‹ Cours de philosophie positive (volume 2)Chapitre 3 sur 21 · XII - PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XII - PRÉFACE PERSONNELLE

me dispensant désormais de tout enseignement individuel. Aussi ai-je pu exécuter la seconde moitié de ce Traité, malgré sa difficulté et son extension supérieures, beaucoup plus rapidement que la* première, en composant» depuis cette heureuse modification, un volume environ chaque année. Mais les pénibles entraves qu'un tel assujettissement continu doit encore apporter directement à mon essor ultérieur sont surtout aggravées par le caractère profondément précaire qui, d'après d'absurdes règlements, distingue aujourd'hui cette laborieuse existence (1). La double réélection annuelle à

(1) Notre École polytechnique est essentiellement régie, en tout ce qui concerne l'enseignement, par un conseil formé principalement de tous les professeurs quelconques, y compris les maîtres de dessin, de français et d'allemand, en exceptant seulement ceux qui dirigent les exercices non obligatoires, comme l'escrime, la danse et la musique. Depuis dix ou douze ans, cette corporation a graduellement acquis une grande prépondérance en se faisant attribuer, à ce titre de compétence, la nomination exclusive ou la présentation décisive aux divers offices polytechniques par suite de la confiance irréfléchie que sa composition caractéristique a dû inspirer de plus en plus à un pouvoir trop disposé à sacrifier, en général, sa juste suprématie effective aux impérieuses exigences des préjugés actuels. Ce nouvel ascendant a aussi tendu sans cesse à rendre essentiellement amovibles, en les assujettissant à une réélection annuelle, tous les emplois quelconques autres que ceux occupés ou convoités par les membres du conseil dirigeant, et sans même excepter les fonctions qui, de leur nature, réclament le plus évidemment une pleine indépendance légale, afin de résister suffisamment à l'antagonisme continu d'une foule de passions Spontanément convergentes contre leur plus légitime exercice, comme sont surtout mes difficiles devoirs d'examinateur préalable. Envers l'office didactique accessoire rempli par ce qu'on appelle improprement les répétiteurs, les ombrageuses prétentions d'une telle domination ont été poussées au point que, depuis l'ordonnance de 1832, chacun d'eux peut être directement repoussé au seul gré personnel du professeur correspondant : en sorte que la prévoyance législative de nos savants n'a pu s'élever jusqu'à comprendre la dangereuse autorité qu'ils accordaient ainsi aux plus injustes animosités que pourrait susciter une rivalité individuelle alors trop naturelle pour ne devoir pas être fréquente, ou plutôt presque habituelle.

D'aussi absurdes institutions sont sans doute très propres à vérifier spécialement ce que j'ai tant de fois établi, en principe, surtout dans ce dernier volume, sur la profonde incapacité qui caractérise les savants actuels en matière quelconque de gouvernement, même scientifique. L'administrateur le plus étranger aux études spéculatives n'eût certainement jamais adopté spontanément des règles si radicalement contraires à cette connaissance usuelle de l'homme et de la société qui distingue naturellement lardasse administrative, et qui, même à l'état empirique, constitue toujours, au fond, dans la vie réelle, notre plus précieuse acquisition. Vainement donc nos savants voudraient-ils au-

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laquelle je suis ainsi soumis ne constituerait peut-être, envers tout autre, qu'une simple formalité, d'ailleurs choquante. Quant à moi, elle peut, à tout instant, devenir beaucoup plu? grave, en fournissant un point d'appui légal aux injustes animosités que j'ai involontairement soulevées et que le cours naturel de mes travaux doit directement augmenter, surtout â d'après l'action nécessaire du volume actuel. En tant que répétiteur, mon sort est subordonné, chaque année, non seulement aux diverses impulsions d'une corporation mal disposée à mon égard, mais aussi à la délicatesse ou à la circonspection d'un ennemi reconnu, dont la conduite antérieure est fort loin de garantir, en ce qui me concerne, son équité ultérieure. Comme examinateur, je suis pareillement exposé à la réaction annuelle, soit des différentes passions que doit spontanément susciter le juste exercice de mon autorité, soit même des vaines utopies spéciales que peuvent suggérer à chacun de mes seigneurs officiels le mode d'accomplissement d'un tel office : des récriminations pédantesques qui, quoique collectives, n'en étaient pas moins inconvenantes et même ridicules, m'ont déjà formellement averti de l'imminente gravité que pourrait, envers moi, acquérir inopinément un tel joug. A ce double titre, mes amis et mes ennemis savent également aujourd'hui que, parvenue à sa quarante-cinquième année, ma laborieuse existence personnelle peut encore être brusquement bouleversée, malgré le scrupuleux accomplissement continu de tous mes devoirs professionnels, d'après une suffisante coalition momentanée des diverses antipathies qui s'opposent à mon légitime essor. C'est afin de sortir, autant qu'il est en mon pouvoir, de cette intolérable situation, que j'ai cru devoir, par cette préface, provoquer, à mon égard, une crise décisive, dont, le péril, quelque réel qu'il puisse être, est, à mon sens,

jourd'hui renvoyer à l'administration la responsabilité exclusive de mesures aussi choquantes pour tous les hommes sensés : il est clair que le pouvoir n'a eu, à ce sujet, d'autre tort essentiel que de céder, avec trop de condescendance, à l'aveugle impulsion des préjugés et des ambitions scientifiques. Toute personne bien informée sait même maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives adoptées depuis dix ans à l'École polytechnique émanent surtout de la désastreuse influence exercée par M. Àrago, fidèle organe spontané des passions et des aberrations propres à la classe qu'il domine si dépîorablement aujourd'hui.

