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DESCARTES

moins les parties d'un mênoe tout, supposées Tune par l'autre, inséparables l'une de l'autre.

Telle est l'appréciation sommaire qui doit être faite de la méthode de Descartes considérée en elle-même.

4. Il y a une autre appréciation importante de cette méthode à faire du point de vue critique, et par comparaison avec deux doctrines qui prennent leur point de départ, l'une dans les faits dits sociaux et humanitaires, l'autre dans l'enseignement révélé.

5. C'est encore par une exagération qu'il est arrivé, soit à des cartésiens de nier l'autorité de l'histoire ou celle de la révélation, soit à d'autres philosophes de nier la valeur du point de départ de Descartes, au nom de la révélation ou de l'histoire.

6. La conscience a ses faits, l'histoire à les siens, la révélation a son enseignement, et ces trois choses ne s'excluent en aucune façon. Descartes aurait eu tort de donner l'observation psychologique comme la source exclusive de toute vérité, et il ne l'a point fait; mais il aurait toujours eu raison de donner cette observation comme la base de toute recherche philosophique, et la certitude de conscience comme la condition de toutes les autres certitudes. L'histoire et les faits dits sociaux ajoutent considérablement aux renseignements fournis par l'observation psychologique; mais sans l'observation psychologique l'histoire et les faits sociaux demeureraient incompréhensibles. De même, l'intelligence réfléchie des dogmes révélés n'a qu'à gagner à une philosophie fondée sur une bonne psychologie.

H. — Donner une analyse du Discours de la Méthode.

i. Le Discours de la Méthode contient six parties, dont nous analyserons seulement les quatre premières.

2. La première partie renferme la critique de la science transmise par l'école, acceptée sur la foi de l'autorité ou de la scolastique. La conclusion est qu'il faut étudier la réalité dans la réalité. C'est la conclusion de Bacon. 3Iais, au lieu de s'arrêter à la réalité matérielle, Descartes remonte plus haut, il cherche la réalité spirituelle et l'étudié en ellemême. Reste à établir la méthode, après avoir fixé le point de départ.

3. Dans la seconde partie, il examine la valeur de deux méthodes, celle du syllogisme, celle de l'analyse mathématique. Ces deux méthodes sont identiques au fond, consistant toutes les deux dans la déduction. Descartes les trouve insuffisantes par diverses raisons, dont la principale, exposée ailleurs, est que la déduction n'atteint que les conséquences, et non pas les principes.

4. Il s'arrête enfin à la méthode psychologique, qu'il formule dans ces quatre règles fameuses, devenues les axiomes de son école : 1** Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie qu'on ne la connaisse évidemment être telle. 2° Diviser chacune des difficultés en autant de parcelles qu'il se peut et qu'il est nécessaire pour les mieux résoudre. 3" Conduire par ordre ses pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés k connaître, pour monter comme par degrés jusqu'à la connaissance des plus composés. 4° Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, qu'on soit assuré de ne rien omettre.

5. La première de ces quatre règles est celle de l'observation psychologique et de l'évidence ; la seconde est celle de l'analyse; la troisième, celle de la synthèse; la quatrième, celle qui doit prévenir les exclusions, si naturelles à l'esprit humain , et qui sont la cause réelle de toutes les erreurs systématiques. Descartes fait l'application de ces

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règles à l'algèbre, et crée, comme par forme de hors-d'œuvre, une science nouvelle et féconde, connue dès lors sous le nom d'application de V algèbre à la géométrie (aujourd'hui géométrie analijtifjue) .

6. Dans la troisième partie, Descartes, sans attendre le travail ultérieur de la réflexion, se forme par provision des règles de pensée et de conduite, parmi lesquelles il faut distinguer l'obéissance aux lois et la fidélité au christianisme Cl).

7. C'est là une précaution fort sage, dont le sens est quMl ne faut pas attendre, dans la pratique de la vie, de s'être rendu compte de tout philosophiquement; autrement il faudrait commencer par se condamner à l'inertie absolue jusqu'à ce qu'on se fût rendu compte du mouvement. Le bon sens ne perd pas ses droits en face de la philosophie, qui ne suffît jamais à établir toutes les vérités nécessaires à la pratique de la vie.

8. La quatrième partie, et la plus célèbre, est celle où Descartes, s'appliquant à rejeter par le doute méthodique toutes ses opinions antérieures, arrive au fait fondamental sur la certitude duquel reposent tous les autres : Je pense, d'où il tire immédiatement cette conclusion : donc je suis.

9. On a remarqué avec raison que l'importance de ce raisonnement initial ne doit point être exagérée. D'une part, la certitude du fait de la pensée n'est point la certitude unique, mais la condition de toute certitude. D'autre part, l'enthymème Je pense, donc je suis, ne serait qu'un cercle vicieux, si l'on prétendait tirer la seconde proposi-

(1) Descartes dïi par provision , par prévoyance. On a mal à propos traduit cette expression par le mot provisoire. Les règles de logique et de morale que Descartes s'est tracées étaient si peu provisoires, qu'il les a gardées fidèlement et définitivement toute sa vie.

tion de la première; mais il est d'une grande vérité si on se borne à lui faire signifier que notre existence nous est connue par notre pensée, ou, pour mieux dire, à Voccasion de notre pensée. Il y a là cette distinction essentielle du contingent et du nécessaire, qui est la base véritable de la théorie de la connaissance.

10. Enfin, le fait de conscience primitif de Descartes n'est pas complet; nous ne connaissons pas notre existence seulement par notre pensée, mais par tous les phénomènes de conscience. Le phénomène de Vattention et de la volonté est plus important, en ce qu'il nous révèle à nous-mêmes notre causalité. Cette remarque est importante pour apprécier les conséquences du système de Descartes dans Spinoza et dans Malebranche.

H. Au doute et aux imperfections que nous voyons en nous, nous opposons naturellement l'idée de la perfection et d'un être parfait, et ainsi de l'affirmation de nousmiêmes nous nous élevons par une induction immédiate à l'affirmation de l'être parfait ou de Dieu. C'est là le point fondamental de la théodicée de Descartes.

12. Enfin, de l'idée de Dieu, qui est parfait, et qui par conséquent n'est point trompeur, Descartes conclut que l'existence du monde extérieur n'est pas une illusion. Ce raisonnement est bon, sans doute, mais il est indirect, et c'est à tort que Descartes, qui croit à sa propre existence et à celle de Dieu en vertu de ses idées claires ou de l'évidence, ne se contente pas de cette évidence pour l'existence des corps.

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