‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 3 sur 36 · VIII PRÉFACE PERSONNELLE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE PERSONNELLE

sionna la mémorable secousse politique de 1830. Ainsi contraint de chercher un nouvel éditeur, je dus interrompre, pendant quatre ans environ, une composition qui, suivant ma nature et mes habitudes, ne pouvait être jamais écrite qu'en vue d'une impression immédiate. Une seconde cause de retard dut résulter ensuite de l'extension très prononcée qu'acquit graduellement mon opération philosophique, sans que l'esprit ni le plan en éprouvassent d'ailleurs la moindre altération quelconque. Ceux de mes lecteurs qui n'auront pas oublié l'annonce initiale pourront maintenant se convaincre, soit d'après l'accroissement du nombre des volumes, soit en vertu de leur ampleur supérieure, que l'étendue effective de ce Traité est réellement plus que le double de ce qui avait été originairement promis. Mais, quelle qu'ait dû être l'influence évidente de ces deux motifs de relard, elle n'eut véritablement abouti qu'à prolonger jusqu'en 1836 un travail que j'avais d'abord espéré terminer en I8.°>2. Si donc, au lieu de ces six années, mon œuvre en a finalement exigé douze, il faut surtout l'attribuer aux -raves obstacles inhérents à ma situation personnelle. Or, je n'en puis faire suffisamment apprécier la portée essentielle, soit passée, soit future, qu'en appelant ici une attention directe, quoique sommaire, sur une existence privée où je m'efforcerai, d'ailleurs, de caractériser, autant que possible, son intime connexité avec l'état g'énéral de la raison humaine au xix° siècle. Du reste, il a toujours paru convenable que le fondateur d'une nouvelle philosophie fit directement connaître au public l'ensemble de sa

l'HÉFACE PERSONNELLE IX

marche spéculative et mémo aussi de sa position individuelle.

Issu, au midi de notre France, d'une famille éminemment catholique et monarchique, élevé d'ailleurs dans l'un de ces lycées où Bonaparte s'efforçait vainement de restaurer, à grands frais, l'antique prépondérance mentale du régime théologico-métapliysique, j'avais à peine atteint ma quatorzième année que, parcourant spontanément tous les degrés essentiels de l'esprit révolutionnaire, j'éprouvais déjà le besoin fondamental d'une régénération universelle, à la fois politique et philosophique, sous l'active impulsion de la crise salutaire dont la principale phase avait précédé ma naissance, et dont l'irrésistible ascendant était sur moi d'autant plus assuré, que, pleinement conforme à ma propre nature, il se trouvait alors partout comprimé autour de moi. La lumineuse influence d'une familière initiation mathématique, heureusement développée à l'Ecole polytechnique, me fit bientôt pressentir instinctivement la seule voie intellectuelle qui put réellement conduire à cette grande rénovation. Avant promptement compris l'insuffisance radicale d'une instruction scientifique bornée à la première phase de la positivité rationnelle, étendue seulement jusqu'à l'ensemble des études organiques, j'éprouvai ensuite, avant même d'avoir quitté ce noble établissement révolutionnaire, le besoin d'appliquer aux spéculations vitales et sociales la nouvelle manière de philosopher que j'y avais apprise envers les plus simples sujets. Pendant que. à cet effet, je complétais spontanément, surtout en biologie et en histoire, à Ira-

Page 1