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de nos aveugles passions, Bi> reposant seulement sur une doctrine abstraite, elle n'était point vivifiée et consolidée par l'active intervention permanente d'un pouvoir moral entièrement distinct et suffisamment indépendant du pouvoir politique proprement dit : comme ne le confirment que trop les graves atteintes qu'elle a éprouvées, et qu'elle subit encore journellement, par suite de la désorganisation spirituelle, quoique sa profonde harmonie avec la nature de la civilisation moderne l'ait jusqu'ici spontanément préservée de toute attaque dogmatique, malgré la chute de la philosophie catholique qui en avait dû être l'organe primitif, ainsi que je i'ai rappelé ci-dessus. Nos constitutions métaphysiques elles- mêmes, au milieu de leur confusion caractéristique entre les deux ordres d'attributions, ont involontairement sanctionné Cette condition essentielle de notre sociabilité, sans y avoir toutefois convenablement satisfait, par ces remarquables déclarations préalables, destinées à instituer, jusque chez les moindres citoyens, un contrôle général des mesures politiques quelconques; faible image et équivalent très imparfait des moyens énergiques que l'organisme catholique procurait naturellement à chaque croyant pour résister à toute injonction légale contraire à la morale établie en évitant néanmoins de s'insurger ainsi contre une économie régulièrement fondée sur une telle séparation continue. Depuis ^que l'humanité a dépassé l'âge préliminaire propre à la civilisation humaine, cette grande division est donc devenue, à tous égards, le principe social de l'élévation intellectuelle et de la dignité morale. Sans doute, la progression moderne, après sa pre- , mière impulsion catholique et féodale, a dû, comme je l'ai expliqué, bientôt devenir radicalement hostile à l'ordre catholique, où, par l'extrême imperfection de sa base théologique, qui ne pouvait ni ne devait prévaloir plus longtemps, une organisation, jusqu'alors éminemment progressive, tendait désormais à dégénérer directement en une dégradante théocratie. Mais cet antagonisme nécessaire, dont l'office temporaire est maintenant accompli, ne doit pas laisser indéfiniment dominer les préjugés révolutionnaires propres à son développement, et dont l'empire trop prolongé est maintenant aussi contraire à l'élan final de notre sociabilité qu'il fut auparavant indispensable à sa dernière préparation. Au reste, tandis -que la nature de la civilisation moderne prescrit la division rationnelle des deux puissances élémentaires comme une condition
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I fondamentale de son essor régulier, elle tend encore plus évidemment, malgré toute vaine opposition systématique, à ja réaliser de plus en plus comme une irrésistible conséquence de son cours spontané. Dans l'état social du moyen âge, nous avons reconnu qu'une telle séparation avait eu, à beaucoup d'égards, un caractère forcé, qui a dû accessoirement influer fur son imparfaite consistance, en tant qu'opposée au geôle éminemment absolu de l'activité militaire, alors encore prépondérante, malgré sa transformation capitale. Rien d'équivalent, n'est possible sous l'ascendant, déjà pleinement 1 irrévocable et désormais de plus en plus complet, de la vie [industrielle propre aux temps modernes, et dont la nature doit, au contraire, y empêcher directement toute confusion réelle entre la puissance spéculative et la puissance active, 'qui n'y sauraient certainement jamais résider, à un haut degré, chez les mêmes organes, fût-ce envers les plus simples opéra lions partielles, et, à fortiori, quant aux plus hautes entreprises sociales. La diversité nécessaire des mœurs respectives n'est pas, au fond, moins incompatible avec une semblable concentration politique que l'évidente distinction des capacités. Quoique les caractères particuliers aux différentes classes modernes soient encore loin, sans doute, d'être ['suffisamment prononcés, il est pourtant irrécusable, malgré la vicieuse identité que. d'irrationnelles dispositions tendent aujourd'hui à établir entre leurs habitudes, que la supériorité de richesse, principal résultat spontané de la prééminence industrielle, ne conférera jamais des droits sérieux à la suprême décision des questions humaines ; de même, quelle que soit aujourd'hui la honteuse ardeur de tant d'artistes, encore plus choquante chez les savants, pour rivaliser de fortune avec les chefs industriels, il n'est certes nullement à craindre que les' carrières esthétiques ou scientifiques puissent désormais conduire au plus haut ascendant pécule maire : la généreuse imprévoyance pratique naturellement propre aux uns, quand il y a vocation réelle, est assurément incompatible, en général, avec la scrupuleuse sollicitude Quelle qu'exigent les succès des autres. Une secte éphémère, sans portée comme sans moralité, instituant, sur la confusion sv.stémalique des deux puissances, une dogmatisation rétrograde, a voulu, de nos jours, tenter de prendre la richesse pour l'uniqde base du classement social, en y concevant la . seule récompense homogène de tous les services quelconques. ;
