‹ Cours de philosophie positive (volume 3)Chapitre 15 sur 37 · TOME IV. Il · texte numérisé non relu

TOME IV. Il

1Ô2 PHILOSOPHIE positIve.

ne faut pqjnt exagérer, à cet égard, l’intensité ni

le danger des, obstacles qu’une tellç situation présente à*la vraie solution de nos difficultés fonda-, • mentales. Car, cet état même de demi-convictions et de demi-volontés (i), qui tient à notre anarchie intellectuelle et morale, tend, d’une autre part, à faciliter spécialement d’avance la triomphe universel d’une vraie conception sociale, qui , une fois produite enfin , n’aura à lutter • ainsi contre aucune résistance vraiment active , reposant avec force sur de sérieuses convictions.

Dès aujourd’hui, cet affaissement presque universel des esprits et des caractères politiques , cette dissémination et cette divergence presque indéfinies des diverses influences sociales, contribuent, sans doute, beaucoup au maintien de l’ordre matériel, qui, malgré les dangers propres à notre temps, , présenterait probablement peu de graves difficultés à une politique rationnelle, vraiment propre à annuler les efforts , même concertés , des différëntes coteries politiques, par la prépondérance spontanée de l’action convenable d’un judicieux gouvernement, auquel tant de ressources phy-

(l) Dans rcs derniers temps, M. (iuixot me semble avoir très bien saisi cette face de notre situation sociale, qu’il a caractérisée, avec une justesse vraiment remarquable, en disant De nos jours, l’homme veut » faiblement, mais il désire immensément. » •

PHYSIQUE SOCIALE. l63

siques sont déjà habituellement prodiguées. Ce serait tomber dans l’exagération satirique que de peindre les sociétés actuelles comme accueillant, de préférence, le charlatanisme et les illusions politiques : rien ne justifierait un semblable reproche, puisque jusqu’ici le choix d’une sage solution ne leur a jamais été permis. Quand il deviendra possible, on verra si l’attrait involontaire de promesses décevantes, et même la puissance naturelle des habitudes antérieures, empêchent en effet notre siècle d’adopter cette nouvelle voie avec une ardeur unanime et soutenue , dont il a déjà donné, à la moindre apparence d’une telle issue, tant d’irrécusables symptômes. Néanmoins, il demeure incontestable, d’après les remarques ci-dessus indiquées, que l’état présent des sociétés modernes tend spontanément à placer la direction habituelle du mouvement politique entre les mains les moins propres à le conduire sagement vers son véritable terme nécessaire. Cet inconvénient capital date réellement de l’origine historique de la situation révolutionnaire, et n’a fait aujourd’hui que se développer de plus en plus avec elle, à mesure qu’elle se caractérisait davantage. Mais, en jetant, sous ce rapport, un coup d’œil général sur l’ensemble de l’histoire intellectuelle, il est aisé, ce me semble, de reconnaître,

l64 ' PHILOSOPHIE ÎPOSITIVE. *♦ *

sans incertitude, que, pendant les trois derniers siècles, les esprits les plus éminens, dirigés sur? tout vers les sciences, ont, d’ordinaire, essentiel-» nient négligé la politique, ce qui était loin d’avoir lieu dans l’antiquité, et même pendant le moyen, âge. Par suite d’une'telle disposition , désormais aussi prononcée que possible , il arrive donc naturellement que les questions les plus profondément difficiles et les plus gravement urgentes sont aujourd’hui livrées aux intelligences Jes moins compétentes et les plus mal préparées. 11 serait, sans doute, inutile d’insister davantage ici sur la tendance directe d’un tel résultat à entraver extrêmement la vraie réorganisation finale des sociétés modernes.

Afin de préciser, autant que possible, cette indispensable observation , il suffit maintenant d’ajouter, d’après une analyse plus spéciale, que* la direction intellectuelle du monde politique actuel réside désormais essentiellement, surtout, en France, dans la double classe, spontanément homogène, des légistes et des métaphysiciens, ou, pour une plus stricte exactitude, des avocats et des littérateurs. Par un examen historique ultérieur, je montrerai comment, jusqu’à l’avénement de la révolution française, le système général de la politique métaphysique, depuis sa naissance au

moyen âge, avait eu principalement pour organes réguliers, d’une part les universités, d’une autre

* part les grandes corporations judiciaires; les premières constituant, aussi distinctement que le

^«comportait la nature équivoque de ce régime bâ*tard, une sorte de pouvoir spirituel, et les autres possédant plus spécialement le pouvoir temporel. Depuis un demi-siècle,, cette constitution fondamentale, essentiellement visible encore dans le

reste de l’Europe , a subi, en France, sans cependant y changer nullement de nature, une importante modification générale, qui, malgré le rajeunissement passager qu’elle imprime à une telle i politique, tend, néanmoins, au fond, à diminuer

sa consistance sociale et à accélérer son irrévocable

décomposition. Les juges y ont été désormais remplacés par les avocats, et les docteurs proprement dits par les simples littérateurs : c’est toujours le même ordre d’idées, une pareille métaphysique, mais avec des organes plus subalternes. Tout homme, pour ainsi dire, qui sait tenir une plume, quels que soient d’ailleurs ses vrais antécédens intellectuels, peut aujourd’hui aspirer, soit dans la presse, soit dans la chaire métaphysique, au gouvernement spirituel d’une société qui ne lui impose aucune condition rationnelle ou morale: le siège est vacant, chacun est encouragé à s’y

|66 PHILOSOPHIE ifosiTIVE. $ . »