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moins funeste que la perspective continue d'une imminente oppression.

Pour mieux caractériser, surtout quant kV avenir, une telle appréciation personnelle, il me reste maintenant à la rattacher convenablement à la position nécessaire où me place directement l'ensemble de mon élaboration philosophique envers chacune des trois influences générales, théologique, métaphysique et scientifique, qui se disputent ou se partagent encore l'empire intellectuel.

Il serait certes superflu d'indiquer ici expressément que je ne devrai jamais attendre que d'activés persécutions, d'ailleurs patentes ou secrètes, de la part du parti théologique, avec lequel, quelque complète justice que j'aie sincèrement rendue à son antique prépondérance, ma philosophie ne comporte réellement aucune conciliation essentielle, à moins d'une entière transformation sacerdotale, sur laquelle il ne faut pas compter. Dès mon adolescence, j'ai péniblement senti le poids personnel de cet inévitable antagonisme, première source générale des difficultés actuelles de ma situation. C'est, en effet, sous les inspirations rétrogrades de l'école théologique que fut surtout accompli, pendant la célèbre réaction de 1816, le funeste licenciement qui brisa ou troubla tant d'existences à l'Ecole polytechnique, et sans lequel j'eusse naturellement obtenu seize ans plus tôt,suivantles heureuses coutumes de cet établissement, la modeste position que j'ai commencé seulement à occuper en 1 832; ce qui eût assurément changé tout le cours ultérieur de ma vie matérielle. Une exception formelle, émanée de la même origine, vint ensuite me soustraire personnellement à la réparation partielle qui compensa, quelque temps après, pour mes camarades, cette proscription générale. Le lecteur sait déjà que le prolongement continu de cette oppressive influence m'interdit surtout l'instruction publique, et me réduisit à la pénible ressource de l'enseigement privé. A mesure que mon essor mental s'est définitivement caractérisé par l'apparition successive des divers volumes de ce Traité, une inévitable déchéance officielle n'a pas empêché envers moi les malveillantes manifestations de ce parti incorrigible qui depuis cinq siècles, se sentant de plus en 'plus incapable de soutenir aucune véritable discussion, aspire toujours, même dans l'impuissance, à exterminer ou à avilir ses divers adversaires philosophiques. Malgré sa circonspection accoutumée, la cour de Rome a récemment fulminé, contre un ouvrage qui

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n'était pas achevé, une de ces ridicules censures qui ont désormais perdu jusqu'à l'étrange pouvoir subsistant encore au siècle dernier, d'exciter à lire les ouvrages qui en sont l'objet, et envers lesquels le public actuel ne daigne pas même s'informer d'une telle proscription. Au début de la présente année, à l'occasion de la réouverture habituelle du cours populaire d'astromonie que je professe gratuitement depuis douze ans, les plus ignobles organes de cette école, dans le vain espoir d'un prochain triomphe, ont osé demander hautement, à un pouvoir qui ne leur est plus dévoué, la destruction directe de tous mes moyens actuels d'existence pour avoir systématiquement proclamé la nécessité et la possibilité de rendre enfin la morale pleinement indépendante de toute croyance religieuse, d'après l'universel ascendant de l'esprit positif enfin directement érigé en unique base solide de toutes les notions humaines.

Envers le parti métaphysique, soit gouvernant, soit aspirant, ma position nécessaire, quoique relative à une collision moins prononcée, est, au fond, encore plus dangereuse pour moi, à cause de la grande prépondérance qu'il exerce aujourd'hui, à tous égards, en France. Plus éclairé et plus souple que le précédent, ce parti équivoque sent confusément que, depuis Descartes et Bacon, l'essor graduel de la philosophie positive a été surtout dirigé spontanément contre sa domination transitoire, non moins intéressée aujourd'hui que les prétentions purement théologiques à empêcher, à tout prix, l'installation sociale de la vraie philosophie moderne. En considérant d'abord la portion de cette école qui règne maintenant, je puis aisément signaler, chez son plus éminent organe, un exemple très caractéristique de sa disposition instinctive à me tenir, autant que possible, non sans doute dans l'oppression sacerdotale, mais dans une profonde obscurité personnelle, à la fois mentale et sociale. Ayant été, dès mon premier essor philosophique, individuellement apprécié, à certains égards, en 1824 et en 1825, par M. Guizot, je lui ai fait l'honneur, il y a dix ans, lors de son principal avènement politique, de m'écarter une seule fois envers lui de la règle constaute que je me suis prescrite, de ne jamais rien demander aux divers pouvoirs actuels en dehors de ce qui m'est strictement dû d'après les usages établis. Quelques ouvertures de sa part me conduisirent alors à lui proposer de créer, au collège de France, une chaire directement consacrée à

