II. — Première période
i. Alcuin (Yorkshire, Aix-la-Chapelle, 780), surnommé les Délices de Charlemagne et le Sanctuaire des arts libéraux, savait le latin, le grec et l'hébreu ; il fonda plusieurs écoles dans l'empire de Charlemagne, et dirigea VÈcole Palatine, dont ce prince faisait partie.
2. ScoT Érigéne (Érin, Paris, Oxford, 860) fit paraître, parmi beaucoup d'ouvrages théologiques, un traité de Divisione Natiirce, espèce de mysticisme panthéiste imité des alexandrins, mais modifié par l'orthodoxie. Il a tracé en quelque sorte la devise de la scolastique dans cette phrase souvent répétée : « La vraie philosophie est la vraie relief gion; et réciproquement, la vraie religion est la vraie « philosophie. »
3. Gerbert (Auvergne, Cordoue, Allemagne, France, 9o0), savant prodigieux pour cette époque, remplit de son nom la solitude du dixième siècle. On lui doit l'importation des chiffres arabes.
4. RoscELiN (Bretagne, Compiègne, d085) souleva la question si célèbre des réalistes et des nominalistes. Il soutint que les individus sont les seules réalités, et que les idées générales ou universaux sont seulement des noms, des émissions vocales, fîatus vocis. L'application qu'il fit de cette doctrine au dogme de la Ti'inité chrétienne, fut condamnée au concile de Soissons, 1092, et lui-même se rétracta.
5. Saint Anselme (Aoste, Cantorbéry, 1090), adversaire de Roscelin, est surtout célèbre par deux ouvrages intitulés : Monoloqium, seu Exempkim meditandi de ratione fidei.
et Proslogium, seu fides qucerens intellectum. Il admet deux modes de connaissance, la foi appuyée sur des motifs raisonnables, et la science appuyée sur la foi. Il cherche le fondement de toute certitude, qui doit être, suivant lui, tout à la fois réel et logique. Il le trouve dans l'idée de la perfection infinie: cette perfection infinie existe réellement; autrement ce ne serait pas la perfection infinie, puisque on concevrait une perfection supérieure, savoir, celle qui existerait réellement. Cette perfection infinie, réellement existante, c'est Dieu. Ainsi Dieu est tout à la fois le principe général des êtres et celui de nos connaissances.
6. Guillaume de Champeaux (Champeaux, Paris, liOO), zélé défenseur de la doctrine réaliste, dont on peut le regarder comme le chef. Il prit juste le contre-pied du nominalisme de Roscelin, affirmant que les universaux seuls existent, et que les individus sont sans réalité.
7. Abélard (Palais, Paris, MiO), élève de Roscelin, puis de Guillaume de Champeaux, les attaqua l'un et l'autre dans de brillantes leçons ; il rétablit contre le dernier la réalité des individus, et soutint contre le premier que les universaux ne sont pas seulement des mots, mais des conceptions de l'esprit. Au fond, la différence entre Abélard et Roscelin est à peu près nulle. Un ouvrage célèbre d'Abélard est le Sic et Non, où il a exposé le pour et le contre sur les diff'érents points de théologie. Dans ses recherches sur les rapports de la foi et de la raison, il semble regarder la foi, qu'il nomme une estimation, comme une connaissance destinée à passer à l'état de science. Cette opinion, qui n'est vraie que pour les dogmes communs à la théologie et k la philosophie, et fausse pour ceux qui sont particuliers à la théologie, fut combattue vivement par le grand défenseur de l'orthodoxie à celte époque, saint Bernard, et fut cause de la condamnation d'Abélard au concile de Sens (1140).
SCOLASTIQUE, 4i5