DESSIN GÉNÉRAL OE L'UNIVERS
Qu'est-ce que l'Univers ? C'est l'ensemble des Etres et de leurs rapports.
Ces Etres , ainsi que leurs rapports , se succèdent et se renouvellent sans cesse.
Une Action e&t donc nécessaire à la production des Etres et des rapports qui les unissent ; une Action est nécessaire à la pix)duction et k la conservation de l'Univers.
Si nous cherchons à définir l'Action universelle , si du moins nous essayons de dévoiler son origine, d'expliquer sa nature, nous ne pourrons y parvenir. Dirons-nous que l'Action universelle est le mode d'existence de la Puissance suprême ? Nous ne ferons que traduire un mystère par un mystère : là est le grand abime pour l'intelligence humaine; là elle s'arrête et admire.
Mais si nous nous bornons à considérer dans son exercice, ou dans son résultat' immédiat et nécessaire, cette Action inexplicable qui anime l'Univers, nous trouverons que le Mouvement
ORDRE PHYSIQUE. y
est ce résultat immédiat et nécessaire. Que serait une Action qui n'aboutirait pas à un mouvement?
Le Mouvement est donc la Cause seconde universelle de l'existence des Etres et de leurs rapports; et la Matière, substance des Etres, est le Sujet universel à\i Mouvement.
La Matière, sujet du mouvement, et substance des Etres , aune nature intime qui , comme celle du Mouvement, doit nous rester à jamais inconnue ; mais elle a des propriétés accessibles à nos sens, des propriétés qui lui sont essentielles, des propriétés dont elle ne pourrait être dépouillée, sans que les effets quelle exécute ne lui devinssent impossibles.
Ainsi, la matière est essentiellement mobile ; ce n'est qu'à cette condition qu'elle peut être sujet du Mouvement.
Ainsi encore , elle est susceptible de s'agréger à elle-même, et de former, sous la direction du Mouvement, des Corps plus ou moins volumineux. Elle est également susceptible de l'impulsion opposée ; elle peut se séparer d'elle-même; les Corps peuvent se diviser, s'atténuer.
Mais il est évident que cette faculté d agrégation et cette faculté de division, ont, l'une et l'autre, un terme qu'elles ne peuvent dépasser; si la. faculté d'agrégation était indéfiniment'
croissante, tout l'Univers tomberait progressivement clans Tetatcle concrétion; et si, au contraire , la matière était réellement et actuellement tributaire d'un progrès de division interminable, aucune opération de composition ne pourrait s'effectuer; le mouvemcnl imprimé à la matière ne serait employé éternellement qu'à l'atténuer, à la dissoudre, à provoquer de plus en plus son anéantissement, sans pouvoir néanmoins y parvenir ; l'existence de la Matière et l'Action du Mouvement seraient ainsi sans objet, ou plutôt en contradiction avec leur objet.
11 est donc un Fait général que nous pouvons reconnaître : la division de la Matière est invariablement arrêtée à une certaine limite. Chaque élément ou atome est un Etre indécomposable , dont la figure et l'étendue sont invariablement fixées. Nous trouverons bientôt d'où procèdent les bornes de cette division.
Un rapprochement que nous venons de faire nous conduit maintenant à établir un autre Fait général de très grande importance.
Les divers mouvemens imprimés à la matière tendent à former des corps ou à dissoudre des corps ; et il est évident que ces deux ordres de îiiouvement , si opposés dans leurs résultats ,
doivent constamment se tenir en balance mutuelle ; s'il en e'tait autrement, dans un sens ou clans l'autre, tous les corps ne feraient progressivement que s'agglomérer ou se dissoudre ; rien de ce qui existe n'existerait.
Le Mouvement, Action universelle, a donc reçu une Loi, e'galement universelle : c'est de rester en équilibre.
De là nous serons d'abord portés à conclure que le jMouvement a deux sources générales de direction, l'une qui fournit aux effets d'agrégation entre les élémens, l'autre qui fournit aux effets de séparation ; et que ces deux sources sont égales d'intensité et d'aljondance.
Mais la réflexion nous montre bientôt qu'une telle image est inapplicable à la constitution de l'Univers.
Si l'Action universelle avait deux foyers distincts, et par suite deux directions distinctes, représentées par deux fleuves opposés coulant l'un vers l'autre , et destinés à se confondre , il n'y aurait union et équilibre des effets que dans la plage au sein de laquelle ces deux fleuves entrelaceraient leurs ondes; avant d'aboutir à cette plage, les eaux de chaque fleuve produiraietil les effets qui leur seraient essentiels : l'un de ces fleuves , par exemple , venu de climats très
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Iroids, glacerait tout sur sou passage ; tous les corps quil haigucrait seraient ("ortemeut condenses. Au contraire , l'autre fleuve , venu de climats brûlans, porterait une grande chaleur sur tous les points de son lit et de ses rives ; tous les corps qu'il baignerait seraient fortement dilates.
Ce n'est pas ainsi que l'Univers se présente à notre raison et à nos obsei'vations . Pai'tout , l'impulsion composante et l'impulsion dissolvante existent ensemble, s'exercent ensemble; chaque point de l'espace est nécessairement , et au même degré, source et foyer des deux impulsions.
La difficulté semble alors tellement augmentée, qu'elle se montre à notre esprit avec tous les caractères de l'impossibilité. Quoi ! dans chaque point de l'espace , existence connexe de deux forces mutuellement opposées? c'est manifestement impossible.
Oui ! Messieurs , il est manifestement impossible que l'Action universelle ait deux modes d'exercice. Pour qu'elle soit universelle, il faut qu'elle soit une; l'w/zzYe est la première condition de \ universalité.
Tel est donc le grand Problème dont la solution doit éclaircir l'immense série de questions qui en dépendent.
Trouver, pour l'Action universelle, un modo d'exercice qui soit unique , par conséquent universel , et qui , cependant , corresponde à tous les effets du mouvement , en sorte que ce mode d'exercice suffise pour tout produire.
Il est e'vident que si nous faisons une telle decouverte, nous tiendrons la clef de l'Univers.
Afin d'y parvenir, faisons-nous toujours guider par les raisonuemens les plus simples ; il ne peut jamais en être de plus sûrs.
L'Action universelle existe et s'exerce dans tous les points de l'espace ; par conséquent elle existe et s'exerce dans toute la substance de chaque corps.
Ainsi , chaque corps est pénétré d'Action dans tous les points de sa substance ; cliaque coi-ps est essentiellement et constamment plein de mouvement.
Or^ de deux choses Tune : le mouvement intime, essentiellement possédé par toute la substance de chaque corps , tend à le condenser, ou à le dilater, à concentrer ses parties sur un espace plus petit, ou à les projeter sur un espace plus grand.
Il est maintenant de toute évidence que si le Mouvement a pour objet et destination, dans le sein de chaque coips , de le condenser, de le con-
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centrer, de le réduire sans cesse à un espace plus petit, le Mouvement a pour objet, pour destination, dans l'Univers, de tout rendre immobile; en sorte qu'il est constitué dans le but de s'anéantir. Telle ne peut être la constitution d'un