TOME V
a PHII-OSOPHIE PqSlïlVE.
dant l’qxlrènae nouveauté d’un sujet aussi profondément difficile, et l’irrationnalité radicale des habitudes intellectuelles qui président encore , presque toujours à de telles études, nie .feraient craindre que même les meilleurs esprits ne pussent aujourd’hui couvenablement entrevoir la rénovation finale de la science sociale à l’aide de ce grand prïncipé, si son aptitude nécessaire à constituer enfin une vraie philosophie de l’histoire n’était pas, dès ce moment, irrécusablement confirmée par une première ébauche de coordination de l’ensemble du passé humain , considéré seulement quant à ses’ principales phases. L’inévitable Imperfection que doit actuellement offrir une aussi neuve élaboration, ne saurait en altérer l’utilité capitale , soit pour faire sentir la portée effective de notre conception sociologique, soit pour permettre d’apprécier nettement le mode général de son application graduelle; en sorte que les esprits compétens et bien préparés puissent dès lors étendre spontanément cette théorie à de nouvelles analyses du mouvement humain, ultérieurement envisagé sous des aspects de plus en plus spéciaux, conformément aux conditions logiques de la dynamique sociale, expliquées dans la quarante-huitième leçon. Mais, afin que cette importante o|>ération ne dégénère point
intempestivemeut en une digression contraire à la nature propre de cet ouvrage J essentiellement consacré au système général de la philosophie positive, je dois ici la 'réduire soigneusement à ce qu’elle présente, sous ces deux rapports, de vraiment indispensable, en ajournant toute discussion trop étendue et tout éclaircissement trop détaillé jusqu’à la. publication du traité particulier de philosophie politique que j’ai déjà plusieurs fois anhoncé. C’est pourquoi je suis forcé d’arrêter préalablement l’attention du lecteur sur l’indication sommaire des principales conditions destinées à circonscrire ainsi, autant que possible, l’ensemble de cette première appréciation historique, sans nuire d’ailleurs aucunement à sa haute efficacité philosophique.
La plus importante de ces restrictions logiques, et qui comprend implicitement toutes les autres, consiste à concentrer essentiellement notre analyse scientifique sur une seule série sociale, c’està-dire, à considérer exclusivement le développement effectif des populations les plus avancées, en écartant, avec une scrupuleuse persévérance, toute vaine et irrationnelle digression sur les divers autres centres de civilisation indépendante, dont l’évolution a été, par des causes quelconques, arrêtée jusqu’ici à un état plus imparfait; à moins
que l’examen comparatif de ces séries accessoires ne puisse ulilerûent éclairer Je sujet principal, comme je l’ai expliqué en traitant de la méthode sociologique. Notre exploration historique devra donc être presque uniquement réduite à l’élite ou l’avant-garde de l’humanité, comprenant la majeure partie de la race hlauche ou les nations européennes, en nous bornant même, pour plus de précision, surtout dans les temps modernes, aux peuples de l’Europe occidentale. A une époque quelconque, notre appréciation rationnelle devra être principalement relative aux véritables ancêtres politiques de cette population privilégiée y quelle que soit d’ailleurs leur patrie. En un mot, nous ne devons coiiiprendre, parmi les matériaux historiques de cette première coordination philo- .sophique du passé humain, que des phénomènes sociaux ayant évidemment exercé une influence réelle, au moins indirecte ou lointaine, sur l’enchaînement graduel des phases successives qui ont efiectivement amené l’état présent des nations les plus avancées. On ne peut certainement espérer de reconnaître d’abord la véritable marche fondamentale des sociétés liumaines que par la considération exclusive de l’évolution la plus complète et la mieux caractérisée, à l’éclaircissement de laquelle doivent être constamment su-
bordoniiëes loules les observations collatérales relatives à des progressions plus imparfaites et moins prononcées. Quelque intérêt propre (jue celles-ci puissent d’ailleurs ofirir, leur appréciation spéciale doit être systématiquement ajournée jusqu’au moment où, les lois principales du mouvement social ayant été ainsi appréciées dans le cas le plus favorable à leur pleine manifestation, il deviendra possible, et même utile, de procéder à l’explication rationnelle des inodiGcations plus ou moins importantes qu’elles ont dû subir chez les populations qui, à divers titres, sont restées plus ou moins en arrière d’un tel type de développement. Justju’alors, ce puéril et inopportun étalage • d’une érudition stérile et mal dirigée, qui tend aujourd’bui à' entraver l’étude de notre évolution sociale par le vicieux mélange de l’histoire des populations qui, telles que celles de l’Inde, de la Chine, etc., n’ont pu exercer sur notre passé aucune véritable influence, devra être hautement signalé comme une source Inextricable de confu- .sion radicale dans la recherche des lois réelles de la sociabilité humaine, <lont la marche fondamentale et toutes les modifications diverses devraient être ainsi simultanéme'tat considérées, ce qui, à mon gré, rendrait le problème essentiellement insoluble. Sous ce rapport, le génie du
grand Bossuet, quoique seulement guidé sans doute [lar le principe purement littéraire de l’unil» de composition, me paraît avoir d’avance senti instinctivement les conditions Ic^ques imposées par la nature du sujet, lorsqu’il a spontanément circonscrit son appréciation historique à l’unique examen d’une série homogène et conti- Uue, et néanmoins justement qualifiée d’universelle; restriction éminemment judicieuse, qui lui A été si étrangement reprochée par tant d’esprits anti>philosophiques, et vers laquelle nous ramène aujourd’hui essentiellement l’analyse approfondie de le marcbeintellecluelle propreà de telles études.
