‹ Cours de philosophie généraleChapitre 6 sur 21 · DISCOURS D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

DISCOURS D'OUVERTURE

Messieurs ,

Nous allons faire ensemble un Cours de Philosophie générale. Commençons par fixer l'étendue et le caractère du sujet que nous allons embrasser.

La Philosophie est le Savoir mis en œuvre par la Raison.

La Raison sans instruction, c'est la lumière dans le vide ; l'instruction sans raison , c'est le chaos.

2 COUBS DE PIlIT-OSOPlin-: GÊMÎRALE.

Mais rinstructioii , on la conualssancc tics Fails, guidée par la Raison, c'est l'ordre dans la richesse ; c'est la science bien employée; c'est la Philosophie véritable; c'est, en résultat, la connaissance de la Vérité.

Telle est donc, Messieurs, la carrière qui, en ce moment, s'ouvre sous nos pas : la carrière de la Vérité; et puisque notre Raison va employer la Science générale, ce n'est point là Vérité partielle et incomplète que nous allons connaître; c'est la Vérité universelle.

Ambition démesurée! s'écrie chacun de vous. Audace téméraire ! la Vérité universelle ! quel liomme parviendra à la concevoir!... La Science générale ! que sera-t-elle, à jamais, pour l'esprit humain, si ce n'est un dédale nébuleux et immense ?

Messieurs , une telle défiance est naturelle ; ie suis loin de ia condamner; jusquà nos jours, rhistoire de l'esprit humain la justifie : mais les temps sont changés ; une grande Révolution s'avance. Révolution vers laquelle ont marché tous les peuples depuis l'origine du monde , Révolution dont le but est de donner, aux Nations civilisées , la Liberté et la Vérité.

La Liberté est déjà dans nos moeurs; c'est donc, pour nous, une conquête assurée.

La Vérité est dans nos besoins ; car nous ne pouvons plus nous accommoder d'illusions ni d'erreurs; soit nouvelle, soit renouvelée, toute erreur, à l'instant où elle se présente, est frappée d'abandon ; ce qui est le plus décisif de tous les anathèmes.

Il faut cependant un aliment à notre intelligence ; et quel autre aliment que la Vérité peut désormais lui convenir, puisque l'erreur ne lui convient plus ?

Non, Messieurs, il n'est plus que la Vérité qui puisse nous satisfaire ; il n'est plus que la Vérité qui puisse s'établir, dans notre esprit , avec conviction et permanence ; l'esprit humain , chez tous les peuples civilisés, et plus particulièrement en France, ayant définitivement conquis la liberté de réfléchir et d'examiner, ne pourra plus s'arrêter, avec attrait, avec fixité, que sur ce qu'il pourra vérifier sans cesse ; il ne connaîtra plus d'autorité que celle de la démonstration, reposant sur des Faits dont il puisse s'assurer, et sur des raisonnemens dont il soit l'arbitre. Pour chacun de nous , Messieurs , il faut que les preuves fondamentales, et suftisantes des pensées que l'on nous propose, se trouvent en nous et auprès de nous; les témoignages éloignés, soit pour le temps, soit pour la distance, ne sont

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4 COURS DE I'lIIÎ,OSOPmK GÉNÉRALE.

plus, à nos yeux, que des accessoires d'un înterèt plus ou moins grand , et d'une vraisemblance plus ou moins avancée, selon qu'ils s'accordent plus ou moins avec les te'moignages authentiques que nous recevons de nous-mêmes, ou des objets placés immédiatement sous nos regards. Puisque nous sommes libres , c'est notre Raison qui juge.

Messieurs, je vais m'adresser à votre Raison. Qu elle soit attentive et sévère. Point de concessions, mais des secours. Trente ans d'études et de méditations m'ont donné le droit d'être écouté ; c'est le seul que je réclame. Quelle que soit. Messieurs , la bienveillance à laquelle mon âge , mes travaux, et peut-être mes écrits, vous disposent, n'ayez confiance qu'en votre jugement personnel. Examinez, réfléchissez: je vais discuter avec votre Raison ce qui m'a été découvert par la mienne , mettant en œuvre la Science générale, la Science de mon siècle. Arrêtez - moi lorsque je vous paraîtrai ne pas posséder cette Science avec exactitude. Toute résistance, toute contradiction, ne pourront être que profitables au grand objet qui nous rassemble. Dans ma persuasion absolue, les bases de l'édifice que je vais construire sont inébranlables ; mais, malgré tous les soins que je me suis imposés, je puis

avoir mis quelquefois de l'incorrection dans les de'tails de cet immense édifice. J'invite ceux d'entre vous qui s'en apercevront, à vouloir bien m'en avertir, soit verbalement , soit par écrit ; c'est une sollicitude que la Vérité leur demande. Je répondrai avec franchise, avec déférence, à tous les genres de communication.

C'est ainsi , IMessieurs , que mon œuvre deviendra la votre : perfectionnée par votre concours , elle appellera , hors de cette enceinte , l'attention des hommes éclairés ; embrassant toute la science de l'homme , toute son expérience , toute sa pensée , elle sera , dans un temps peu éloigné peut-être, l'objet de la discussion universelle; affermie un jour, parce qu'elle sera démontrée , elle fixera , sur la Terre , le règne noble et pacifique de la Vérité.

J'entre en matière.

COURS DK PllILOSOPIlIi: OKM^RALK.

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