CONCLUSION
La critique des systèmes offre plusieurs avantages, et particulièrement les deux suivants.
2. Premièrement, comme elle n'est possible qu'à l'aide d'un système déjà fait, elle nécessite des études préliminaires; comme d'ailleurs un système ne peut être pris comme un moyen d'appréciation à l'égard des autres, qu'autant qu'il est lui-même l'expression de la réalité, il s'ensuit immédiatement la nécessité de fonder sur l'observation de cette réalité le système qui servira ensuite de règle à la critique. Ainsi l'histoire de la philosophie, par là seul qu'elle existe ou qu'elle cesse de se renfermer dans le cercle d'un simple récit, suppose la vraie méthode établie et reconnue. Cette remarque explique pourquoi l'histoire de la philosophie, dans le sens large oii nous l'entendons, est de création moderne.
3. Secondement, les systèmes que l'on étudie renferment généralement un ou plusieurs points de vue vrais ou conformes à la réalité, et d'autres faux ou contraires à la réalité. Outre l'avantage général qu'un philosophe peut trouver à démêler le vrai du faux et à rendre par là plus lumineuses ses propres idées, il y a encore une autre utilité à étudier la réalité d'après les indications de bons observateurs. Tout philosophe qui a mérité l'attention de l'histoire est dans la partie oii il dit vrai, un observateur excellent, et la connaissance que vous pouvez avoir de la réalité ne peut que s'accroître en suivant ses enseignements.
4. Etendons cette remarque. Quel homme suffirait à l'étude de la réalité complète? Elle a épuisé les génies philosophiques de tous les siècles sans être épuisée elle-même. Les recherches d'un seul homme sont donc bien peu de chose par rapport à l'ensemble des recherches faites dans tous les âges ; en se bornant à ce qu'il peut savoir par ses efforts personnels, il se renfermerait dans une science bien
limitée. Mais la critique le met en possession d'un trésor de connaissances qui, acceptées avec discernement et contrôlées par les réalités, ne forment plus la science d*un individu, mais la mise en commun du travail de plus de vingt siècles. C'est là le sens de ce principe proclamé par l'école éclectique, que la philosophie est faite, mais enfouie dans les systèmes, et que la méthode ne doit point être employée à la créer de nouveau, mais à l'extraire des milieux où elle se trouve.
5. L'appréciation des systèmes dans leur ensemble et leur succession présente aussi plusieurs avantages, qui consistent surtout dans l'usage que l'on peut faire pour l'avenir de la connaissance des systèmes antérieurs et de leur génération successive. Prenons pour exemple la méthode d'observation. Cette méthode, lentement introduite en philosophie et qui a engendré l'histoire delà philosophie telle qu'elle est conçue aujourd'hui, a reçu réciproquement de cette nouvelle science sa confirmation définitive. Il est impossible aujourd'hui que l'on revienne ni aux hypothèses de l'époque de Thaïes, ni à celles des écoles sorties du mouvement socratique, ni à la déduction scolastique, et la méthode d'observation sera mieux appliquée par les philosophes qui nous suivront que par nos précédesseurs et par nous, précisément parce que l'histoire des systèmes enfantés depuis Descartes et la révolution philosophique moderne les avertira des difficultés qui se trouvent dans cette application , des exagérations naturelles à l'esprit dans la préoccupation d'un point de vue, et enfin des précautions et des défiances qui doivent être la condition de toute recherche sincère de la vérité.
6. En effet, quel plus grand enseignement logique que l'exemple des aberrations philosophiques produites cependant par d'excellents principes ? Descartes proclame la mé-