JÉ. *. A... rm*\. * f .

poser à son tour. Pareillement , celui qui, d après un suffisant exercice , adéflÊlpppé une pernicieuse ' aptitude absolue à disserter, afec une égale apjjf- * * 4

rence d’habileté, pour ou contre une opinion Au *, • rçpe mesure quelconques , est , par cela seul , admis « à* concourir, dans le sein des plus éminens pou^

' voirs politiques, à la direction immédiate et souveraine des plus grades in térêts publics. C’est ainsi que des qualités purement secondaires, qui ne * *

sauraient avoir d’emploi utile , ni mêrpe vraiment moral , que par leur intimé subordination continue à de véritables principes, sont aujourd’hui devenues monstrueusement prépondérantes : l’expression, écrite ou orale, tend à détrôner la concept* *

« tion. A. une époque de {convictions indécises et # * ~ flottantes, il a naturellement fallu des organes % caractérisés par le vague de leurs habitudes intellectuelles et par leur défaut habituel d’opinions arrêtées. Cette harmonie générale doit être bien profonde et bien spontanée, pour s’être aussi ra- pidement et aussi complètement développée et cela non-seulement à l’égard d’une unique doctrine politique, mais uniformémentdans toutes les écoles actuelles, malgré leurextrêmeopposition : car, il est . * clair aujourd’hui, en dépit de vaipes prétentions, que la politique rétrograde ne se trouve pas moins exclusivement dirigée, d’ordinaire, par des avocats

et des littérateurs, devenus ainsi les patrons de leurs anciens maîtres, que 11e le sont ] de leur côté, la politique stationnaire, et même la politique révolutionnaire, d’où dérive primitivement cette dernière modification de l’état métaphysique , ainsi que je l’expliquerai plus tard. Quoiqu’il en soit, si une telle phase ne devait pas être nécessairement passagère, elle constituerait, ce me semble, la plus honteuse dégénération sociale , en investissant à jamais de la suprématie politique des classes aussi évidemment vouées , par leur nature, à la subalternité, dans tout ordre vraiment normal. En plaçant ainsi, en première ligne, les talens d’élocution ou de style, la société fait aujourd’hui, pour les questions les plus fondamentales qu’elle puisse jamais agiter, ce qu’aucun homme sensé 11’oserait habituellement tenter à l’égard de ses moindres affaires personnelles, Doit-on s’étonner que , par une semblable disposition , elle tende de plus en plus à constituer l’entière domination des sophistes et des déclamateurs? Par quelle étrange inconséquence peut-on si fréquemment déplorer leur pernicieuse influence, après leur avoir ainsi presque exclusivement ouvert , à l’unanime sollicitation des partis les plus contraires, toutes les grandes voies politiques? Cette indication sommaire suffit ici pour montrer nettement à quel

l68 PHILOSOPHIE POSITIVE.

funeste degré la marche radicalement vicieuse suivie jusqu’à présent dans l’élaboration intellectuelle^ de la réorganisation sociale, a été spontanément aggravée, en réalité, par le choix profondément irrationnel des organes correspondans. Quoique l’irrésistible ascendant d’une doctrine vraitpent adaptée à l’état présent de la civilisation, doive nécessairement surmonter un tel qbstacle, comme tous les autres, ce ne sera pas cependant l’un d# ses moindres embarras pratiques que d’ayoir 4 lutter ainsi contre la prééminence provisoire des classes actuellement en possession de la confiance publique. On peut, toutefois, compter sur le peu dp cohésion propre aux divers élémens généraux d’un pouvoir aussi vaguement constitué pour seconder, par leur. inévitable discordance, l’essor naturel du système final ; l’influence politique des avocats, quelque prépondérante qu’elle soit aujourd’hui, sera, sans doute, encore plus aisément ruinée que ne l’a été celle des juges, quand elle pourra être enfin convenablement attaquée, d’une manière directe, dans ses fondemens essentiels.

