IV. — Du toucher
1. L'odorat, le goût et l'ouïe nous révèlent chacun une seule qualité des corps ; le toucher nous en révèle plusieurs qu'on peut réduire aux suivantes : le chaud et le froid, le dur et le mou, le raboteux et le poli, la figure, la solidité, le mouvement et l'étendue.
2. De ces diverses qualités, le chaud et le froid sont les seules que nous percevions quelquefois sans toucher le corps ; toutes les autres sont connues par le contact immédiat. Nous percevons donc alors l'impression de l'organe
iâO DU TOUCHER.
et la qualité du corps comme ayant lieu dans le même endroit. Quelques philosophes, confondant soit la sensation avec la perception, soit la perception de l'impression de l'organe avec celle de la qualité extérieure, n'ont pas craint d'avancer cette proposition étrange : La dureté et retendue sont des sensations de l'âme. Reid, qui a combattu au nom du bon sens tous les paradoxes des philosophes antérieurs, n'a démêlé encore qu'imparfaitement la vérité sur ce point. Les autres n'avaient vu qu'un fait, la sensation ; il en a aperçu deux, la sensation et la perception de la qualité du corps; mais il a encore laissé la perception de l'impression confondue avec la sensation. De là le demi-mécontentement que ses longues explications laissent encore.
3. Or, dans l'usage du toucher et du contact immédiat, nous percevons toujours deux choses, et dans le même point de l'étendue , savoir : 1° l'impression de l'organe (qu'on dit aussi que nous sentons, et de là l'équivoque) ; 2° les qualités du corps. Jamais la seconde de ces perceptions ne va sans la première, qui en est la condition ; mais les deux choses perçues n'en sont pas moins radicalement différentes (1).
4. En général, pour ce qui concerne le sens du toucher, on peut dire : i° qu'il est indispensable de sentir l'impression de l'organe pour percevoir les qualités des corps, et qu'ainsi cette impression est comme le signe de ces qualités; mais ce signe n'a aucun rapport avec la chose signifiée, et si, de prime abord, nous n'en savions faire l'interprétation, nous ne la ferions jamais ; 2^ que c'est par conséquent une science merveilleuse que celle par laquelle
(1) Je supprime en cet endroit une longue explication relative aux qualités premières et aux qualités secondes, source d'interminables discussions. Nous concevons les unes et les autres comme les causes extérieures de nos sensations : c'est là tout ce qu'il importe de remarquer dans un cours élémentaire.