Une pareille manière de procéder doit sembler d’autant plus indispensable que, si on la Considère en outre sous le point de Vue pratique, on y reconnaît sa participation nécessaire à toute sage régularisation d’un ordre important de relations politiques, celles qui concernent l’action générale des nations les plus avancées pour hâter le développement naturel des civilisations inférieures. La politique métaphysique, et même la politique théologique , par le caractère essentiellement absolu de leurs conceptions principales, conduisent , à cet égard , à poursuivre aveuglément l’uniforme réalisation immédiate de leurs types immuables, malgré la diversité quelconque des con-
flitiüiis i»ropi't‘S à chaque cas : ce qui équivaut, à vrai dire, à une sorte de consécration systématique de cet empirisme spontané qui dispose si naïvement tous les hommes civilisés à transporter partout indistinctement, et souvent si indiscrètement, leurs idées, leurs usages et leurs institutions. 11 serait superflu de signaler expressément ici le danger évident d’une pareille tendance pour susciter ou entretenir de graves perturbations politiques. Plus on méditera sur ce sujet, mieux on sentira que la pratique n’exige pas moins impérieusement que la théorie une considération d’abord exclusive, ou du moins directement pré[)ondérante, de l’évolution sociale la plus avancée, sans s’occuper simultanément des autres progressions moins complètes. C’est seulement après avoir ainsi déterminé ce qui convient à l’élite de l’humanité, qu’on pourra utilement régler son intervention rationrielle dans le développement ultérieur des |)opulations plus ou moins arriérées, en vertu de l’universalité nécessaire de l’évolution fondamentale, sauf l’appréciation convenable des circonstances caractéristiques de chaque application spéciale. Par une telle rénovation de l’esprit général des relations internationales, la politique positive teudra finalement à substituer de plus en plus, à une action trop so.uvent perturbatrice ou même
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oppressive, une sage et bienveillante protection, dont Pntllité réciproque ne saurait être douteuse, et qui serait presque toujours favorablement accueillie, comme ne proposant jamais que des modifications en harmonie réelle avec l’état particulier des peuples côrrespondans, et sachant d’ailleurs varier judicieusement leur accomplissement graduel suivant les convenances essentielles de chaque cas. Sans insister davantage ici sur un semblable aperçu, qui se reproduira naturellement dans la cinquante-septième leçon , il suffît de noter que cette importante transformation ne pourrait évidemment s’obtenir, s*! l’on persistait à considérer simultanément toutes les diverses . évolutions politiques, malgré Irur inégalité nécessaire : ce qui confirme hautement la prescription scientifique, déjà directement motivée ci-dessus, de concentrer d’abord systématiquement l’analyse sociologique sur la seule appréciation historique du développement social le plus complet.
Cette restriction rationnelle, si clairement imposée par la nature du sujet, coïncide très heureusement avec l’indispensable rapidité de notre opération actuelle, des lors spontanément réduite à la coordination philosophique des faits les plus connifs, qu’il serait presque toujours superflu d’indiquer expressément. 11 me suffira
donc d^expliqiier ici comment l’ensemble dü passé social, chez les peuples les plus avancés, consiste essfentiellémeiit dans le développement graduel du triple dualisme successif qui , d’après le chapitre précédent, constitue l’évolulion fondamentale de l’humanité: Par sa nature, cette grande loi nous offre déjà immédiatement une' première coordination du passé humain considéré dans sa plus haute généralité, et' réduit à se& phases les plus tranchées. En procédant toujours, à une appréciation de plus en plus spéciale, comme l’exige ‘l’esprit d’une telle science, il ne nous reste maintenant qu’à conduire cette cooi*- ' dination fondamentale à son second degré de précision, en indiquant la manière de. rattacher les principaux états intermédiaires de l’humanité aux subdivisions correspondantes de ma loi d’évolution : ce que je devrai d’ailleurs accomplir ici le plus succinctement possible , sous la réserve ultérieure du traité particulier précédemment annoncé. La physiologie sociale étant ainsi directement fondée, je devrai laissera mes successeurs à rendre de plus en plus précise cette conception primordiale, en étudiant, pour l’explication rationnelle du passé humain, l’enchaînement - mé-
thodique d’intervalles 'toujôurs décroissans, dont le dernier terme naturel, qui sans doute ne sera
jamais pleinement atteint, consisterait dans la vraie filiation des progrès eu to.us genres d’une génération à la suivante; la ctironologie sociologique ne pouvant utilement exiger la considération réelle d’aucune moiruire unité -.de durée, pendant laquelle le développement politique doit 'être le plus souvent presque imperceptible.