Cet examen sommaire des principaux traits caractéristiques de notre situation sociale, a suffisamment confirmé l’analyse fondamentale, cidessus expliquée , des divers élémens généraux qui la constituent ; les effets se sont successivement

PHYSIQUE SOCIALE. l6g

montrés en pleine harmonie avec ce que les causes devaient faire prévoir. Nous pouvions déjà regarder ici comme suffisamment démontré qu’aucune des doctrines politiques existantes ne contient de solution possible à la grande crise des sociétés modernes : nous avons, en outre, reconnu maintenant que chacune d’elles, par des voies qui lui sont radicalement propres, tend nécessairement à faire prédominer des dispositions intellectuelles, aussi étroites qu’irrationnelles, directement contraires à la nature du problème, même à l’égard de l’objet trop exclusif qu’elle y poursuit spécialement. 11 est d’ailleurs évident que les sentimens développés respectiv ement par ces différentes doctrines, ne sont pas, en général, plus satisfaisants que les idées correspondantes. D’abord, chaque doctrine, quoique ralliant très imparfaitement ses propres partisans, leur inspire inévitablement une violente antipathie générale contre toute autre école, dont ils ne pourraient sans inconséquence reconnaître le mérite propre; une doctrine vraiment rationnelle et complète pourra seule, tout en conservant son indépendante originalité, inspirer ultérieurement des dispositions plus équitables et plus conciliantes. Mais il faut , en outre, remarquer surtout , à ce sujet , que si l’une quelconque de ces doctrinos politiques, et la doctrine

■7° PHH.OSOPHIE POSITIVE.

révolutionnaire plus qu’aucune autre, en tant , #

que déterminant d’actives convictions , profondes quoique partielles; peut développer, dans les âmes élevées des sentimens vraiment généreux de '■différentes natures ; d’urt autre côté, il n’est pas, malheureusement, moinscertain que, chez le vulgaire, * chacune d’elles, tend. moralement à exercer, de diverses manières, une influence anti-sociale très prononcée. Ainsi, la politique révolutionnaire tire, sans doute, sa principale force morale de l’essor, très légitime quoique souvent exagéré, v ' qu’elle a la propriété d’imprimer à l’activité individuelle : néanmoins, même indépendamment d’un indisciplinable orgueil ainsi soulevé, on ne peqj se dissimuler que sa redoutable énergie ne repose aussi, en partie, sur sa tendance spéciale au développement spontané et continu de ces sentimens de haine et même d’envie contre toute supériorité sociale, dont l’irruption, libre ou contenue, constitue une sorte d’état de rage chronique, très commun de nos jours, même en d’excellçns naturels, où il aggrave beaucoup ^irrationnelle influence, déjà si pernicieuse, d’une disposition d’esprit trop exclusivement critique. De même, la politique rétrograde, de moins en moins compatible avec de vraies convictions chez toute intelligence un peu cultivée, tend directement , malgré

ÊH^SIQUE SOCIALE. I7I

ses vaines prétentions morales, à développer éminemment ces dispositions à la servilité et à l’hypocrisie, dont son règne passager nous a offert tant d’éclatans témoignages. Enfin, la politique stationnaire, outre la sanction implicite que sa doctrine de neutralisation accorde nécessairement aux vices simultanés des deux doctrines extrêmes, exerce aussi, d’une manière plus spéciale, une influence morale non moins désastreuse, par l’appel plus direct qu’elle ne peut éviter de faire, daus son application continue, aux instincts d’égoïsme et de corruption. La vaine opposition de nos diverses écoles politiques n’est donc pas moins pernicieuse sous le rapport moral que sous le rapport intellectuel : à l’un et à l’autre titre, elles tendent également à détourner la société des véritables voies d’une réorganisation finale. Si, intellectuellement envisagées, elles concourent à développer l’anarchie, il n’est pas moins incontestable que, considérées moralement, elles poussent ensemble à la discorde. Les uns, dans l’intérêt exclusif de leur propre conservation politique, au lieu de comprimer, chez les classes dirigeantes, une tendance à l’égoïsme et à la séparation , trop prépondérante aujourd’hui, s’efforcent de lui donner artificiellement un essor monstrueux , en osant leur représenter les prolétaires comme des sau-

vages prêts à les envahir; en même temps, par une réaction funeste quoique inévitable , les autres entreprennent de précipiter aveuglément les masses contre leurs véritables chefs naturels, sans l’indïspensable coopération desquels elles ne sauraient nullement accomplir les améliorations fondamen- . taies qu’elles doivent si légitimement poursuivre dans leur condition sociale. C’est ainsi que, par un désastreux concours, tous les partis actuels tendent, en divers sens, à éterniser, en l’aggravant sans cesse, la douloureuse situation sociale des peuples les plus civilisés.

Dentelles conclusions préliminaires doivent produire d’abord une anxiété profondément pénible sur l’issue réelle que peut finalement comporter une semblable situation. 11 faut peu s’étonner que des esprits généreux, et même éminens, mais irrationnels et surtout mal préparés, aient été quelquefois conduits aujourd’hui, par la contemplation trop exclusive d’un pareil spectacle , à une sorte de désespoir philosophique relativement à l’avenir social, qui devait leur sembler rapidement entraîné, par une invincible fatalité, soit vers un ténébreux et irrévocable despotisme, soit surtout vers une indéfinissable et imminente anarchie, soit enfin vers une déplorable alterna-

