CHAPITRE CINQUIÈME
DE LA SENSIBILITÉ ORGANIQUE.— DE LA SENSIBILITÉ PSYCHO- LOGIQUE. — DE LA SENSIBILITÉ MORALE. — DU PRINCIPE DE LA SENSIBILITÉ. — DU BONHEUR ET DU MALHEUR.
I. — De la propriété qu'ont les nerfs de recevoir l'impression ou de la sensibilité organique.
1. La sensibilité organique appartient au corps et non pas à l'âme : c'est là son premier caractère qui la distingue nettement des faculté de l'âme. Elle existe dans l'animal, elle existe même d'une certaine façon dans la plante. Ses phénomènes consistent dans une triple impression faite, 1« sur l'organe proprement dit ; 2" dans la longueur du nerf; 3" au centre cérébral. Si l'impression peut se produire et se transmettre, c'est grâce à la puissance vitale qui anime le corps organisé. Quand la vie se retire, les chocs, les déchirures opérés dans l'organe, sont sans retentissement ; il y a coup, lésion, il n'y a plus impression.
2. Or, la première impression qui détermine les deux autres en vertu des lois de la vie, d'où vient-elle ellemême? tantôt de forces extérieures, tantôt de forces qui agissent en dedans des organes eux-mêmes. Dans les deux
(1) La raison est la partie la plus essentielle de Vintelligence; h volonté, c'est V activité se possédant et se décidant après délibération; c'est pourquoi, par des métonymies que le langage des philosophes a consacrées, on donne souvent k l'intelligence le nom de raison, et à l'activité le nom de volonté.
cas, il est évident que l'impression est le résultat inévitable des lois de la nature. De là le second caractère de la sensibilité organique, celui d'être fatale.
3. Il est clair que la sensibilité organique se développe en même temps que la puissance vitale, et avant les facultés de l'âme,
4. Lorsque l'impression est accompagnée de plaisir et de douleur, la puissance vitale y répond régulièrement suivant deux modes généraux : à l'impression agréable en s'épanouissant, à l'impression fâcheuse en se resserrant, ou, si l'on veut, en épanouissant ou en resserrant l'organisme. Ces expressions ne sont point analogiques, mais rigoureuses ; il est vrai, à la lettre, que l'animal s'ouvre au plaisir et se ferme à la douleur. On a décrit dans chacun de ces mouvements contraires trois degrés progressifs indiqués par les termes dilatation, expansion, attraction, et contraction, concentration, répulsion (voir Jouffroy); nous ne nous y arrêtons pas.
5. La connexion entre la sensibilité organique et les sentiments ne peut se nier. Les affections et les émotions sont en grande partie déterminées et mesurées par l'organisation. On est dur ou compatissant, doux ou violent, enthousiaste ou insensible, etc., autant parle tempérament que par l'âme; l'éducation, l'idée du devoir, la religion, l'énergie des résolutions viennent en aide à ces inclinations primitives ou les contrarient, mais les trouvent toutes faites comme conséquences de la constitution du corps, et de la disposition de la matière cérébrale.
6. La volonté est fortement aidée par les aptitudes du corps, par la facilité et la vivacité des impressions, par l'énergie de la puissance vitale; et réciproquement, dans un corps mal organisé, peu vital chétif, souffrant, ou même momentanément affaissé, elle s'amoindrit souvent.