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III. — Deuxième période

1. Albert-le-Graxd (Souabe, Paris, Cologne, 1240) posséda toutes les sciences cultivées de son temps et passa pour magicien. Il fit connaître et commenta les ouvrages d'Aristote, qu'il avait étudiés dans les traductions arabes. Il fut le maître de saint Thomas d'Aquin.

2. Saint Thomas d'Aquin (Rocca-Sicca, Paris, 'l2o5), surnommé le Docteur universel, le Docteur évangélique et VAnge de V Ecole, admiré des papes et de notre roi saint Louis, est le plus grand philosophe du moyen âge. Son principal ouvrage, qui jouit encore d'une grande autorité, est la Somme de Théologie, où il traite de la manière la plus complète, sous la forme rigoureuse du syllogisme, les principales questions de la théologie, de la philosophie et de la morale.

3. La Somme se divise en trois grandes parties : la première traite de la science et de Dieu ; la seconde, de l'homme et de la morale; la troisième, de Jésus-Christ et du salut. Voici quelques-unes des plus importantes idées de saint Thomas sur la science, sur Dieu, sur la création et sur l'homme.

4. D'après saint Thomas, la métaphysique ou la science de l'être en général est la science par excellence. Il distingue dans l'intelligence l'élément empirique et l'élément rationnel, et, se servant du langage d'Aristote, il appelle le premier la matière, et le second la forme de la démonstration. De là suit une solution du problème des universaux, qui consiste à dire que les individus fournissent là^natière des idées générales, et que rintelligence, en venu de ses propres lois, applique à cette donnée la forme de l'universalité.

5. Saint Thomas démontre l'existence de Dieu par cinq arguments consistant chacun dans un double élément, l'élément empirique comme matière, l'élément rationnel comme forme. Ces éléments pris ainsi deux à deux sont : 1° le mouvement, un principe immobile; 2° l'enchaînement des effets et des causes, une cause première; 3° les êtres contingents, l'être nécessaire; 4" l'imperfection, la perfection ; 5' l'ordre, Tintelligence. Il est facile de reconnaître que ces cinq démonstrations se déduisent des deux notions nécessaires de la cause et de la substance.

6. Saint Thomas établit ensuite la création proprement dite contre le système de l'émanation. Mais quant au point de l'éternité de la création , il pense que la raison ne peut se prononcer ni pour ni contre, et il en réfère simplement à la doctrine traditionnelle. Les êtres créés représentent le Créateur, non par voie de vestige, comme la fumée représente le feu, mais par voie dlmage, comme un feu en représente un autre dont il sort. Cette image, qui existe même dans les corps, est plus sensible dans les esprits, qui ont l'être, l'intelligence et la volonté, images du Père, du Verbe et de l'Esprit-Saint.

7. L'âme de l'homme unie à un corps est placée, comme intelligence, entre les réalités éternelles, infinies, et les réalités variables et finies; comme volonté, entre le bien absolu et le bien relatif. L'homme est fait pour le bien absolu et le suprême bonheur. De là suit toute la morale dont saint Thomas faisait les applications dans leurs circonstances les plus variées, C'est encore aujourd'hui un trésor de casuistique.

8. DuNs'ScoT(Angleterre, Paris, Cologne, 1304), docteur subtil, est célèbre par son immense érudition. Il combattit la doctrine de saint Thomas, particulièrement en deux points. 1° Il admettait le réalisme, et regardait les individus

comme formés parles universaux. 2'^ Il admettait eu l'homme, puis en Dieu, une liberté (Vindifférence, et regardait le bien comme le produit de la volonté divine, et non comme sa loi. Deux partis se formèrent sur ces matières, sous la désignation de thomistes et de scotistes.

9. Guillaume d'Occaim (Occam, Paris, 1310), élève de Duns Scot, combattit ensuite sa doctrine. Il ressuscita le nominalisme, et nia l'existence des universaux par ce principe : Frustra fit per plura, quod fieri possit rer paiiciora. Il nia l'existence des idées-images, et soutint que l'existence de Dieu et la spiritualité de l'âme ne peuvent être connues que par la foi. II faisait, comme Scot, dépendre le bien de la volonté de Dieu.

10. Obligés d'omettre plusieurs philosophes distingués de cette mémorable période, nous citerons du moins :

Roger Bacon (13'' siècle), qui pressentit et indiqua la réforme philosophique et scientifique opérée trois siècles plus tard par François Bacon ;

Raymond Lulle (13*' siècle), un des esprits les plus ardents de ce temps, qui imagina une croisade philosophique et chrétienne pour la conquête pacifique du monde, et travailla pendant. cinquante ans à la réalisation de cette utopie par des ouvrages innombrables et des voyages longs et périlleux;

Enfin, notre Gerson (commencement du 15^ siècle), aussi illustre par la grandeur de son caractère que par celle de son génie, qui, dans sa Théologie mystique et dans le livre de Y Imitation, dont on le croit l'auteur, combattit l'esprit de dispute et de subtilité, et rappela la science à ses conditions morales, l'humilité et l'amour de la vérité.

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