PHYSIQUE SOCIALE. Ij3

•tivé périodique de l’un à Fautre état. Une ana-r lyse peu approfondie de l’époque actuelle , et de' • ses anlécédens immédiats, doit, en effet, inspirer des craintes analogues, en dirigeant une attention prépondérante sur le mouvement de décomposition , qui» s’y trouve nécessairement beaucoup plus apparent que celui de régénération. L’étude de ce volume produira, j’espère, avec une pleine évidence, chez tout lecteur attentif et convenablement disposé, la consolante conviction que, par une progression contraire, dont la réalité n’est pas moins irrécusable, l’élite de l’espèce humaine, en résultat nécessaire et final de l’ensemble de ses diverses évolutions antérieures, touche aujourd’hui à l’avéuement direct de l’ordre social le * *

mieux adapté à sa nature, à cette seule condition indispensable que les élémens essentiels, déjà préexistans, d’une telle organisation définitive, soient désormais, malgré les obstacles que présente leur dispersion actuelle, irrévocablement assemblés en un système général, par une philosophie politique vraiment digne de cette mission fondamentale. 11 ne s’agit, en ce moment, pour compléter celte introduction, que de faire pressentir ici quel doit être nécessairement le caractère intellectuel de cette salutaire philosophie, dont le développement dogmatique sera ensuite graduellement exposé.

Or, cette première indication ressort, ce me semble, avec une évidente spontanéité, de la grande démonstration préalable que je viens d’expliquer dans ce long préambule. Il suffit, pour cela, de replacer maintenant à jamais l’esprit du lecteur au point de vue général qui caractérise ce Traité, et que j’avais dû écarter ici momentanément afin «l’exécuter, avec une convenable efficacité^ cette indispensable excursion préliminaire dans le domaine ordinaire de la politique proprement dite.- Car, la philosophie théologique et la philosophie métaphysique ayant seules librement entrepris jusqu’ici d’opérer la réorganisation politique des sociétés modernes, de manière à constater pleinement, d’après l’ensemble des explications précédentes, et par la voie expérimentale, et par une analyse rationnelle, leur profonde inanité nécessaire à l’égard d’une telle destination, il s’ensuit évidemment , ou que le problème ne comporterait réellement aucune solution , ce qui serait absurde à penser, ou qu’il ne nous reste plus qu’à recourir à la philosophie positive, puisque l’esprit humain a désormais vainement épuisé, en essais surabondans, toutes lesautres voies intellectuelles, à moins qu’on ne parvînt à créer un quatrième mode fondamental de philosopher, utopie trop extravagante pour mériter la moindre discussion. D’uu autre

cèté, l’ensemble des trois premiers volumes de ce Traité nous a clairement prouvé, de la manière la plus complète et la plus décisive, que, dans sou évolution. graduelle, et surtout pendant le cours •des trois/lerniers siècles, cette philosophie positive a successivement opéré, à l’unanime satisfaction finale du mpnde intellectuel, la réorganisation totalé’des divers ordres antérieurs de conceptions humaines, quia vaient jadis si long-temps persisté, 4et quelques-uns jusqu’à une époque très récente,

• dans un état parfaitement équivalent à celui qu’on déplore aujourd’hui, à bon droit, envers les ide'ps sociales, et qui , avant une telle rénovation , étaient aussi généralement regardés , par l’opinion contemporaine, comme indéfiniment condamnés, par leur nature, à n’en pouvoir sortir. Or, comment une philosophie qui n’est, certainement, ni anarchique, ni rétrograde, à l’égard des notions astronomiques, physiques, chimiques, *et même biologiques, deviendrait-elle nécessairement, par une subite et étrange subversion, l’un ou l’autre, à l’égard des seules notions sociales, si elle y peut être convenablement appliquée ? A quel titre, d’ailleurs, cette dernière catégorie d’idées pourrait-elle être rationnellement exceptée d’une telle application, qui a graduellement embrassé jusqu’ici toutes les catégories moins Compliquées, y

compris celle qui s’en rapproche immédiatement?

Ou plutôt, serait-il possible que, dans son inévitable développement continu , la méthode positive ne finît point par s’étendre aussi, de toute nécessité, à ce dernier complément naturel de son domaine fondamental? Ainsi , en rapprochant les conclusions sociales déjà motivées dans ce discours du résultat philosophique général de l’ensemble des trois volumes précédens, ou voit que l’analyse politique et l’analyse scientifique concourent di- ’ rectement, avec une irrécusable spontanéité, à» démontrer que la philosophie positive , convena-* blement complétée, est seule capable de présider réellement aujourd’hui à la réorganisation finale des sociétés modernes. Quelque profonde conviction qui me lie à ma manière d’accomplir cette grande tâche philosophique, je tiens infiniment à séparer soigneusement d’avance ce principe capi-% tal, qui me paraît déjà suffisamment irrécusable , d’avec le mode effectif de réalisation que je vais tenter dans ce volume , afin que , lors même qu’une telle tentative serait finalement condamnée, la raison publique n’en tirât aucune induction défavorable contre une méthode seule susceptible d’o- ' pérer tôt ou lard le salut intellectuel de la société, et se bornât seulement à prescrire , à de plus hen- • reux successeurs, des essais plus efficaces dans la

TTT W"1 ' fj.

