‹ Cours de philosophieChapitre 4 sur 62 · VJ AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VJ AVERTISSEMENT

la philosophie u'élait qu'un champ de bataille, comme ses détracteurs affectent de le lui reprocher, je dirais que j'incline beaucoup plus vers Platon que vers Aristote; mais la vérité est que je n'appartiens à aucun parti , à aucun maître. Je ne conçois pas la philosophie sans une pleine indépendance : amicus Plato , sed magïs arnica verilas. Lorsque le divin philosophe d'Athènes me paraît sotis le charme de sa poétique imagination plutôt qu'inspiré par sa haute raison, je le combats avec autant de liberté que je fais le profond analyste de Stagyre, lorsque, ne retrouvant plus tous les faits psychologiques dans la poussière de ses froides et subtiles analyses, il aime mieux mutiler l'intelligence que d'avouer l'insuffisance de l'expérience sensible. L'écu^il le plus redoutable pour ceux qui se hasardent sur l'océan toujours agité des opinions humaines, est celui des sectes et de leurs prétentions exclusives : cette pensée m'a constamment dirigé dans la rédaction de mes leçons.

Je dois encore au lecteur de l'avertir que la théologie rationnelle, qui compose la seconde partie de ce Cours, n'avoue comme siennes que les connaissances acquises au moyen des seules lumières naturelles, et qu'ainsi elle est parfaitement distincte de la théologie prétendant s'appuyer sur des fondements qui ne seraient point

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fournis par la raison (a). Il a régné long-temps sur ce point une confusion qui n'a certainement pas profité à la philosophie, dont elle a au contraire arrêté la marche pendant des siècles. Mais qu'on y prenne garde, sans quoi Ton serait loin de saisir ma pensée , en me séparant entièrement de la théologie prise dans l'acception restreinte qu'on attache communément à ce mot, je n'entends nullement, ici du moins, venir la combattre. Je crois que le germe religieux serait bientôt desséché dans le cœur de l'homme sans un culte public, dont l'établissement serait encore un bienfait, quand il ne serait pas une nécessité de notre nature. Je professe un respect, non pas seulement de simple convenance , mais profondément senti , pour les religions et en particulier pour le christianisme, dont l'influence salutaire est si évidente que celui-là même qui ne croirait point à la lettre de ses dogmes, devrait au moins, pour peu qu'il fut philosophe, le regarder comme la forme la plus pure sous laquelle le sentiment religieux se soit encore produit. Il n'est pas inutile de faire observer que je ne donne pas le nom de

{a) Cette distinction étant posée , j'ai cru devoir substituer au mot théodicée , que j'avais employé dans la première édition , celui de théologie . qui est beaucoup plus élendu.

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religion à telle doctrine de nos jours, qui, sous le faux semblant d'intentions philanthropiques, ne tendrait à rien moins qu'à organiser un affreux despotisme; doctrine désolante, qui, prenant pour point de départ le panthéisme, ose, par une dérision bien déplacée dans un siècle un peu sérieux, s'appeler religion; doctrine peu dangereuse du reste, puisque, en abjurant les données fondamentales de la pensée humaine, elle se rend impuissante à s'emparer de l'intelligence des populations ; doctrine enfin dont le ridicule aurait déjà fait justice, si le pouvoir n'avait été assez mal inspiré pour lui prêter l'appui de la persécution.

Je me rends entièrement aujourd'hui aux raisons qui doivent faire donner la psychologie pour base à la théologie que, dans ma première édition, j'avais placée à la tête du cours. Toutefois j'ai continué de mettre la théologie en relief, comme une des parties les plus importantes de renseignement philosophique. On peut sans doute lui donner une autre place que celle que je lui ai assignée ; mais je tiens plus que jamais à ce qu'on ne la relègue pas dans un coin obscur d'un chapitre de morale, comme le font les philosophes écossais et leurs serviles imitateurs. Notre époque, malgré ses prétentions à une reUgiosité vague, égaleraonf impuissante à fixer les

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