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l'histoire générale des sciences positives, que seul encore je pourrais remplir de nos jours, et à laquelle j'eusse spontanément donné un caractère couvenablement relatif â l'ascen dant scientifique et logique de la nouvelle philosophie. Or, après diverses tergiversations, M. Guizot, qui a fondé, là et, ailleurs, pour ses adhérents ou ses flatteurs, tant de chaires inutiles ou même nuisibles, fut bientôt entraîné, par ses rancunes métaphysiques, à écarter définitivement une innovation qui pouvait honorer sa mémoire, et dont il avait d'abord semblé comprendre la valeur naturelle. Je fus même ensuite obligé de publier, dans deux journaux, en octobre i833, avec quelques commentaires spéciaux^ la note philosophique que j'avais dû composer à ce sujet, afin d'empêcher au moins que cette proposition, qui, en effet, est ainsi restée ultérieurement intacte, ne se trouvât finalement gaspillée au profit de quelque courtisan. Quant à la partie de l'école métaphysique qui constitue aujourd'hui ce qu'on appelle vulgairement l'opposition, et dont la principale influence réside dans la presse périodique, ses dispositions envers moi sont, sans doute, assez caractérisées par l'étrange silence que ses divers organes, quotidiens ou mensuels, ont unanimement gardé,

/pendant douze ans, pour la première fois peut-être, envers ma publication philosophique. C'est jusqu'ici seulement en Angleterre, du moins à ma connaissance, que ce Traité a donné lieu à un sérieux examen, par la consciencieuse appréciation dont un illustre physicien (sir David Brewster) honora en i838, dans la célèbre Revue d'Edimbourg, mes deux premiers volumes, quoiqu'il eût d'ailleurs assez peu compris l'ensemble de mon opération philosophique, malgré l'admission formelle de ma loi fondamentale, pour regarder un tel préambule comme constituant mon principal objet. Sauf cette

j unique discussion, ainsi plutôt scientifique que vraiment philosophique, ce long travail n'a jamais été même annoncé dans aucun journal de quelque importance, sans que Ton puisse assurément attribuer une telle réserve au sentiment personnel d'une insuffisance d'instruction préalable qui n'empêche pas l'essor habituel des jugements les plus tranchés. Quoique quelques organes avancés aient dû, a ce sujet, attendre naturellement la fin d'une élaboration qui n'est, en effet, pleinement jugeable que dans son ensemble total, on ne peut douter que ce silence exceptionnel ne soit surtout dû à la répugnance involontaire avec laquelle les métaphysiciens,

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nui dominent partout la presse périodique, voient aujourd'hui surgir une philosophie supérieure à leur influence, et qui U-nd directement à faire cesser leur prépondérance actuelle, sous l'inflexible prescription continue de rigoureuses ►nditions mentales, a la fois logiques et scientifiques qu'ils sentent incapables de remplir suffisamment. Considérons enfin la troisième classe spéculative, celle qui t;]<- ion-tilue aujourd'hui le germe très imparfait mais ,Jirc» l île la vraie spiritualité moderne. Là se trouvent ceux ., nui j'ai fait l'honneur de demander à gagner honnêtement mon pain, parce qu'ils sont de ma famille intellectuelle: tondis que je n'ai rien dû attendre des deux autres catégories, comme m 'étant essentiellement étrangères et même involontairement hostiles, sauf Tunique exception personnelle dont j'a\ais si mal a propos honoré M. Guizot. Afin d'apprécier convenablement à leur égard ma situation naturelle, il y faut distinguer avec soin les deux écoles, spontanément antagoniste-*, qui s'y partagent, quoique très inégalement jusqu'ici, l'empire général de la posilivité rationnelle : l'école mathématique proprement dite, dominant encore, sans contrslation sérieuse, l'ensemble des études inorganiques, et l'école biologique, luttant faiblement aujourd'hui pour maintenir, contre l'irrationnel ascendant de la première, l'indépendance et la dignité des études organiques. En tant que celle-ci roc comprend, elle m'est, au fond, plus favorable qu"bo*li!c parce quelle sent confusément que mon action philosophique tend directement à la dégager de l'oppression de* géomètres. J'y ai trouvé non seulement mon plus complet appréciateur scientifique, dans la personne démon éminent aun M. «le Blain ville, mais aussi de nombreux et honorables. adhérents, dont le concours constate mieux une telle sympathie-collective. Malheureusement ce n'est pas de cette classe, comme on sait, que dépend mon existence personnelle. Or, quant aux géomètres, sous la domination desquels je suis naturellement forcé de vivre, les indications précédentes ont a— .z fait pressentir ce que je dois attendre d'une classe scientifique dont l'ensemble de mon opération philosophique, soil mentale, soit sociale, détruit nécessairement la suprématie provisoire, graduellement développée pendant le cours de la longue élaboration préliminaire propre aux deux derniers siècles, comme l'expliquent spécialement les trois chaprtres extrêmes de ce volume final. -;':**

