‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 246 sur 271 · IV. — Epicuréisme · texte numérisé non relu

IV. — Epicuréisme

i. ÉPicuRE (Athènes, 309) donne pour but à la philosophie la direction de l'homme vers sa fin. Afin d'atteindre ce but, il faut d'abord que l'homme se connaisse et qu'il connaisse l'univers. De là deux parties antérieures à la morale, savoir, la logique ou canonique, et la physique.

2. L'idée principale da la canonique d'Épicure est la distinction des sensations et des anticipations dans l'intelligence humaine. Les sensations viennent de l'impression des objets ; les anticipations viennent des sensations généralisées, et doivent par conséquent se vérifier constamment par leurs éléments primitifs, par les sensations.

3. La physique d'Épicure n'est autre que la doctrine atomistique de Démocrite. L'àme, composée d'atomes ronds, se décompose avec le corps. Les dieux sont des êtres subtils et insaisissables, qui n'ont aucune action sur le monde.

4. De ces idées, Épicure tire sa morale. Le bien de l'homme, c'est le bonheur, et le bonheur, c'est le plaisir. On ne peut douter, d'après des passages textuels d'Épicure cités par Cicéron, que les plaisirs des sens ne fussent, aux yeux d'Épicure, sinon les seuls, du moins les premiers plaisirs; seulement il prescrivait d'en user avec modération et prudence, en se rendant indiff'érent aux choses de la vie et de la société, plus propres à troubler l'âme qu'à lui procurer des jouissances. Ègoïsme et plaisirs habilement calculés, voilà le résumé de cette morale que la voix des siècles a justement flétrie.

5. L'épicuréisme, introduit dans l'empire romain, dont il précipita la corruption et la décadence, trouva dans Lucrèce un interprète éloquent : il est étonnant et regrettable qu'une telle doctrine ait pu inspirer un grand poète.

V, — Stoïcisme.

1. Zenon (Cittium, Athènes, 300) se proposa de rendre à la vertu son autorité. Comme Épicure, il fît précéder sa morale d'une logique et d'une physique, qui sont malheureusement en contradiction avec la morale qu'elles préparent.

2. Zenon reconnaît aussi que toutes nos idées viennent des impressions extérieures, et proclame ce principe devenu célèbre : Nihil est in intellectii quod non prius fuerit in sensu. Il aurait pu ajouter, comme Leibniz le fit deux mille ans plus tard, nisi ipse intellectus : car il reconnaît une droite raison, dont le rôle est de distinguer les représentations vraies d'avec les fausses.

3. En physique, Zenon reconnaît un Dieu moteur, d'une nature ignée, qu'il ne sépare pas du monde ; l'âme, air ardent, est de même unie intimement avec le corps et périt avec lui.

4 La morale de Zenon, aussi idéaliste que sa logique et sa physique sont empiriques, repose sur cette maxime fondamentale : Le bien consiste à vivre conformément à la nature, c'est-à-dire conformément à la raison: le sage doit supporter et s'abstenir.

5. Le stoïcisme, en envisageant ainsi le caractère absolu de la loi morale sans aucune considération du bonheur, tombe dans les exagérations suivantes : 1° il confond dans une égalité rigoureuse toutes les bonnes actions et toutes les mauvaises, puisqu'il fait abstraction des résultats et ne considère dans nos actions que le caractère d'être ou non conformes à l'idéal; 2*^ il nie tout bien qui n'est pas le bien absolu, et au lieu de dire que le bonheur est dû tôt ou tard à la vertu, il dit que la vertu se suffit, et que le bonheur et

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