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Mais ses vains efforts n'ont essentiellement abouti qu'à faj mieux sentir à tous les bons esprits et à toutes les âmes vées que, dans l'économie moderne, les opérations d'un^^P utilité immédiate et matérielle constitueront indéfiniment, <fjpr toute nécessité, la principale source des richesses, quelle que puissent être les améliorations ultérieures de l'état sociaf tandis que les divers travaux spéculatifs, susceptibles d'i appréciation moins évidente, en vertu de leur destination phiîl indirecte et plus lointaine, quoique leur efficacité finale se réellement très supérieure, sont destinés, par leur nature^ trouver surtout, en une vénération prépondérante, leur jus] rémunération sociale : en sorte qu'il serait aussi chimérî'qui que désastreux de vouloir habituellement réunir les plushauj degrés de fortune et de considération. Enfin, pour terminai cette discussion préliminaire par une observation irrésistibj il faut remarquer que les vraies nécessités sociales doiyer se manifester toujours, d'une manière plus ou moins saisi? sable, <ïhez ceux-là mêmes qui tendent de les éluder : ausr malgré la profonde anarchie des intelligences, existent véritablement aujourd'hui une sorte de pouvoir spiriti spontané, disséminé parmi les littérateurs et les métaphyfij ciens qui, par un enseignement journalier, soit oral, soit tout écrit, dirigent, au sein des divers partis existants, l'appl cation sociale des doctrines en circulation. L'irrégularij d'une telle puissance ne l'empêche point de faire hauteme^ sentir son action effective, et d'une manière souvent ti déplorable à beaucoup d'égards, quoique d'ailleurs provisoj rement nécessaire; les plus systématiques adversaires de J séparation des deux autorités élémentaires ne sont cerjn pas les moins servilement soumis à son ascendant habituel Toute la question se réduirait donc, au fond, sous cet aspe< à décider si les populations modernes, au lieu d'une vérit organisation spirituelle, fondée sur une sérieuse élaborati philosophique de l'ensemble des conceptions humaines, assujettie à des conditions rationnellement déterminées doivent être indéfiniment conduites par des organes presquî toujours ainsi dépourvus de toutes connaissances réelle qu'étrangers à toutes convictions profondes, et qui, au noi d'une déplorable facilité à soutenir, avec un spécieux écl* toutes les thèses quelconques, viennent s'ériger, sans aucûj garantie mentale ni morale, en guides spéculatifs de l'huni| nité : il serait ici superflu d'insister davantage à ce su
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Mieux on approfondira une telle discussion, plus on sentira | que la civilisation moderne doit, par sa nature, offrir le principal développement de cette division fondamentale des deux puissances, qui ne put être que très imparfaitement ébauchée au moyen âge, vu la double inaptitude de l'état social correspondant et de la philosophie alors prépondérante; l'essor croissant de notre sociabilité tend nécessairement, à tous égards, à rendre le gouvernement humain de plus en plus moral et de moins en moins politique. En même temps que la réorganisation spirituelle est aujourd'hui la plus urgente, elle est aussi, malgré les hautes difficultés qui lui sont pro- . près, la plus complètement préparée, chez l'élite de l'humanité, d'après l'ensemble des divers antécédents. D'une part, les gouvernements actuels, renonçant désormais à diriger une telle opération, tendent, par cela même, à conférer cette haute attribution, avec une suffisante liberté, à l'élaboration .philosophique qui se montrera digne d'y présider; d'une autre part, les populations, radicalement désabusées des illusions métaphysiques, comprennent de plus en plus, sous l'impulsion spontanée d'un demi-siècle d'expériences décisives, que tout le progrès social compatible avec des doctrines vulgaires est enfin essentiellement épuisé; et qu'aucune importante fondation politique ne saurait maintenant surgir sans reposer d'abord sur une philosophie vraiment nouvelle. A Tun et à l'autre titre, on peut assurer que, du moins en France, où doit nécessairement commencer la régénération finale, cette double- condition préalable est aujourd'hui tellement remplie que le déplorable retard qu'éprouve encore cette grande tâche du dix-neuvième siècle doit être déjà imputé surtout à la profonde incapacité des philosophes qui l'ont entreprise jusqu'ici.
Quand cette opération fondamentale aura reçu un développement assez caractéristique pour en faire partout sentir la vraie tendance générale, et longtemps avant qu'elle ait pu, efîectivement parvenir à sa pleine maturité sociale, elle commencera spontanément à exercer, soit sur les esprits les plus actifs, soit sur la masse des intelligences, une double influence graduelle très favorable au retour universel d'une harmonie durable, en indiquant aux uns une voie pleinement légitime de haute satisfaction politique, et aux autres la marche la plus conforme à une sage réalisation de leurs vœux principaux. Sons le nremier asDect. i'ai déià suffisamment établi,