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Pour mieux caractériser cette inévitable opposition instinctive, il me suffit de signaler convenablement l'expérience 'i pleinement décisive qui s'accomplit, à mon détriment, en i84o, lors d'une nouvelle vacance de la principale chaire mathématique de l'École polytechnique, que j'avais occupée,;1 par intérim, quatre ans auparavant, avec une supériorité! généralement reconnue, même de mes ennemis, et que je ne'" cesserai, jamais, à ce titre, de regarder comme ma propriété légitime, quoiqu'une violente iniquité m'en ait dépouillé jusqu'ici avec l'appareil des formalités légales. L'illustre Dulong> en sa qualité de directeur des études de cet établissement, y avait ^personnellement suivi ces mémorables leçons qui m'avaient hautementeonquissa consciencieuse estime, malgré sa disposition antérieure à partager involontairement envers] moi les préventions routinières de nos coteries scientifiques? c'est sous le récent souvenir de cette éminente approbatio que se fit une telle élection, où son suffrage eût certainement garanti mon succès, sans la mort prématurée qui a privé I monde savant de cette rare combinaison d'une haute capacil avec une moralité équivalente. En même temps, une nobl jeunesse, que je n'ai jamais flattée, j'ose le dire, mais qu connaît mon dévouement continu à ses besoins légitimes manifestant, à sa manière, son heureux concours spontan avec l'appréciation de son ancien chef, honora ma candida ture par une généreuse démarche exceptionnelle, dont j'ai é jusqu'à présent le seul objet, et pour laquelle je lui offre i la facile expression de mon éternelle reconnaissance, dans la personne collective de ses successeurs actuels, envers les quels l'intime solidarité de nos diverses générations poly techniques autorise pleinement une telle substitution continue Le lecteur sait peut-être que des députations spéciales furent? alors adressées par les élèves à tous les votants quelconques afin de leur témoigner convenablement le désir unanim qu'une épreuve irrécusable avait inspiré en ma faveur à tou ceux qui avaient pu en sentir l'effet général. A cette conver gence décisive, et peut-être inouïe, entre les supérieurs e les inférieurs, se joignaient d'ailleurs, à mon avantage, toutes! les considérations accessoires relatives aux règles ordinaires,-^ qu'il a fallu simultanément violer pour m'exclure : une incon-* testable ancienneté, d'honorables services spéciaux, et convenance reconnue de recruter, autant que possible, les} professeurs de cette grande école parmi ses anciens élèves; t:

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à moins d'insuffisance réelle. Si tout autre que moi eût réuni un tel ensemble de titres, son triomphe eût été certain. Mais les antipathies géométriques, spécialement concentrées à l'Académie des sciences de Paris, ne pouvaient ainsi laisser irrévocablement surgir celui qui, col aissant le véritable esprit de nos diverses coteries scientifh es, et d'ailleurs peu effrayé de leur antagonisme, même coïk erté, aurait directement tendu, dans un tel office, à donm . à la haute instruction mathématique la direction la plus conforme à sa véritable destination pour le système général de l'évolution positive. Les honteux moyens qui déterminèrent mon exclusion furent alors en pleine harmonie avec l'évidente iniquité du projet. Comme les meneurs académiques devaient naturellement craindre le vote spontané du Conseil de l'École, où mes ennemis et mes amis croyaient également d'abord que la majorité m'était assurée, et auquel l'usage accordait à ce sujet une priorité naturelle, ils profitèrent habilement contre moi de l'occasion facile à prévoir que leur offrit la discussion du règlement académique (1). Après cette première violence, il fut ensuite aisé à la Commission spéciale d'établir, par une nouvelle infraction de tous les usages et de toutes les convenances, une liste de candidature où je n'étais pas même nommé, comme ne méritant sans doute aucune discussion. Le profond mépris personnel que je renvoie solennellement ici à chacun de ceux qui prirent une active participation volontaire à cette dernière indignité académique ne m'empêche pas d'ailleurs de sentir qu'elle eut au fond peu d'influence sur le résultat, puisqu'elle suivit le vote effectif du Conseil polytechnique, déjà tourné contre moi par la réaction presque irrésistible de la turpitude initiale. En un mot, les meneurs d'une telle intrigue n'oublièrent' rien pour indiquer

(1) Celui des deux secrétaires perpétuels qui rendit compte de la séance du 3 août 1840 sentit- tellement, sans doute, la turpitude de cette violence académique, ainsi. accomplie contre moi au profit personnel de l'un de ses confrères, qu'il tenta vainement de la représenter comme une sorte d'ajournement, motivé par je ne sais quelle autre urgence plus immédiate. Mais, si cette jésuitique exposition eût été vraiment fidèle, l'Académie eût distinctement réservé, pour la lecture de ma lettre, une séance ultérieure, tandis qu'il n'en fut jamais question ensuite. Comme il importe beaucoup à la morale publique que l'actif accomplissement volontaire des mauvaises actions, individuelles ou collectives, ne. puisse, en aucun cas, éluder une inflexible responsabilité, j'ai cru devoir ici spécialement rectifier cette officieuse erreur.

