I. — Qu'est-ce que déterminer l'existence d'une faculté
i. La notion de Vêtre renferme celle de certaines propriétés, de certains attributs. Un être sans attributs nous paraît une absurdité; des attributs sans être nous en paraissent une autre. De plus, l'être ne nous est connu que par ses attributs, et connaître un être ce n'est pas autre chose que le concevoir à l'aide de ses attributs connus. Un être dont nous ne connaîtrions pas un seul attribut, serait pour nous comme s'il n'existait pas. Mais à leur tour les attributs ne sont connus que par leurs phénomènes ou mamfestatio7îs. Un attribut dont nous ne connaîtrions aucun phénomène, serait pour nous tout aussi inintelligible qu'un être sans attribut.
2. Phénomènes, attributs, être, voilà l'ordre suivant lequel se forme la connaissance des réalités. Dans la nature, nous reconnaissons le nombre et les caractères des agents naturels par le nombre et le caractère des phénomènes physiques. Qu'est-ce que le calorique? Est-ce un agent absolument inconnu ? nullement. C'est pour nous l'agent (quel qu'il soit d'ailleurs) qui produit les phénomènes de la température; même réponse pour Vélectricité, pour le magnétisme. Et quel est le nombre des agents naturels? Le même que celui des classes de phénomènes irréductibles.
DES FACULTÉS DE l'aME. 77
3. Il en est de même dans la science de l'esprit humain. L'esprit humain est doué de certaines facultés; mais ces facultés ne nous sont point connues en elles-mêmes; elles le sont par leurs phénomènes, produits ou manifestations. De telle sorte que si nous ne connaissions aucun de ces phénomènes, aucune de ces manifestations, de ces produits, nous ne pourrions absolument rien affirmer des facultés qui les produisent. Si au contraire nous connaissons quelques phénomènes, produits ou manifestations, nous en induirons légitimement certaines facultés, en réglant toujours ces conclusions sur les données de l'observation, suivant la règle immuable de la vraie méthode.
4. Etablir quels sont les produits des facultés en consultant la conscience, établir ensuite les facultés correspondantes à ces produits : la science ne peut avoir d'autre marche. Nous n'aurions donc aucun droit pour affirmer, énumérer les facultés, si nous n'avions préalablement étudié les produits. Au contraire, l'observation antérieure que nous avons faite de ces produits nous autorise à déterminer les facultés d'oii ils découlent. Et comme l'observation des produits fait découvrir en eux certains caractères par lesquels ils se distinguent essentiellement, et d'après lesquels ils se partagent en classes, il y a lieu d'assigner à chaque classe nettement distinguée des autres une faculté particulière.