•;i Ainsi circonscrit, le véritable champ convenable à notre analyse historique doit seulement embrasser les résultats les plus généraux de l’exploration ordinaire du passé, en écartant avec. soin toute appréciation trop détaillée. *Si ma conception; sociologique peut efièctivement parvenir, dans l’étude de la série sociale la plus complète, à instituer enfin une vraie liaison scientifique entre les fiaits- historiques qui, à cet égard, sont aujourd’hui familiers à tous les hommes éclairés , j’ose avancer, que par cela seul , elle aura déjà suflSsamment réalisé ce que la nature d’un tel sujet ofire à la fois de plus difficile et de plus impor^ tant, soit pour la théorie, soit même pour la pratique ; outre que d’ailleurs elle aura dès lors irrécusablement constaté son aptitude spontanée à fournir, par 'une élaboration ultérieure, toutes les explications plus spéciales et plus précises qui deviendront graduellement nécessaires. Chacune des parties antérieures de ce Traité nous a pré-
sente de nouvelles occasions de reconnaître que , en général, les phénomènes les plus communs sont toujours aussi les plus essentiels ù considérer pour la science réelle. Or, celte réflexion, -déjà si frappante en astronomie, en physique, en chimie et en biologie, doit être, par sa uatnrej encore plus pleinement applicable aux études sociologiques, puisqu’elle devient évidemment de plus en plus convenable à mesure que l’ordre des phénomènes se complique et se spécialise davantage. Dans la recherche des véritables lois de la sociabilité, tous les évènemens exceptionnels ou tous les détails trop minutieux, si puérilement recherchés par la curiosité irralionueUe des aveugles compilateurs d’anecdotes stériles, doivent être presque toujours élagués comme essentiellement insignîlians; tandis que la science doit surtout s’attacher aux phénomènes les plus vulgaires, que chacun de ceux qui y participent pourrait spontanément apercevoir autour de soi, comme constituant le fonds principal de la vie sociale habituelle. Tl est vrai que, par, cela même, de tels phénohiènes sont nécessairement beaucoup plus difficiles à observer, de manière à pouvoir servir de base réelle aux saines spéculations scientifiques. Les préjugés et les usages qui, à cet égard, prévalent encore presque universellement en philosophie politique,
inécae chez les meilleurs esprits, ue consliluent véritablement qu’une nouvelle confirmation de . l’état d’enfance plus prolongé de cette partie finale de la phiftisophie naturelle : ils doivent spontanément rappeler les temps, trop peu éloignés , où, en physique , on ne jugeait dignes d’attention que les effets extraordinaires du tonnerre ou des volcans, etc. j en biologie, que l’étude des monstruosités, etc. On ne saurait douter que la réformation totale de ces premières habitudes intellectuelles ne soit bien plus indispensable a la science sociale qu’elle ne l’a déjà été envers toutes les autres sciences fondamentales.
En généralisant autant que possible l’ensemble des considérations préc^entes sur la circonscription nécessaire de notre analyse historique, on peut aisément faire acquérir à cette importante prescription logique le dernier degré de consistance philosophique dont elle soit susceptible, si l’on .reconnaît maiiitenant que, loin d’être particulière à la sociologie , elle ne constitue au fond qu’une nouvelle application d’uii principe essentiel de philosophie positive, dont personnè aujourd’hui ne conteste plus la justesse à l’égard de tous les autres Ordres de phénomènes, et que j’ai soigneuserneot formulé dès le début de ce Traité {voyiez la deuxième leçon). Car on peut facile-
-PHYSIQUE SOCrALE. »3
ment sentir qu’une telle restriction équivaut finalement à étendre aussi à l’étude des phénomènes sociaux la distinction capitale que j’ai établie, pour un sujet . quelconque , , entre la science abstraite et la science .concrète ; distinction aujourd’hui énoncée habituellement, faute d’expressions mieux appropriées, par le contraste intellectuel entre le domaine général de la physique et celui de l’histoire naturelle proprement ‘dite , dont le premier constitue seul jusqu’ici le champ principal de la philosophie positive, et devra d’ailleurs être toujours considéré comme la base vraiment fondamentale du système entier des spéculations humaines, ainsi que je l’ai expliqué en son lieu. Une telle division, qui ne doit certainement pas devenir moins indispensable à mesure que l’ordre des phénomènes devient plus spécial et plus compliqué, a la propriété, en effet, de fixer, de la manière la plus nette et la plus précise, le véritable office fondamental des observations historiques dans l’étude rationnelle de la dynamique sociale. Quoique la détermination abstraite des lok générales de la vie individuelle repose nécessairement, suivant la juste remarque de Bacon , sur des faits, empruntés à l’histoire effective des différens êtres vivans, tous les bons esprits scientifiques n’en sont pas moins habitués
l4 PHILOSOPHIE POSITIVE.
aujourd’hui à séparer profondément les conceptions physiologiques ou anatomiques de leur application ultérieure à l’appréciation, concrète du mode réel d’existence totale propre à chaque organisme naturel. Or, des motifs essentiellement semblables doivent désormais empêcher soigneusement de confondre la- recherche abstraite des lois fondamentales de la sociabilité aveç l’iiistoire concrète des diverses sociétés humaines, dont l’explication satisfaisante ne peut évidemment résulter que d’une connaissance déjà très avancée de l’enscm'ble de ces lois. Ainsi, quelque indispensable fonction que doive remplir l’histoire en sociologie, comme je l’ai suflisamment expliqué aii quarante-huitième chapitre , pour alimenter et pour diriger ses principales spécylatiohs, on voit que son emploi y doit rester essentiellement abstrait : ce n’y saurait être, en quelque sorte, que de l’histoire sans noms d’hommes, ou même sans noms de peuples, si l’on ne devait éviter avec soin toute puérile affectation philosophique à se priver systématiquement de l’usage de dénominations qui peuvent beaucoup contribuer à éclairer l’exposition ou même à faciliter et consolider la pensée, surtout dans cette première élaboration de la science sociologique. Mais les motifs de cette importante distinction logique sont d’ailleurs encore
PHYSIQUE SOCrALE.