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d'avance à ce Conseil que, s'il voulait réaliser sa première disposition en ma faveur, il aurait à soutenir une lutte redoutable contre une corporation plus puissante, qui se montrait ainsi disposée à maintenir à tout prix, en cette grave occurrence, le monopole habituel des hautes dispositions didactiques, dont l'ensemble de sa conduite prouve depuis longtemps qu'elle regarde chacun de ses membres comme le possesseur légitime, quelle que puisse être son inaptitude réelle. On devait aisément s'attendre que le Conseil n'oserait engager envers l'Académie une collision aussi inégale. C'est ainsi que fut accomplie, avec un concert apparent des deux votes essentiels, une injustice pleinement caractérisée, dont le poids naturel empêchera toujours sans doute envers moi toute convenable réparation, malgré la composition mobile du corps spécial qui s'en rendit l'instrument passif, d'après la fixité naturelle de la puissante compagnie qui en fut le principal moteur, et où d'ailleurs les antipathies que j'inspire doivent être continuellement rajeunies, parce qu'elles tiennent directement, soit à la situation générale de l'esprit humain au dixneuvième siècle, soit au caractère fondani entai de ma nouvelle philosophie.

£ Après cette triple appréciation des tendances diversement hostiles qui doivent faire spontanément converger contre mon essor légitime toutes les classes antagonistes contre lesquelles est aujourd'hui partagé l'empire intellectuel, il serait assurément superflu de faire ici autant ressortir leur commune disposition à me priver accessoirement des différentes récompenses honorifiques qui dépendent de leur arbitrage, quels que puissent jamais être, à cet égard, mes droits naturels. Quand M. Guizot eut attaché son nom à la dangereuse restauration d'une académie heureusement supprimée par Bonaparte, la plupart de mes amis, et même de mes ennemis, pensèrent qu'on ne pouvait se dispenser, ne fût-ce que d'après mes travaux originaires en philosophie politique, de m'introduire directement dans une compagnie où, à défaut de toute véritable unité mentale, on s'efforçait de réunir tous ceux qui, à un titre quelconque, et par les voies les plus inconciliables, avaient semblé coopérer au perfectionnement des études morales et sociales. Presque seul alors je compris que, quelque opposition mutuelle qui dût, en effet, exister entre ces diverses tendances spéculatives, leur commune nature métaphysique les réunirait toujours contre moi. C'est donc

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précisément en qualité de fondateur d'une nouvelle philosophie générale, à la fois historique et dogmatique, que je resterai constamment en dehors, sans aucune discussion possible, d'une corporation instituée pour ranimer, en les centralisant, les influences ontologiques, auxquelles je m'efforce de substituer, enfin l'universelle prépondérance de l'esprit positif. Dans un autre cas, une illusion analogue m'avait d'abord, comme je l'ai franchement avoué au tome quatrième, conduit moi-même à compter sur l'appui, au moins moral» de la classe scientifique, qui semblait devoir prendre un vif intérêt direct à l'extension décisive de la positivité rationnelle. C'était l'erreur naturelle de la jeunesse, disposée à penser que les sciences sont habituellement cultivées en vertu d'une vraie vocation, et que les généreuses tendances spéculatives y prédominent sur les vicieuses impulsions actives. Mais, d'après les explications précédentes, celui qui a directement fondé une science nouvelle, la plus difficile et la plus importante de toutes, et qui, en même temps, a spécialement perfectionné la philosophie de chacune des sciences antérieures, sera nécessairement toujours repoussé de ce qu'on appelle improprement l'Académie des sciences, quand même il pourrait se résoudre à en solliciter l'entrée, ce qu'il ne fera certainement jamais, depuis les indignités qu'on s'y est permis envers lui. 11 laissera donc, sans aucun regret, cet honneur, de plus en plus banal, à la foule de ceux qui accomplissent aujourd'hui d'une manière presque machinale, ces prétendus travaux scientifiques dont, le plus souvent, l'esprit humain ne saurait conserver, après dix ans, la moindre trace, malgré l'ambitieuse dénomination qui les décore spécialement d'une chimérique éternité.

