‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 264 sur 271 · V. — • Ecole allemande · texte numérisé non relu

V. — • Ecole allemande

1. Emmanuel Kant (Kœnisberg, 1770), frappé des ravages du scepticisme et des faibles réfutations qu'on lui opposait, entreprit de rétablir la valeur des premiers principes, détruits, comme tout le reste, par le nihilisme de Hume. Kant, comme Locke, reconnaît la nécessité d'étudier la faculté de connaître avant d'étudier les êtres au moyen de cette faculté. Il pose donc cette question fondamentale : Que pouvons-nous légitimement savoir et affirmer?

2. Sans entrer dans le détail de ce système, que sa phraséologie rend assez difficile à comprendre, nous dirons seulement que Kant distingue nettement les données de l'expérience des principes que notre intelligence y applique ; que le temps, l'espace, la substance, la cause, l'unité, sont des conceptions résultant de notre constitution, et les formes de notre intelligence ; mais que de ces formes nécessaires il est impossible de conclure qu'en effet il y ait hors de nous ni temps, ni espace, ni substance, ni cause, ni unité. En deux mots, il a vu la nécessité de la raison, il n*a pas vu son impersonnalité. Il a vu la résistance qu'elle oppose aux efforts du doute, il n'a pas vu le mouvement d'adhésion primitive que produit en elle la vue spontanée du vrai objectif.

3. Telle est la conclusion sceptique de la critique de la raison pure; la critique de la raison pratique est, par une contradiction qui peut étonner, parfaitement dogmatique. La conscience nous révèle le devoir ; le devoir est obligatoire; l'obligation suppose la liberté; le devoir librement accompli suppose le mérite et la nécessité du bonheur ; la nécessité du bonheur pour l'agent méritant suppose un rémunérateur suprême et une vie future. Ainsi, voilà le devoir,

la liberté, le bonheur, Dieu, l'immortalilé, étroitement aussi bien que simplement et profondément unis.

4. Georges Fichte (Lusace, Berlin, 1794) est connu par Texagération où il poussa le système de Kant, dans ses tendances sceptiques. Fichte arriva à dire qu'en définitive, en affirmant le monde, Dieu, ou quoi que ce soit au monde, le Moi ne fait jamais que s'affirmer lui-même; il est pour luimême l'absolu. Plus tard, de modification en modification, Fichte aboutit au panthéisme, puis, comme effrayé lui-même de ces contradictions, il finit par conclure que toute spéculation est vaine, et que la vraie règle est de s'en rapporter aux convictions naturelles de la conscience (1).

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