plus puissans dans l’étude de la vie collective de l’humanité que pour la biologie individuelle. Afin de mieux appuyer cegrand précepte de philosophie positive, j’ai établi , en général, dès la deuxième leçon, que chaque branche rationnelle de l’histoire naturelle, outre qu’elle exige directement la connaissance .préalable d’un ordre cori*espondant de lois fonda’mentaîes’, suppose toujours aussi plus ou moins une application combinée de l’ensemble des lois relatives à. tous les dÜTérens ordres de phénomènes essentiels. Cette solidarité nécessaire se vérifie, d’une manière encore plus prononcée, dans le cas actuel; puisqu’il serait, par exemple, impossible de concevoir l’histoire effective de l’humanité isolément de l’histoire réelle du globe terrestre j théâtre, inévitable de son activité progressive, et dont les divers états successifs ont dû certainement exercer une haute influence sur la production graduelle des évènemens humains, même. depuis l’époque où les conditions physiques et chimiques de notre planète ont commencé à y permettre l’existenCe continue del’horqme. Il n’est pas moins certain , en sens inverse, que toute véritable histoire de la terre exige nécessairement , à un degré quelconque , la considération simultanée de l’histoire de l’humanité, à cause de la puissante réaction , d’ailleurs incessara-
ment croissante, que le développement de notre activité a dû exercer, dans tous lés âges de' la vie sociale, pour modifier, à tant d’égards, l’état général de la surface terrestre. Plus on approfondira ne grand sujet de méditations, mieux on^ sentira que l’histoire naturelle proprement dite, toujours essentiellement synthétique, ne saurait acquérir une véritable rationnalité tant que tous les ordres élémèntsires de phénomènes n’y seront point simultanément considérés; tandis que, au contraire, la philosophie naturelle proprement dite doit conserver un caractère éminemment analytique, sans lequel il n’y aurait aucun. espoir de parvenir jamais à dévoiler nettement les lois fondamentales correspondantes à chacune de cçs diverses catégories générales. Une telle opposition de vues et de méthodes entre ‘les deux grandes sections du sys-;tème total dés spéculations humaines, doit faire hautement ressortir combien.il importe de respecter scrupuleusement et de rendre de plus en plus sensible celte indispensable division scientifique, sans laquelle on peut assurer que l’étude de la nature nè, saurait vraiment sortir de sa confusion primitive, surtout envers les phénomènes les plus complexes. Ainsi , l’histoire vraiment rationnelle des difierens êtres existants , individuels ou collectifs, ne pourra commencer, sous aucun rapport,
PHYSIQUE SOCIAI.E.
à devenir régulièrement possible que lorsque enfin le système entier des sciences fondamentales aura été préalablement complété par la création de la sociologie , comme je l’ai souvent expliqué dans cet ouvrage. Jusque alors, tous les divers renseignemais historiques que l’on continuera à recueillir, à l’égard d’un ordre quelconque de phén omènes , devront être esseï i tiellemen t réservés comme des matériaux ultérieurs pour la véritable histoire, au temps de sa maturité propre : leur principal officeimmédiat, dans l’élaboration de la science réelle, se réduit seulement à fournir, aux branches correspondantes de la philosophie natul'elle, des faits destinés à manifester ou à confirmer les lois abstraites et générales dont elle poursuit la recherche. Cette subordination nécessaire et constatée ne peut certes présenter aucune exception envers les phénomènes sociaux , qù elle est, au contraire, bien plus profondément indispensable. Si. tous les naturalistes conviennent ' aujourd’hui que la véritable histoire de la terre ne saurait être encore suffisamment conçue, nonseulement faute de documens assez complets, mais surtout parce que les diverses lois naturelles dont elle dépend sont jusqu’ici trop peu connues, à combien plus forte raison doit-on regarder comme chimérique toute tentative actuelle pour constituer TOME v. .a