Pour achever d'apprécier la tendance profondément naturelle de l'influence scientifique à se réunir aujourd'hui, contre mon essor philosophique, à l'influence métaphysique, et même à l'influence théologique, il faut enfin remarquer, d'après une exacte analyse de notre situation mentale, que, malgré leur antagonisme naturel, la première, en tant que dominée encore par les géomètres, doit être, au fond, beaucoup moins éloignée qu'elle ne le semble de transiger habituellement avec les deux autres, au détriment de la raison publique. Depuis que la rénovation finale des théories morales et sociales constitue directement, dans l'immense révolution où nous vivons,' la nécessité prépondérante, la présidence

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scientifique laissée jusqu'ici à l'esprit mathématique tend à devenir presque aussi rétrograde que le sont déjà les impulsions métaphysiques et les résistances théologiques, comme l'expliqueront spécialement les trois derniers chapitres de ce Traité. Le sentiment secret de leur inévitable impuissance envers ces spéculations transcendantes dispose involontairement les géomètres actuels à en empêcher, autant que possible, l'essor décisif d'où résulterait nécessairement leur propre déchéance scientifique, et leur réduction normale à l'office modeste, quoique indispensable, que leur assigne évidemment la vraie hiérarchie encyclopédique; Après avoir jeté, comme un leurre, au vulgaire philosophique, leur absurde et dangereuse utopie relative à la prétendue régénération ultérieure des conceptions sociales d'après leur vaine théorie des chances, dont tout homme sensé fera bientôt justice, ils se contentent donc essentiellement d'exploiter à l'aise les bénéfices personnels que la grande transaction moderne assure spontanément à ceux qu'on a dû regarder jusqu'ici comme les plus fidèles organes de l'esprit positif, bien qu'ils n'en puissent vraiment représenter que l'état rudimentaire. Quant aux besoins fondamentaux inhérents à notre situation intellectuelle, ils n'intéressent aucunement îa plupart des géomètres, qui sont, au contraire, secrètement entraînés à en- empêcher la satisfaction finale. Leur opposition, plus apparente que réelle, à la prépondérance métaphysique, ou même théologique, tend depuis longtemps à se réduire à ce qui est strictement nécessaire pour garantir les droits directs de la science, surtout mathématique, aux profits généraux de l'exploitation spéculative. Or ce but est certes suffisamment atteint aujourd'hui, où le pouvoir a trop généreusement abandonné aux savants eux-mêmes, surtout en France, la répartition effective des diverses récompenses scientifiques. Ceux qui, avec une audace apparente, attaquent chaque jour la liste civile de la royauté, sont, d'ordinaire, humblement prosternés devant la liste civile de la science, au point de n'oser, par exemple, se permettre aucune critique envers les frais monstrueux qu'occasionne maintenant la seule composition d'un almanach très imparfait. Tous les intérêts mathématiques étant ainsi garantis, les géomètres consentent volontiers à laisser à la métaphysique, et même à la théologie, l'antique possession du domaine moral et politique, où ils ne sauraient avoir aucune prétention sérieuse. D'un autre côté, la demi-intelligence que

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l'entraînement contemporain fait aujourd'hui pénétrer jusque dans la théologie disposerait peut-être celle-ci, en cas d'un triomphe momentané, d'ailleurs presque impossible, à mieux respecter désormais les ambitions géométriques, pourvu que, suivant leur tendance spontanée, elles l'aidassent suffisamment à contenir le véritable essor systématique des spéculations biologiques, seules études préliminaires où \a lutte fondamentale reste encore pendante, à beaucoup d'égards, entre l'esprit positif et l'ancien esprit philosophique. Cependant les craintes naturelles que doit suggérer l'instinct aveuglément rétrograde de la puissance théologique conduiraient, * sans doute, les géomètres à voir avec regret le retour éphémère de son ascendant oppressif, où ils redouteraient, à leur propre égard, une source d'exclusion. Mais la situation actuelle, où domine l'influence métaphysique, plus souple et moins ténébreuse, quoique, au fond, seule- vraiment dangereuse aujourd'hui, convient beaucoup à l'ensemble de leurs dispositions présentes, tant morales que mentales, parce qu'elle empêche une solution qui leur répugne, tout en leur assurant les nombreux avantages personnels d'un facile ascendant scientifique. Aussi est-ce surtout à prolonger, autant que possible, cet état profondément contradictoire, en écartant, de toutes leurs forces, une vraie rénovation spéculative, que nos géomètres s'attacheront de plus en plus, sans s'inquiéter d'ailleurs, en aucune manière, des graves dangers sociaux que doit nécessairement offrir cette prolongation artificielle de l'interrègne spirituel. Le lecteur peut ainsLconcevoir déjà que la résistance spontanée du milieu scientifique actuel à mon action philosophique n'offre rien d'essentiellement forfuit ou personnel, et qu'elle se développera désormais, avec une énergie croissante, soit à mon égard, soit envers mes collègues ou mes successeurs, à mesure que la nouvelle philosophie tendra directement vers son inévitable ascendant final : l'ensemble de ce volume ne laissera plus aucun doute sur l'intime réalité de mes prévisions à ce sujet. D'après une telle appréciation générale de la corrélation nécessaire qui lie aujourd'hui ma position privée à la situation fondamentale du monde intellectuel, chacun doit maintenant sentir combien cette préface était vraiment indispensable pour placer directement, par un appel décisif, la suite entière des grands travaux ultérieurs annoncés à la fin de ce volume, sous le noble patronage d'une opinion publique, non seulement

