'un autre genre, des contradictions analogues à celles qui terminèrent la première période.
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