direcleuienl l’histoire beaucoup plus • complexe des sociétés humaines! 11 est donc sensible que la sociologie doit seulement emprunter, à l’incohérente compilation de faits déjà improprement qualifiée d’AwfoiVe, les renseignemens susceptibles de mettre en évidence, d’après les principes de la théorie biologique de l’homme, les lois fondamentales de la sociabilité : ce qui exige presque toujours, à l’égard de cliaque donnée ainsi obtenue-, une préparation indispensable, et quelquefois fort délicate, afin de la faire passer de l’état • ecmeret à Félat abstrait, eu la dépouillant des circonstances' purement particulières et secondaires de climat, de localité, etc., sans y alléreicependant la partie vraiment essentielle et générale de l’observation; et, quoique cette épuration préalable ne puisse être ici sans doute quune simple imitation de ce que les astronomes, les physiciens , les diimistes et les biologistes pratiquent mamtenarit d’ordinaire envers leurs phénomènes respectifs, la complication supérieure des -phénomènes sociaux y devra constamment rendre plus difficile cette élaboration préliminaire, lors même que la positivité de leur étude sera enfin unanimement reconnue. Quant à la réaction capitale que l’institution de la dynamique sociale devra nécessairement exercer sor le per-
PHYSIQUE S(K;IALE. ig
feclioDQementde l’histoire proprement dite, et que la suite de ce volume commencera, j’espère,
a manifester d’une manière incontestable, elle
consistera surtout a disposer, dans l’ensemble du passé humain, une suite rationnelle de jalons fondamentaux, propres à rallier et à diriger toutes les observations ultérieures; ces jalons devant etre d ailleurs d autant plus rapprochés que nous avaijcerons davantage vers les temps actuels , vu l*accéléPBlioo toujours croissante du mouvement social. > ''i iu.'- . J fC U ji /
L opération historique que irous allons ici entreprendre sommairement, pour constituer la sociologie dynamique , devant ainsi avoir, par sa nature, et conformément è sa destination, un caractère essentiellement abstrait j une coïncidence héureuse et nécessaire l’affranchit dès lors spontanément d’une foide de difficultés accessoires ou préliminaires, dont elle eût été, du point de vue ordinaire, radicalement entravée, et que l’extrême imperfection actuelle de nos oonpais- ^nces réelles n’aurait pas permis de surmonter suffisamûieiit, même après avoir sévèrement écarté toutes les questions inaccessibles ou chimé- ^ riques sur les diverses origines sociales, qu 'entrer tient encore 1 enfance trop prolongée d’une tellë étude citez la plupart des philosophes contempo-
rains. C’est ainsi, par exemple, que, s’il fallait, maintenant constituer une véritable histoire concrète de l’humanité, on éprouverait certainement beaucoup d’embarras à domhiner convenablement les conceptions sociologiques avec les considérations géologiques : car, quelque indispensable que fût alors, à cet effet, une pareille combinaison, on ne pourrait cependant l’instituer aujourd’hui avec succès, à cause de l’étal beaucoup trop imparfait, non-seulement de la sociologie, ce qui est évident, mais aussi, au fond, de la géologie ellemême, quoique, en apparence, fort avancée, lien serait de même envers les diverses influences plus ou moins accessoires de climat, de race, etè., qui se présenteraient, de toute nécessité, dans l’étude concrète du développement humain, et qui, sans aucun doute, ne sauraient être maintenant appréciées d’une manière vraiment rationnelle, puisqu’elles ne pourront devenir scientifiquement jugeables qu’après une élaboration suffisante des lois sociologiques, comme je l’ai démontré au quarante-huitième chapitre. La distinction fondamentale entre les deux points de vué abstrait et concret dissipe heureusement, ici comme ailleurs, de la. manière la plus directe, tous ces embarras autrement insurmontables; ce qui doit faire hautement ressortir l’extrême importance d’une
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telle division pliilosophi^ue, dont je ne saurais trop recommander l’examen, parce que, sans être aujourd’hui jamais contestée en principe par les bons esprits, elle reste en eflfet très imparfaitement appréciée-*,, même chez les plus éminentes intelligences. Nous devrons donc apprendre à réserver systématiquement pour une époque scientifique plus avancée un grand nombre de questions incidentes de sociologie concrète, dont la considération immédiate entraverait radicalement le développement naissant de la sociologie abstraite , quelque profond intérêt que puissent souvent présenter de semblables recherches. L’esprit humain, maintenant habitué à cçs ajournemens rationnels, à l’égard des plus simples phénomènes, ne saurait, sans doute, se dispenser de la même sagesse envers les phénomènes les plus complexes que lïotre intelligence puisse jamais aborder.
Pour mieux préciser, par un dernier éclaircissement préalable, ce grand précepte logique, sans lequel j’ose assurer que la dynamique sociale resterait nécessairement impossible, il me suffira d’indiquer ici un seul exemple important de ces questions intéressantes, qü’il faut aujourd’hui savoir soumettre à un indispensable ajournement, motivé sur leur nature essentiellement concrète.
■ by
PHU,OSOPH1E POSITIVE.
