‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 11 sur 36 · XX PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE PERSONNELLE

effet, sous les inspirations rétrogrades de l'école théologique que fut surtout accompli, pendant la célèbre réaction de 1816, le funeste licenciement qui brisa ou troubla tant d'existences à l'Ecole polytechnique, et sans lequel j'eusse naturellement obtenu seize ans plus tôt, suivant les heureuses coutumes de cet établissement, la modeste position que j'ai commencé seulement à occuper en 1832 : ce qui eût assurément changé tout le cours ultérieur il-' ma vie matérielle. Une exception formelle, émanée de la même origine, vint ensuite me soustraire personnellement à la réparation partielle qui compensa, quelque temps après, pour mes camarades, cette proscription générale. Le lecteur sait déjà que le prolongeini'iii continu de cette oppressive influence m'interdit surtout l'instruction publique, et me réduisit à la pénible ressource de l'enseignement privé. A mesure que mon jor mental s'est définitivement caractérisé par l'apparition successive «les divers volumes de ce Traité, une inévitable déchéance officielle n'a pas empêché envers moi les malveillantes manifestations de ce parti incorrigible, qui depuis cinq siècle>. se sentant de plus en plus incapable de -mi tenir aucune véritable discussion, aspire toujours, même dans l'impuissance, à exterminer ou ;i avilir ses divers adversaires philosophiques. Malgré sa circonspection accoutumée, la cour de Rome a récemment fulminé, cmitre un ouvrage qui n'était pas achevé, une de ces ridicules censures qui ont désormais perdu jusqu'à L'étrange pouvoir, subsistant encore au siècle dernier, d'exciter a lire les ouvrages qui en sont l'objet, et envers lesquels le public actuel ne daigne pas même

PRKFACtC PERSONNELLE XXI

s'informer d'une telle proscription. Au débul de la présente année.' à l'occasion de la réouverture habituelle du cours populaire d'astronomie que je professe gratuitement depuis douze ans, les plus ignobles organes de cette école, dans le vain espoir d'un prochain triomphe, ont osé demander hautement, à un pouvoir qui ne leur est plus dévoué, la destruction directe de tous mes moyens actuels d'existence, pour avoir systématiquement proclamé la nécessité et la possibilité de rendre enfin la morale pleinement indépendante de toute croyance religieuse, d'après l'universel ascendant de l'esprit positif enfin directement érigé en unique base solide de toutes les notions humaines.

Envers le parti métaphysique, soit gouvernant, soit aspirant, ma position nécessaire, quoique relative à une collision moins prononcée, est, au fond, encore plus dangereuse pour moi, à cause de la grande prépondérance qu'il exerce aujourd'hui, à tous égards, en France. Plus éclairé et plus souple que le précédent, ce parti équivoque sent confusément que, depuis Descartes et Bacon, l'essor graduel de la philosophie positive a été surtout dirigé spontanément contre sa domination transitoire, non moins intéressée aujourd'hui que les prétentions purement théologiques à empêcher, à tout prix, l'installation sociale de la vraie philosophie moderne. En considérant d'abord la portion de celle école qui règne maintenant, je puis aisément signaler, chez son pluséminent organe, un exemple très -caractéristique de sa disposition instinctive à me tenir, autant que possible, non sans doute dans l'oppression sacerdotale, mais dans une pro-

Page 1