PÛ-ri

tu

gfc

'■ X * r^1 4fv |# * 1 * • jr • * •.

' ,ii?^-1w1iillrT' <

.. •..% v -i * Jw * ** • , „;

” . - f PHYSIQUE SOCIALE. I77

même direction. En tous genres, et surtout en ce

cas , la méthode est encore plus importante que la doctrine elle-même. C’est pourquoi, avant de terminer cette longue introduction, je crois devoir présenter sommairement, à cet égard, quelques dernières considérations préalables.

Tout parallèle direct et spécial de cette nouvelle philosophie politique avec les théories sociales actuelles serait ici essentiellement prématuré, jusqu’à ce que son véritable esprit général ait pu être suffisamment caractérisé. Si je n’ai point manqué mon but, à mesure que la politique positive se développera graduellement dans le cours de ce volume, sa supériorité nécessaire et croissante sur toute autre manière de traiter ces questions se manifestera spontanément de plus en plus aux yeux du lecteur attentif, sans exiger presque jamais aucune comparaison formelle.. Néanmoins, eu continuant encore à écarter provisoirement toute appréciation scientifique proprement dite, et restant toujours au point de vue purement politique, seul convenable à cette introduction , je crois devoir, afin de mieux marquer ici la destination finale d’une telle opération philosophique , indiquer, dès ce moment, d’une manière directe mais simplement générale, sa relation nécessaire avec le double besoin fondamental de notre époque, si û. * tome iv.' 12 »

\* -* ’s.VV-

PH1I.ÜS0PHIE POSITIVE.

L’inévitable ascendant graduel d’une semblable doctrine sociale résultera surtout de sa parfaite «cohérence logique dans l’ensemble de ses applica- »: tions, propriété éminemment caractéristique, dont * %

je ne saurais trop recommander la considération * .

• prépondérante, comme pouvant, mieux qu’aucune autre, lier intimement le point de vue politique au point de vue scientifique. Directement . appliquée à l’état présent ée la civilisation, la po litique positive en embrassera simultanément tous

les aspects essentiels, et fera cesser enfin cette déplorable opposition actuelle, ci-dessusappréciée, entre les deux ordres généraux de nécessités sociales, dont la commune satisfaction dépendra dès-lors d’un même principe. Non-seulement la politique * contemporaine prendra désormais par là, dans , •' toutes ses diverses parties, un caractère homogène et rationnel, qui semble aujourd’hui radicalement impossible : mais, en outre, on reconnaîtra, j j’espère, avec une pleine évidence, que la même conception qui aura ainsi complètement coordonné le présent , l’aura aussi profondément rat- v taché à l’ensemble du passé , de manière à établir directement une exacte harmonie générale dans le système total des idées sociales , en faisant spon- » .

• tanémeut ressortir l’uniformité fondamentale de la vie collective île l’humanité; car cette concep-

li 1 • ^

7^rr»T'

>. ,* » PHYSIQUE SOCIALE. i rjg

lion ne pourra, par sa nature, être transportée à l’état social actuel, qu’après avoir préalablement subi l’épreuve générale, non moins décisive qu’indispensable, d’expliquer, sous le même point de vue, la suite continue des principales transformations antérieures de la société. Il importe de. noter ici celte nouvelle condition, sans laquelle aucune vraie philosophie politique ne saurait évidemment exister, et qui, néanmoins, est si hautement négligée par toutes les écoles actuelles. Ce n’est point uniquement, en effet, comme on le’ croit d’ordinaire, la doctrine critique qui mérite nécessairement un tel reproche, en ne s’occupant essentiellement du passé que pour envelopper, dans une aveugle réprobation commune, tous les temps antérieurs à l’époque révolutionnaire. L’école rétrograde elle-même , malgré ses vainesprétentions à cet égard, et quoique ayant produit Une certaine explication, d’ailleurs très vague et fort arbitraire , de l’ensemble du passé , se montre aujourd’hui radicalement impuissante à prolonger sa théorie historique jusqu’au seul point elle pourrait acquérir une véritable importance politique en liant le présent an passé : entourant, en sens inverse, le même blâme général qu’elle impute justement à son antagoniste, elle sê borne à maudire uniformément la situation

iBo'

fondamentale îles sociétés modernes depuis trois siècles, qui ne lui paraît intelligible qu’en y supposant l’humanité parvenue, on ne sait comment, à une sorte de manie chronique, incurable à moins d’une miraculeuse intervention spéciale de la providence (i); Cette subordination rationnelle de l’humanité à une même loi fondamentale de développement continu, qui représente l’évolution actuelle, quelle qu’en soit l’importance prépondérante, comme le résultat nécessaire de la suite graduelle des transformations antérieures, constituera certainement une propriété exclusive et spontanée de la nouvelle philosophie politique, qui se bornera, sous ce rapport, à étendre enfin aux phénomènes sociaux l’esprit général qui déjà