Je choisis, à cet effet, attendu sa haute inipor> tance., l’explication spéciale de l’agent et du théâtre de l’évolution sociale la plus complète, de celle qui, d’après les motifs précédemment indiqués, doit être le sujet presque ^exclusif de notre opération historique. Pourquoi la race blahche possède-t-elle, d’une manière si prononcée, le privilège effectif tlu principal développement social, et pourquoi l’Europe à-l-elle été le Heu essentiel de celte civilisation prépondérante? Ce double sujet de méditations co-relatives a dù sans doute vivement stimuler plus d’une fois l’intelligente curiosité des philosophes, et même des hommes d’état. Mais, quelque intérêt et quelque im(>ortance que présente évidemment une semblable recherche, il faut avoir la sagesse de la réserver jusque après la première élaboration abstraite des lois fondamentales 'du développement social, sans lesquelles cette question serait toujours essentiellement prématurée, malgré les plus ingénieuses tentatives , qui ne sauraient procurer, à cet ^rd, qu.e desapei’çus partiels et isolés, nécessairement insuillsans. Sans doute» on aperçoit déjà , sous: le premier aspect, dans l’organisation caractéristique de la race blanche, et surtout, quant à l’appareil, cérébral , quelques germes positifs de. sa supériorité réelle; encore tous les naturalistes
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soul-ils aujourd’hui fort éloignés de s’accorder convenablement à cet égard. De même, sous le second point de vue, on peut enti’evoir, d’une manière un peu plus satisfaisante , diverses conditions physiques, chimiques, et même biologiques, qui ont dû certainement Influer, à un degré quelconque, sur l’éminente propriété des contrées européennes de servir jusqu’ici de théâtre essentiel à cette évolution prépondérante de l’humanité (i). L’esprit radicalement vague de la philosophie ihéologlco- métaphysique , qui domine encore dans toutes les études sociales, a dû souvent porter à regarder comme très satisfaisantes, à
(i) Telle! sont, par exemple, sous le rapport physique, outre la iituation, tliermologiquemen’t si avantageuse, sous la zone tempereu, l’existence de l’admirable bassin de la Mediterranée, autour duquel a dû surtout s’cfièctuer d’abord le plus rapide dévelop[>ement social, dis que l’art nautique est devenu assez avancé pour [«ermettre d’uûliser ce précieux intcrméiliaire , offrant, i l’ensemble des nations riveraines. Ma fois la contiguité propre i faciliter des relations suivies, et la diversité qui les rend importantes il nne réciproque stimulation sociale. Pareillement, sous le point de vue chimique, l’abondance plus prononcée du fer et de la houille dans ces contrées privilégiées, a dû certainement y contribuer beaucoup k accélérer l’évolution humaine. Enfin , sous l’aspect biologique, soit phytologiquc, soit zoologique, il est clair que ce même milieu âyani été plus favorable , d’une part aux principales cultures alimentaires, d’une antre part an développement des pins précieux animaux domestiques, la civilisation a dû s’y trouver aussi, par cela seul, spécialement encouragée. Mais , quelque importance réelle qu’on poisse déjà attacher h ces divers aperçus , de telles ébauches sont évidemment bien loin de suffire encore à I explication
a4 PiriLOSOPHIK POSITIVE.
l’un ou à l’autre titre, les explications ainsi hasar- ^ dées jusqu’ici sur une telle question, que cette philosophie est d’ailleurs très peu portée d’ordinaire à se poser sérieusement. Mais, si une intelligence quelconque, convenablement préparée par l’habitude des spéculations positives envers les autres phénomènes naturels, mettait aujourd’hui eu regard l’ensemble des vrais documens déjà obtenus à ce sujet a’vec une appréciation réelle de la dilüculté qu’on prétend ainsi résoudre, elle ne manquerait pas de reconnaître aussitôt leur profonde insulHsance. Or, cette insuilisance nécessaire ne tient pas seulement, comme on pourrait d’abord le croire, à ce que, sous l’un GU l’autre aspect, ces renseignemens sont jusqu’ici trop peu multipliés et trop imparfaits ; il faut surtout l’attinbuer à une cause plus intime et plus puissante, à Fabsençe de toute saine théorie sociologique, propre à mesurer la vraie portée scientifîque de chaque aperçu, et même à diriger leur élaboration ultérieure; sans cette lumière
vraiment poiitive da phe'nomine proposé : et lorsque la formatiou conr venable de la dynamique sociale aura ultérieurement permis de tenter directement une telle explication, il est même évident que chacune des indications précédentes aura préalablement besoin d’étre soumise i une scrnpnleose révision scientifique , fondée sur l’ensemble de la philosophie naturelle.
PUYSIQUE SOCIALE. a5
générale et préalable, il est clair qu’ou ne saurait jamais si même on est parvenu à réunir enfin tous les élémens indispensables à une décision vraiment rationnelle. 11 est donc impossible ici de méconnaître la haute nécessité logique d’ajourner systématiquement cette grande discussion de sociologie concrète jusqu’à ce que les lois fondamentales de la sociabilité aient été abstraitement établies, au moins dans leur principal ensemble: et je ne doute pas que cette seule indication, relative à un cas aussi caractéristique, ne dispose le lecteur à apprécier spécialement, sur chacune des questions analogues que la suite des idées pourra présenter ou susciter, l’indispensable réserve philosophique dont j’ai précédemment posé, d’une’ manière directe, le vrai principe général. L’extrême nouveauté et la difficulté supérieure de la science que je m’efforce de créer, ne me permettront pas toujours peut-être de rester moi-même strictement fidèle à cet important précepte de logique positive : mais j’aurai du moins suffisamment averti le lecteur, qui pourra ainsi rectifier spontanément les déviations involontaires auxquelles je me laisserais insensiblement entraîner, Ayant désormais convenablement caractérisé, par l’ensemble des considérations précédentes, le véritable esprit qui doit ici nécessairement présider
FHILOSOPUm POSITIVE.