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française, mais aussi européenne, qui constitue mon unique refuge, et qui jusqu'ici n'a jamais failli à mes justes réclamations. Ceux qui trouveraient commode de continuer à m'opprimer sans me permettre la plainte vont probablement se récrier beaucoup contre le caractère insolite de cette sorte de manifeste, dont ils redouteront l'efficacité. Quelques amis sincères, trop timides ou trop superficiels, craindront, à leur tour, que cette lutte dangereuse, en apparence si inégale, ne détermine contre moi la funeste réaction de puissantes animosités, sous le jeu desquelles je suis immédiatement placé. Mais, dans les conflits intellectuels, où le nombre a naturellement peu d'importance, une intime combinaison de la raison avec la morale constitue la principale force, d'après laquelle un seul esprit supérieur a quelquefois vaincu, même pendant sa vie, une multitude académique. Ici, d'ailleurs, j'ose assurer d'avance que je ne serai pas seul contre cette masse aveugle et passionnée. Quelque solitaire que soit mon existence, je sais que l'élite du public européen a déjà nettement témoigné, surtout en Angleterre et en Allemagne, par ses plus éminents précurseurs, son indignation spontanée contre les entraves personnelles qu'éprouve mon essor légitime, quoique ces nobles sympathies reposent encore sur une insuffisante connaissance de mes embarras privés. Les lecteurs les plus étrangers aux débats que cette préface a caractérisés comprendront aisément que les troispremiersvolumesde ce Traité, tous relatifs aux diverses sciences existantes, constatent évidemment une haute aptitude didactique, quand même elle n'eût pas éié directement démontrée par le concours spontané des expériences les plus décisives : ils apprendront avec surprise qu'on ait osé me refuser jusqu'ici, à ce sujet* une satisfaction méritée, si pleinement conforme à l'ensemble de ma double carrière, spéciale ou générale.

Tous ceux qui auront suffisamment apprécié les justes plaintes que je viens d'exposer sur ma situation personnelle sentiront, sans incertitude, ce que je dois ici hautement demander, en transportant désormais sous les yeux du public des luttes jusqu'ici contenues dans l'ombre des conciliabulesscientifiques. Je n'exige nullement que mon existence privée soit, changée ni même élargie, mais seulement à la fois adoucie et consolidée. Son état présent, s'il était moins pénible et moins précaire, suffirait à mes besoins essentiels, et même à mes goûts principaux. Quant aux prévoyances de la vieillesse, si jamais

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il y a lieu, la nation française saura sans doute y pourvoir spontanément. Mais je demande surtout que mes ressources matérielles ne soient pas livrées chaque année au despotique arbitrage des préjugés et des passions que mon essor philosophique doif naturellement combattre avec une infatigable éaergïe, comme constituant désormais le principal obstacle à la rénovation intellectuelle, condition fondamentale de la régénération sociale. Or, à cet égard, sans attendre ni solliciter directement aucune rectification réglementaire, la crise que je viens de provoquer ainsi dans ma situation personnelle va nécessairement, quoi qu'on fasse, devenir pleinement décisive en l'un ou l'autre sens ; car, si, malgré cette loyale manifestation publique, les prochaines réélections annuelles confirment, sans aucune difficulté, ma-double position polytechnique^ je serai, par cela seul, suffisamment autorisé à regarder, d'un aveu unanime, cette formalité, d'ailleurs absurde, comme ayant cessé enfin d'offrir envers moi aucun danger essentiel : elle ne permettra plus à personne d'oser m'offrir, presque à titre de grâce, cette confirmation périodique, qui ne sera plus vraiment facultative. Au cas contraire, je sais assez ce qui me resterait à faire pour que la suite de mon élaboration philosophique souffrît le moins possible de cette infâme iniquité finale.

Le but de cette préface étant ainsi convenablement atteint, je crois devoir utiliser l'occasion qu'elle me fournit d'indiquer sommairement, suivant la coutume, aux lecteurs les plus attentifs, quelques renseignements accessoires sur le mode invariable de préparation et d'exécution qui a présidé à la longue composition que ce volume termine, afin de faciliter une équitable appréciation, en se plaçant mieux dans les conditions de l'auteur.

