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désormais évidente à l’égard des moindres notions scientifiques, pourrait -elle être sérieusement contestée envers les sujets les plus difficiles, et qui exigent aussi le plus d’unité? Jusqu’à sa réalisation suffisamment accomplie, les idées elFcc- + 4
tives de bien public, dégénérées en une vague philantropie, resteront toujours livrées, comme on le voit aujourd’hui, à la plus pernicieuse fluc- * tualion, qui tend directement à' leur ôter toute- force véritable . contre les énergiques impulsion^ d’un égoïsme vivement stimulé. Dans le triste cours journalier de nos luttes politiques, les hom- \ ♦ ’ mes les plus judicieux et les plus honnêtes sont naturellement conduits à se taxer les uns les au- * très de folie ou de dépravation, d’après la vaine ^ opposition de leurs principes sociaux ; d’une au- * tre part , en chaque grave occurence, les maximes * politiques les plus contraires se trouvent habituel- * lement soutenues par des partisans qui doivent * sembler également recommandables : comment l’influence continue de ce double spectacle, essen- » tiellement incompatible avec aucune conviction profonde et inébranlable , pourrait-elle, «à la Ion-- '* . < gue , laisser subsister, soit chez ceux qui y participent , soit même chez ceux qui l’admirent,, une vraie moralité politique?
A la vérité, cette démoralisation publique a
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été sensiblement retardée, de nos jours, par la prépondérance même de la doctrine révolutionnaire, à laquelle les deux autres doctrines l’imputent, d’ordinaire, d’une manière si injustement exclusive. Car, le parti révolutionnaire, en vertu de son caractère progressif, a dû être, plus qu’aucun autre, animé de véritables convictions, à la fois pfof^ndes et actives, qui, quel qu’en fût l’objet, devaient tendre spontanément à contenir et même à refouler l’égoïsme individuel. Une telle propriété s’est surtout développée pendant la mémorable phase d’illusion, ci-dessus caractérisée, où la métaphysique révolutionnaire a été, par un entraînement uuanime, momentanément. , conçue comme directement destinée à réorganiser les sociétés modernes. Alors , en effet , s’ac- • 1 ■ complirent, sous l’énergique impulsion de cette
doctrine, les plus admirables dévouemens sociaux dont puisse s’honorer l’histoire contemporaine, malgré toute déclamation rétrograde ou stationnaire. Mais, depuis qu’une telle illusion primitive a dû graduellement tendre à se dissiper *,skns; retour, et que la doctrine critique a ainsi perdu sa principale autorité , les convictions qui s’ÿ rattachent ont" dû s’en trouver proportionnellement amorties, surtout en vertu de son inévitable mélange, chaque jour plus intime, avec la
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politique stationnaire, et même avec la politique rétrograde, ainsi que je l’ai précédemment expliqué. Quoique ces convictions soient, à vrai dire, moins effacées et moins stériles, encore aujourd’hui, surtout dans la jeunesse, que celles qu’inspirent communément les deux autres doctrines, elles ont cependant désormais trop peu d’énergie effective pour compenser suffisamment l’action dissolvante qui caractérise la métaphysique révolutionnaire, à l’égard même de ses propres partisans, en sorte que cette philosophie contribue maintenant, en réalité, presque autant que chacune de ses deux antagonistes , au débordement spontané de la démoralisation politique.
La morale privée dépend heureusement de beaucoup d’autres conditions générales que celles d’opinions fixement établies. Dans les cas les plus usuels, le sentiment naturel y parle, sans doute, bien plus fortement qu’à l’égard des relations publiques. En outre , l’adoucissement continu de nos mœurs , d’après un développement intellec-, tuel plus commun, par un goût plus familier, ainsi qu’un plus juste sentiment, des divers beaux-arts, l’amélioration graduelle des conditions à la suite des progrès toujours croissans de l’industrie humaine, ont dû puissamment contre-balancer, à cet égard, les influences désorganisatrices. tome iv. .9
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Il faut d’ailleurs remarquer que ces influences, «^primitivement concentrées sur la vie politique proprement dite, n’ont dû se manifester que beaucoup plus tard, et avec une moindre intensité, envers la morale domestique ou personnelle, dont enfin les règles ordinaires, d’une démonstration plus facile, peuvent, par leur nature, supporter, jusqu’à un certain point, sans d’aussi imminens périls, la libre irruption des analyses individuelles. Toutefois, le temps est désormais venu où ces inévitables aberrations, jusque alors essentiellement dissimulées, commencent à developper éminemment leur dangereuse activité.