(l) Celte disposition caractéristique de l’école catholique actuelle ne m’a jamais paru plus décisive qn’cn l’observant chez l’illustre de Maistre , dont l'éminente supériorité philosophique n’a pn le préserver de cette capitale inconséquence, nécessairement propre à sa doctTinq. Tont lecteur judicieux a dû être vivement choqué, -ît ce sujet', de l’étrange contraste qoe présentent la force et la netteté vraiment .admirables avec lesquelles l’autenr du Pape vient d’expliquer l’esprit fondamental de la politique du moyen ftge, comparées à l’incohércqjW et h la frivolité ne son irrationnelle appréciation des trois derniers siècles, où la société lai parait sabir brnsqaement une transformation tout-i-fait imprévue et inconcevable, sans aucunes racines antérieures. Le ton général de l’anlenr, jnsqne alors grave et digne, devient aussitât dédaigneux et même violent : finalement, un ouvrage qni a commencé par l’analyse très rationnelle des conditions nécessaires de tout ordre spirituel, vient déplorablement aboutir J> une invocation formelle, aussi puéril* que. mystique , it la vierge Marie .

IM

fck'

fc>,

«.Al '

VHÏSIQt E SOCIAUE. 1 8 I

domine à l'égard de tous les autres phénomènes naturels. Pour achever d’apprécier sommairement la cohérence et l’homogénéité qui devront inévitablement caractériser cette philosophie, il suffit de remarquée, en dernier lieu, que, en même temps qu’elle établira ainsi, soit an présent f soit au passé, la plus parfaite liaison dans le système entier des diverses notions sociales, elle rattachera ce système, d’une manière aussi directe qu’indissoluble , à l’ensemble total de la philosophie naturelle, qui, dès lors complétée par celte indispensable extension , réalisera désormais un étal permanent et définitif d’unité intellectuelle jusque alors essentiellement chimérique, où tous les divers ordres principaux de conceptions humaines, irrévocablement soumis à une même méthode fondamentale, présenteront, envers tous les phénomènes possibles, une suite rationnelle de lois homogènes, qu’une rigoureuse hiérarchie scientifique ne cessera point de coordonner exactement. Quoique la considération de cette solidarité nécessaire doive, sans doute, paraître surtout scientifique, j’ai cependant jugé indispensable de la signaler dès ce moment, à cause de la puissante influence par laquelle une telle liaison tend évidemment à seconder l’ascendant graduel de la nouvelle philosophie politique. Car, la politique

positive trouvera ainsi spontanément, chez tous les esprits, un point d’appui général, dont l’importance ne peut que s’accroître, et qui servira de base naturelle à son essor universel. Dans l’état irrationnel et désordonné de nos idées politiques, ou ne peut guère soupçonner aujourd’hui quelle serait bientôt l’irrésistible énergie d’un mouvement philosophique, ou l’entière rénovation de la seience sociale serait dirigée par ce même esprit dont la supériorité est uuaniment reconnue à l’égard de toutes les autres catégories de notions réelles.

Telle est donc la principale propriété qui doive caractériser cette nouvelle philosophie politique. C’est surtout ainsi que , même chez les esprits les plus rebelles, elle devra nécessairement rencon-' trer certains ^points , plus ou moins étendus, d’un contact véritable, d’où son homogène développement saura toujours faire ressortir, de diverses maniérés, une suffisante régénération intellectuelle, en s’adaptant, sans répugnance et sans effort, aux convenances spéciales de chaque casprincipal. Elle seule aujourd’hui peut vraiment parler à chaque classe de la société, à chaque parti politique, le langage le plus propre à faire pénétrer une vraie conviction, et maintenir néanmoins, J1 ^ **bri de toute alteration, l’^i^incible originalité

• * * PHYSIQUE SOCIAl.E. 1 83

supérieurede sou caractère fondamental. Seule elle peut, exempte de faiblesse comme d’inconséquence, embrassant , d’un point de vue suffisamment élevé, l’ensemble de la question sociale, rendre spontanément, à chacune des écoles les plus opposées, une exacte justice, pour ses services réels, soit anciens, soit même actuels. Nulle autre doctrine ne saurait maintenant, eu rappelant, avec autorité, à chaque parti, la destination propre dont il s’honore, prescrire habituellement l’ordre au nom du progrès, et le progrès au nom de l’ordre; de telle sorte que les deux classes de recommandations se fortifient l’une l’autre, au lieu de tendre à s’annuler réciproquement, comme on le voit encore, par l’irrationnelle opposition que la politique stationnaire établit nécessairement entre elles. Pure, d’ailleurs, de tous les divers torts antérieurs, cette politique nouvelle ne doit craindre aucun reproche de tyrannie rétrograde, ni d’anarchie révolutionnaire. On ne pourra l’accuser que de nouveauté : elle répondra d’abord par l’évidente insuffisance de toutes les théories existantes, et ensuite en rappelant que, depuis deux siècles, le même esprit positif ne cesse, à d’autres titres , dé fournir d’irrécusables preuves de sa prééminence nécessaire (i).

