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CARACTÈRES DE NOS IDÉES

mènes des corps, les saveurs, les sons, la figure, la dureté, etc. Aucun de ces phénomènes n'est le corps luimême, car je conçois que cliacun d'eux pourrait lui être enlevé. La substance même des corps ne m'est connue par aucun sens, et néanmoins je sais qu'elle existe, et dès qu'un phénomène extérieur m'est connu, je le conçois comme appartenant à une substance.

De même j'ai conscience de ce qui se passe en moi. Je m'aperçois que je veux, que j'aime, que je connais, que je jouis, mais aucun de ces faits ou phénomènes n'est moi. La substance qui veut, aime, connaît, jouit, ne m'est pas connue par la conscience, et cependant, je sais qu'elle existe, et dès qu'un de ces phénomènes m'est connu, je le conçois comme appartenant à un être, à une substance qui est moi. Voici les caractères les plus remarquables de ces deux idées de phénomène et de substance.

2. Avoir ridée de la saveur, de la figure, etc., de tel ou tel corps, c'est chose soumise à des conditions qui pourraient ne pas se réaliser, et qui ne se réalisent, en effet, le plus souvent, que pour un très petit nombre d'hommes, quelquefois même pour moi seul.

De plus, si l'idée de la saveur ou de la figure de tel corps me manquait, mon intelligence ne serait pas atteinte pour cela; rien d'essentiel, d'indispensable ne lui serait enlevé. Voilà ce qu'on entend quand on dit que l'idée d'un phénomène est une idée contingente.

Mais il est impossible que j'aie l'idée de la saveur ou de la figure de ce corps, sans concevoir que ces phénomènes appartiennent à une substance. De plus, cette conviction naturelle que tout phénomène suppose une substance est indispensable, essentielle à mon intelligence. Si elle me manquait, mon intelligence serait atteinte, elle ne serait plus une intelligence humaine, elle serait semblable à celle

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