à l’emploi rationnel des observations historiques, il ï\e me reste plus, avant de procéder directement à l’appréciation sommaire du développement social, qu’tà achever, pour mieux prévenir toute confusion essentielle , de déterminer , avec plus ^le précision que je n’ai pu le faire au chapitre précédent, le mode régulier de définition des époques successives que nous devrons ensuite examiner. Ma loi fondamentale d’évolution fixe sans doute spontanément, à l’abri de tout arbitraire, le principal attribut et la coordination générale •de. ces diverses phases, en les rattachant toujours à l’état correspondant, théologique, métaphysique, ou positif du système philosophique élémentaire des conceptions humaines. Néanmoins , il reste encore à ce sujet une incertitude secondaire, que je dois d’abord dissiper rapidement, et provenant de la progre.ssion nécessairement inégale de ces (Hlférens ordres de pensées, qui, n’ayant pu marcher du même pas, suivant la loi hiérarchique établie au début de ce Traité, ont dû faire jusqu’ici fréquemment co-exister, par exemple, l’état métaphysique d’une certaine catégorie intellectuelle, avec l’état théologique d’une catégorie postérieure , moins générale et plus arriérée, ou avec l’état jjositif d’une autre antérieure, moins complexe et plus avancée, malgré la tendance conll-
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t>ue de l’esprit humain à l’unité de méthode et à l’homogénéité de doctrine. Cette apparente contusion doit, en eft'el, d’abord produire, chez ceux qui n’en ont pas Lien saisi le printipe, une fâcheuse hésitation sur le vrai caractère philosophique des temps correspondans. Mais, afin de la prévenir ou de la dissiper entièrement, il sufTit ici de discerner, en général , d’après quelle catégorie intellectuelle doit être surtout jugé le véritable état spéculatif d’une épofjue quelconque! Or, tous les motifs essentiels concourent spontanément, à cet égard, pour indiquer, avec une pleine évidence, l’ordre de notions fondamentales lé ‘plus spécial et le plus compliqué , c’est-à-dire celui des idées morales et sociales , comme devant toujours fournir la base firépondérante d’un telle décision ; nonseulement en vertu de leur propre importance , nécessairement très supérieure dans le système mental de presque tous les hommes, mais aussi, chez les philosophes eux-mêmes, par suite de leur (Kisition rationnelle à l’extrémité de la vraie hiérarchie encyclopédique, établie ’àu début de ce Traité. Par celte double influence, lecaractère intellectuel de chaque époque doit, en effet, se trouver constamment dominé par celui d’un tel genre de spécnlations humaines. C’est seulement quand un nouveau régime mental a [ui s’étendre jusqu’à
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cfette extrême catégorie , que l’ou peut regarder l’évolution correspondante comme pleinement réalisée , sans qu’il puisse alors rester aucune crainte ou é^poir quelconques de retour à l’état autétieur : l’avancement plus rapide des catégories plus générales et moins compliquées ne peut essentiellement servir jusque-là qu’à constater, dans chaque phase, les germes indispensables de la suivante, sansque son caractère propre en puisse être principalement affecté; ces considérations accessoires ne pourraient du moins être autrement employées que pour subdiviser les époques, à un degré dont il serait maintenant trop prématuré de s’occuper spécialement. Ainsi, nous devrons regarder , par exemple , l’époque théologique comme subsistant encore, tant que les idées morales et politiques auront conservé un caractère essentiellement théologique, malgré le passage d’autres catégories intellectuelles à l’état purement métaphysique, et quand même l’état vraiment positif aurait déjà commencé pour les plus simples d’entre elles ; pareillement, il faudra prolonger l’époque métaphysique proprement dite jusqu’à la positivité naissante de cet ordre prépondérant de conceptions humaines.'Par cette manière de procéder, l’aspect essentiel de chaque époque demeurera aussi prononcé que possible, tout en laissant net-
tement ressortir la préparation spontanée de l’époque suivante.