(i) Seul place jnscin’ici h nouveau point de vue de philosophie

i u/j i m nu. i uo 1 1 i »

Considérée surtout quant « l’ordre, la politique

positive n’aura, sans doute, jamais besoin d’aucune apologie directe, pour quiconque aura suf-

fisamment apprécié, d’après l’ensemble des parties

antérieures de ce Traité, quelle est, à cet égard, la tendance nécessaire d’une telle philosophie', à quelque catégorie d’idées qu’elle s’applique. La science réelle, envisagée du point de vue le plus

élevé, n’à, en effet, d’autre but général que d’é- ’ tablir et de fortifier sans cesse l’ordre intellectuel, qui, on ne saurait trop le rappeler, est la pre-

poli(iquc,JRn me pardonnera, j’gspèrc, h ce titre, de citer ici mon expérience personnelle.

Profondément inibn, de bonne heure, comme je devais d’abord l’étre, de l’esprit révolutionnaire, envisagé dans tome sa portée philo-

sophique, je ne crains pas néanmoins d’avouer, avec une sincère reconnaissance, et sans encourir aucune jnste accusation d’inconsé-

qnencc, la salutaire influence que la philosophie catholique, malgré sa nature évidemment rétrograde, a ultérieurement exercée sur le dé-

veloppement normal de ma propre philosophie politique, surtout par le célèbre Traité tlu Pape, non-seulement en me facilitant, dans mes travaux historiques, une saine appréciation générale dn moyen âge, mais même en Axant davantage mon attention directe sur des condi-

tions d’ordre éminemment applicables à l’état social actuel, quoique conçues pour un autre état. Je crois, de même, avoir déjà suffisamment prouvé, par le caractère généial de ce long discours préliminaire, que la politique positive peut cire pleinement équitable envers la politique rétrograde et lu politique révolutionnaire , sans lenr faire aucune vainc

jfl

concession de principes , et sans qu’une telle disposition nuise davantage h la fermeté de son langage qu’i la netteté de srs vues. Quoique . l’esprit positif doive nécessairement s'assnjétir d’abord à tout expliquer, il ne saurait s’interdire une exacte npptéciation finale, d'autant y>lus décisive qu’elle a clé mieux motivée.

# .«Ji

y* PHYSIQUE SOCIAI K. :•«' 1 85

l , 1 * JrkHW' » «Srv '

ïiiière base indispensable de tout autre ordre véritable. Quoique ce ne soit point ici le lieu convenable de traiter directement cette question fondamentale, ultérieurement réservée, je ne puis m’abstenir d’indiquer combien le désordre répugne profondément à l’esprit scientifique proprement dit, qui lui est certainement beaucoup plus antipathique, par sa nature, que l'esprit théologique lui-même, comme le savent aujourd’hui tous ceux qui ont un peu approfondi l’une et l’autre philosophie. A l’égard des idées politiques , l’expérience a désormais suffisamment prouvé que la méthode positive peut seule aujourd’hui discipliner réellement des intelligences devenues dè plus en plus • rebelles à l’autorité des hypothèses métaphysiques aussi bien qu’à l’emploi dis fictions théologiques. Ne voyons-nous pas, au contraire, ce même esprit actuel , si vainement accusé de tendre au scepticisme absolu , accueillir toujours, avec un avide empressement, la moindre apparence de démonstration positive , lors même qu’elle est encore prématurée? Pourquoi en serait-il autrement envers les notions sociales, où le besoin de fixité doit être certes encore mieux senti, si en effet elles peuvent enGn être dominées aussi par l’esprit positif? Le sentiment fondamental des lois naturelles invariables, fondement primitif de toute idée d’ordre,

irfrc* r

186 ■ . PHILOSOPHIE positive.

relativement à des phénomènes quelconques, pourrail-il n’avoir plus la même efficacité philosophique, aussitôt que, complètement généralisé, il s’appliquera aussi aux phénomènes sociaux, désormais ramenés à de pareilles lois?

La politique positive est certainement seule capable de contenir convenablement l’esprit révolu- . lionnaire, parce qu’elle seule peut, sans faiblesse et sans inconséquence, lui rendre d’abord une exacte justice, et circonscrire rationnellement, entre ses vraies limites générales, son indispensable influence. Tant qu.e cet esprit n’est attaqué, comme on le voit aujourd’hui, que d’une manière essentiellement absolue, sous les inspirations de la philosophie rétrograde, avec laquelle la politiquèstaliounaire, dépourvue de tout principe propre , coïncide alors nécessairement, il résiste spontané-» ment à ces vaines récriminations qui, quelque lé-', gilime qu’en puisse être le fondement partiel , ne sauraient neutraliser l’irrésistible besoin qu’éprouve maintenant notre intelligence de recourir à cet énergique ressort, suivant la théorie précédemment établie. Mais il n’en peut plus être ainsi quand la philosophie nouvelle , tout en manifes-, tant son caractère éminemment organique, se montrera spontanément, encore plus apte que la philosophie révolutionnaire elle-même à débarrasser

Digitiza

finalement la société de tout vestige quelconque de l’ancien système politique. Alors seulement, la tendance anarchique des principes purement révolutionnaires pourra être directement combattue, au nom même de la révolution générale, avec un succès vraiment décisif, qui finira par amener graduellement l’entière absorption de la doctrine révolutionnaire actuelle, dont le principal office politique sera désormais mieux rempli par la philosophie positive.