J'ai toujours pensé que, chez les philosophes modernes, nécessairement moins libres, à cet égard, que ceux de l'antiquité, la lecture nuisait beaucoup à la méditation, en altérant à la fois son originalité et son homogénéité. En conséquence, après avoir, dans ma première jeunesse, rapidement amassé tous les matériaux qui me paraissaient convenir à la grande élaboration dont je sentais déjà l'esprit fondamental, je me suis, depuis vingt ans au moins, imposé, à titre d'hygiène cérébrale, l'obligation, quelquefois gênante, mais plus souvent heureuse, de ne jamais faire aucune lecture qui puisse offrir une importante relation, même indirecte, au

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sujet quelconque dont je m'occupe actuellement, sauf à ajourner judicieusement, selon ce principe, les /nouvelles acquisitions extérieures que je jugerais utiles. Ce régime sévère a constamment dirigé l'entière exécution de ce Traité, où il a assuré la netteté, l'énergie et la consistance de mes diverses conceptions, quoiqu'il y ait pu, en certains cas secondaires déterminer, envers les sciences constituées, une appréciation trop peu conforme à leur état récent, aux yeux de ceux qui chercheraient en cet ouvrage, contre mes formelles applications initiales, de véritables spécialités, autres que celles qui concernent la science finale du développement social, que je devais y fonder (i). Quand je suis parvenu à cette seconde et principale moitié de mon élaboration totale, j'ai senti que la rigueur de mon principe hygiénique, dont une longue expérience m'avait pleinement confirmé l'heureuse efficacité, m'obligeait pareillement désormais à m'interdire scrupuleusement toute lecture quelconque de journaux politiques ou philosophiques, soit quotidiens, soit mensuels, etc. Aussi, depuis plus de quatre ans, n'ai-je pas lu réellement un seul journal, sauf la publication hebdomadaire de l'Académie des sciences de Paris, encore me borné-je souvent à la table des matières de cette fastidieuse compilation, qui dégénère de plus en plus en étalage habituel de nos moindres vanités académiques. Je voudrais pouvoir ici faire suffisamment sentir à tous les vrais" philosophes combien un tel régime mental, d'ailleurs en pleine harmonie avec ma vie solitaire, peut aujourd'hui contribuer, en politique, à faciliter l' élévation des vues et l'impartialité des sentiments, en faisant mieux ressortir le véritable ensemble des événements, que doit dissimuler profondément l'irrationnelle importance naturellement

(1) Même envers cette science finale, on a pu aisément reconnaître que, suivant ce régime constant, j'y ai toujours réduit autant que possible mes lectures préparatoires. Je n'ai jamais lu, en aucune langue, ni Vico, ni Kant, ni Herder, ni Hegel, etc. ; je ne connais leurs divers ouvrages que d'après quelques relations indirectes et certains extraits fort insuffisants. Quels que puissent être les inconvénients réels de cette négligence volontaire, je suis convaincu qu'elle a beaucoup contribué à la pureté et à l'harmonie de ma philosophie sociale. Mais cette philosophie étant enfin irrévocablement constituée, je me propose d'apprendre prochainement, à ma manière, la langue allemande, pour mieux apprécier les relations nécessaires de ma nouvelle unité mentale avec les efforts systématiques des principales écoles germaniques.

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PRÉFACE PERSONNELLE XXVII

attachée, soit par la presse périodique, soit par la tribune parlementaire, à chaque considération journalière.

Quant au mode d'exécution des diverses portions de ce Traité, il me suffit d'indiquer que les embarras d'une situation personnelle, dont le lecteur connaît maintenant toute la gravité, ont dû m'obliger à y porter toujours la plus grande célérité partielle, sans laquelle mon entreprise philosophique fût ainsi restée essentiellement impraticable. Pour mesurer, autant que possible, cette vitesse effective, j'ai cru devoir, dans la table générale des matières, placée à la fin de ce volume, noter brièvement l'époque et la durée de chacune des treize élaborations distinctes, qui ont constitué, â des intervalles très inégaux, le vaste ensemble de ma composition. A cette indication caractéristique, je dois d'avance ajouter ici que, pressé par le temps, je n'ai jamais pu récrire aucune partie quelconque de ce long travail, qui a toujours été imprimé sur mon brouillon original, dont la transcription eût au moins la durée de mon exécution. Heureusement que, peu disposé, de ma nature, à rien écrire avant une pleine maturité, ce premier jet s'est trouvé constamment assez net pour permettre aisément, sans la moindre réclamation, l'opération typographique, que je n'ai d'ailleurs ralentie par aucun remaniement ultérieur. Ces divers renseignements-, secondaires jjourront, j'espère, susciter quelque indulgence, pour les imperfections littéraires d'une telle composition.

En terminant cette préface inusitée, que ma position exceptionnelle rendait, j'ose le dire, indispensable, je dois rassurer d'avance tous ceux qui s'intéressent à la plénitude et à la pureté de mon essor ultérieur, en leur déclarant enfin que je ne laisserai jamais prendre à personne le funeste pouvoir de troubler, par aucune vaine polémique, une haute élaboration philosophique, déjà assez entravée naturellement, soit d'après la brièveté de ma vie, soit en vertu des graves exigences de ma situation personnelle. Ayant ici suffisamment exposé des explications qu'il fallait une fois présenter, rien ne pourra me déterminer à répondre aux récriminations quelconques que ce volume extrême va sans doute soulever. Je connais toute la valeur de l'initiative philosophique, et je saurais la maintenir avec énergie, quand même ma vie profondément solitaire ne me préserverait pas spontanément, à cet égard, des tentations ordinaires.

Paris, le 19 juillet 1842.

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