Cet ensemble indispensable d’explications préalables étant maintenant complété, commençons directement l’étude sommaire du développement social, d’après la loi fondamentale d’évolution établie au chapitre précédent ; mais sans remonter toutefois jusqu’à cet âge préliminaire, dont la biologie doit fournir à la sociologie la détermination essentielle , que je puis , par conséquent, supposer ici suffisamment elFectuée aujourd’hui,- afio.de ne point ralentir, contrairement à la principale destination de cet ouvrage, la marche nécessairement très rapide de notre opératiou historique, et en réservant, comme je l’ai déjà indiqué, pour le traité spécial , une analyse philosophique très importante, qui, à vrai dire, n’a jamais été convenablement instituée. Nous devons, en générai, nous attacher i d’une. part, à l’appréciation rationnelle du véritable caractère propre à chaque phase successive; et, d’une autre part, à y constater nettement sa filiation nécessaire envers la précédente, ainsi que sa tendance non moins inévitable à préparer graduellement la suivante^.- de façon à réaliser peu à peu l’enchaînement poffltif dont’ j’ai < déjà établi le principe. * . t t
Les luémes motifs foadamentaux qui ont démontré, avec tant d’évidence , au chapitre précédent, l’inévitable spontanéité générale d’un état intellectuel pleinement théologique, n’aiïraient ici besoin que d’être examinés avec plus de précision pour prouver, au moins aussi clairement, que toujours et jvartout ce premier régime mental de l’humanité a dû nécessairement commencer par un état complet, plus ou moins prononcé mais ordinairement très durable, de pur fétichisme, constamment caractérisé par l’essor libre et direct de notre tendance primitive à concevoir tous les corps extérieurs quelconques, naturels ou artificiels, coiqme animés d’une 'vie esseulielleraent analogue à la nôtre , avec de simples différences mutuelles d’intensité. Gette constitution originaire des spéculations humaines serait sans doute difiicileà méconnaître aujourd’hui, soit qu’on l’examinât à priori du * point de vue rationnel où nous place l’ensemble de la théorie^ biologique de l'homme, soit «n l’étudiant à piosleriori d’après tous les reuseignemens exacts que l’on peut combiner sur ce premier âge sociah: enfin , l’appréciation jtidicieu.se du développement individuel confirmerait évidemment , à cet égard , l’analyse immédiate de l’évolution collective. Beaucoup de philosophes .sont néanmoins parvenus, d’après des
^HTSiQUË SOCIALE. ■ 3l
méthodes vagues et vicieuses, à obscurcir profondément des notions aussi irrécusables, en s’efforçant d’établir, au contraire, que le point de départ intellectuel a dû consister dans le polythéisme proprement dit, c’est-à-dire dans la croyance spontanée à des êtres surnaturels, distincts et indépendants de la matière, passivnnent soumise, pour tous ses phénomènes , à leurs volontés suprêmes. Quelques-uns même, qui, malgré leur prétendue résolution préalable de tout examiner librement , subissaient , à leur insu, l’empire, si rarement évitable , des opinions vulgairement consacrées, sont allés jusqu’à intervertir entièrement la progression naturelle des idées théologiques, en voulant représenter le monothéisme rigoureux comme la véritable source primordiale, d’où seraient ensuite issus, par corruption graduelle, le fétichisme après le polythéisme (i). Il serait certainement superflu de s’arrêter ici à dis-
(l ) Une telle hypothèse ne saurait être vraijoeat soutenable que pour ceux qui uclmetteot, h cet egard , une rêve'lution rlirccte et spèciale, anivant l’esprit du système catholique. Encore faudrait-il, même alois’i concevoir cette révélation comme presque continue, lOa. du moins fn> quemment renouvelée, afin de combattre sans cesse le retour t0FO)O|irs imminent h la marche vraiment naturenc : ainsi que le vérifie clairement le cas des Hébreux, malgré leur divin enaeignemeat ,- fortifié des précautions les plus puissantes et les mieux soutenues, .incapables néanmoins, en tant d’occasions, d^ contenir suffisamment l’instinct spontané vers l’idolâtrie primitive.
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3 à , PHILOSOPHIE POSITIVE.
cuter aucunement ces diverses aberrations, si manifestement contraires, non-seulement à l’ensemble des observations les plus décisives sur l’homme et sur la société, mais encore à toutes les lois les mieux établies sur la marche nécessairement toujours graduelle de notre intelligence, jusque dans ses plus simples exercices. A tous égards , notre vrai point de départ , intellectuel ou moral , est inévitablement beaucoup plus humble que ne l’indiquentees fantastiques suppositions : l’homme a partout commencé par le fétichisme le plus grossier, comme par l’autropophagie la mieux caractérisée ; malgré l’horreur et le dégoût que nous éprouvons justement aujourd’hui au seul souvenir d’une semblable origine, notre principal orgueil collectif doit consister précisément, non à méconnaître vainement un tel début, mais à nous glorifier de l’admirable évolution dans laquelle la supériorité, graduellement développée, de notre organisation spéciale, nous a enfin tant élevés au-dessus de cette misérable situation primitive, où aurait sans doute indéfiniment végété tou te espèce moins heureusement douée.
D’autres philosophes, plus rapprochés, à ce sujet, du véritable esprit scientifique, tout en admettant cette progression évidente et nécessaire du fétichisme au polythéisme et ensuite au mo-
nolhéisme, sans laquelle la marche générale de l’humanité serait essentiellement inintelligible, ' sont tombés, à leur tour, dans une erreur inverse • de la précédente, et qui, beaucoup moins grave, mérite cependant d’être ici sommairement signalée, afin de prévenir, autant que possible, toute déviation quelconque relativement à ce terme primordial, dont l’altération rejaillirait naturellement sur tout le reste de la série sociale. Cette erreur secondaire consiste à regarde^ le fétichisme comme n’ayant point strictement caractérisé le régime mental primitif, en ce sens que ce premier état, quelque grossier qu’il soit en effet, aurait été néanmoins toujours précédé lui-même par une enfance encore plus imparfaite, où l’homme, exclusivement occupé d’une conservation trop entravée, ne présenterait qu’une existence toute matérielle, sans aucun- souci d’opinions spéculatives quelconques, réduites même au degré le |>lus élémentaire et le plus* spontané : tels seraient, par exemple, encore aujourd’Fiiii, les malheureux habitans de la Terre de Feu,s de diverses parties de l’Océanie, de quelques parties de la côte nord- ouest d’Amérique, etc- Une semblable hypothèse n’altérerait point essentiellement, à la manière des précédentes, notre prof^ression fondamentale; elle n’aurait évidemment d’autre effet