Indépendamment de ces services immédiats, la cause de l’ordre doit retirer aussi, d’une telle philosophie, des avantages qui, pour être moins directs ou moins saillans, ne sont pas d’une moindre importance politique. Telle sera, d’abord, une exacte appréciation scientifique de la vraie nature des diverses questions sociules, qui devra tant contribuer à la pacification fondamentale, en renvoyant à la réorganisation intellectuelle et morale , à laquelle ils se rapportent essentiellement, plusieurs sujets délicats, qui ne peuvent qu’entretenir, au sein de la société, une profonde irritation , aussi dangereuse que stérile, quand on s’obstine à les rattacher surtout à la réorganisation politique proprement dite, comme je l’ai précédemment expliqué. Ayant mis en pleine évidence que l’état présent des sociétés modernes ne saurait immé-

dialcmenl comporter, de toute nécessité^ que des

institutions purement provisoires, la politique positive tendra spontanément ainsi à détourner des divers pouvoirs existans, et, à plus forte raison, de leurs titulaires quelconques, l’attentiou si exagérée que leur accorde encore l’opinion générale, pour concentrer, au contraire, tous les efforts prin cipaux sur une sage rénovation fondamentale des idées sociales, et par suite des moeurs publiques. Les bons esprits ne sauraient craindre d’ailleurs que celte indispensable diversion rationnelle , dont le terme est nettement défini, puisse jamais dégénérer en une funeste indifférence politique, puisqu’une telle doctrine, incompatible avec tout vain prestige, ne s’est nullement interdit l’élaboration directe des institutions proprement dites, vers laquelle son activité se dirigera nécessairement dés * qu’elle pourra acquérir une véritable importance. Jusque alors, outre que la perspective finale d’une entière régénération politique sera spontanément toujours rappelée, cette doctrine s’efforcera même accessoirement d’imprimer aux institutions établies les modifications diverses qui pourront être nécessaires pour que, au lieu d’entraver, elles se-, coudent, autant que possible, révolution intellectuelle et morale. Mais, tant qu’ils rempliront cette indispensable condition, les pouvoirs provi-

soires, quelle que soit leur organisation , verront notablement augmenter leur sécurité effective par l’influence naturelle de la politique positive , seule capable de faire habituellement sentir aux peuples que, dans l’état présent de leurs idées, aucuu changement politique ne saurait offrir une importance vraiment capitale, tandis que les perturbations plus ou moins graves qui en résultent, outre leurs inconvéniens propres, ont, au contraire, de toute nécessité, une funeste tendance à entraver le développement spontané de la solution finale, soit parce qu’elles en dissimulent momentanément l’indispensable besoin continu, soit eu détournant l’attention publique. On doit aussi noter que l’esprit, éminemmentrelatif, delà philosophie positive, malgré son invariable unité, devra graduellement dissiper, au profit évident de l’ordre général, cette disposition absolue, aussi étroite qu’irrationnelle, commune à la politique tbéologique et à la politique métaphysique , qui les porte sans cesse à vouloir uniformément réaliser, dans tous les états possibles de la civilisation , leurs types respectifs d’immuables gouvernemens , et qui , par exemple , a conduit même à ne concevoir, de nos jours, d’autre moyen fondamental de civiliser Taïti qu’à l’aide d’une importation banale du protestantisme et du régime parlementaire!

En considérant, sous le même aspect, une influence moins prononcée mais plus permanente de la politique positive, on peut reconnaître, en second lieu, que, même à l’égard des maux politiques incurables, elle tend puissamment, par sa nature, à consolider l’ordre public, parle développement rationnel d’une sage résignation. La politique métaphysique, qui regarde l’action politique comme nécessairement indéfinie, ne saurait comporter une semblable disposition, dont l’influence habituelle, quoique constituant une vertu purement négative, offre un secours si indispensable, à tous égards, contre la douloureuse destinée de l’homme. Quant à la résignation religieuse, et surtout chrétienne, elle n’est, à vrai dire, malgré tant d’emphatiques éloges, qu’une prudente temporisation, qui fait supporter lesmalheurs présens en vue d’une ineffable félicité ultérieure. Il ne peut, évidemment, exister de vraie vésiguation , c’est-à-dire de disposition permanente à supporter, avec constance, et sans aucun espoir de compensation quelconque, des maux inévitables, que par suite d’un profond sentiment des lois invariables qui régissent tous les divers genres de phénomènes naturels. C’est donc exclusivement à la philosophie positive que se rapporte une telle disposition , à quelque sujet qu’elle s’ap-

Page 1