Dès la première évolution de l'état révolutionnaire, cette action délétère sur la morale proprement dite s’était déjà annoncée par une grave atteinte à l’institution fondamentale du mariage, que la faculté du divorce aurait profondément altérée dans tous les pays protestans , si la décence publique et le bon sens individuel n’y avaient point jusqu’ici beaucoup amorti la pernicieuse influence des divagations théologico- métaphysiques. Mais cependant la morale privée ne pouvait, comme je viens de l’indiquer, être .réellement attaquée, d’une manière directe et suivie, qu’après la décomposition presque totale de la morale publique. Aujourd’hui qu’un tel prélimi-
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naire est certes suffisamment accompli , l’action dissolvante menace immédiatement, avec uneintensité toujours croissante, la morale domestique et même la morale personnelle, premier fondement nécessaire de toutes les autres. Sous quelque aspect qu’on les envisage, soit quant aux relations • ' des sexes, à celles des âges, ou à celles des conditions, il est clair que les élémens nécessaires de toute sociabilité sont désormais, et doivent être de plus en plus, directement compromis par une discussion corrosive, que ne dominent point de véritables principes, et qui tend à mettre en ** question, sans aucune solution possible, les moindres idées de devoir. La famille, qui, au milieu des phases les plus agitées de la tempête révolutionnaire, avait été, sauf quelques attaques accessoires, essentiellement respectée, s’est trouvée, de nos jours, radicalement assaillie, dans sa double base indispensable, l’hérédité et le mariage, par des sectes insensées (i), qui, en rêvant* la réorganisation, n’ont su, dans leur superbe • médiocrité, développer réellement, que la plu§
( i) Nous avons vu surtout une sectcépbémère , dans ses vains projets
de régénéra liofî oij plutôt de domination universelle, offrir, pendant quelques années, à l’observateur attentif, par un concours d'aberrations qu'on avait ern jusque alors impossible, l'e'trauge conciliation fondamentale de la plus ligpiinieuse anarchie avec le pins dégradant / despotisme.
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dangereuse anarchie. Nous avons vu même le principe le plus général et le plus vulgaire de la çimple morale individuelle , la subordination nécessaire des passions à la raison, directement dénié par d’autres prétendus rénovateurs , qui , sans s’arrêter à l’expérience universelle, rationnellement sanctionnée par l’étude positive de la
nature humaine, ont tenté, au contraire, d’établir,
comme dogme fondamental de leur morale régénérée, la systématique domination des passions, dont l’activité spontanée ne leur a point paru . *• sans doute assez encouragée par là simple démolition philosophique des barrières jusque alors destinées à en contenir l’impétueux essor, puisqu’ils ont' cru devoir, en outre, la développer artificiellement par l’application continue des stimulons les plus énergiques. Ces diverses aberrations spéculatives ont déjà assez pénétré dans la vie sociale, pour qu’il soit aujourd’hui devenu loisible » chacun de se faire une sorte de facile • mérite de ses passions même les plus désordonnées, les plps animales : si un tel débordement pouvait persister , les estomacs insatiables finiraient probablement par s’enorgueillir aussi de leur propre voracité. „
Vainement l’école rétrograde s’efforce-t-elle encore de rejeter exclusivement sur l’école révolu-
tiouuaire la responsabilité générale de ce nouvel ordre de divagations, dont elle-même n’est pas réellement moins coupable, d’après son aveugle et irrationnelle obstination à préconiser, comme seules bases intellectuelles de la sociabilité, des principes dont l’irrévocable impuissance actuelle n’a jamais été plus sensible que dans ce cas. Car, si les conceptions tbéologiques devaient véritablement constituer, dans l’avenir comme dans le passé, les immuables fondemens de la morale universelle, d’où vient qu’elles ont aujourd’hui perdu toute force réelle contre de semblables débordemens? Ne serait-ce pas désormais un cercle profondément vicieux que d’étayer d’abord, par de vains et laborieux artifices , les principes religieux , afin qu’ils pussent ensuite, ainsi destitués de tout pouvoir intrinsèque et direct, servir de points d’appui à l’ordre moral? Toute puissance sociale ne manifeste-t-elle pas nécessairement son efficacité générale, par l’indispensable épreuve préliminaire de sa propre élé-* vation? Aucun office vraiment fondamental ne saurait donc maintenant appartenir à des croyances qui n’ont pu elles-mêmes résister au développement universel de la raison humaine , dont la virilité ne finira point sans doute par reconstruire les entraves oppressives que brisa pour jamais son
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•v ' / adolescence. Il importe même de remarquer enfin, à ce sujet, que les diverses aberrations précédemment signalées ont toujours été couçues, de nos jours, par d’mrdens restaurateurs des théories religieuses , violemrfient exaspérés contre toute philosophie vraiment positive , seule apte désormais à comprimer effectivement l’essor naturel de leurs divagations; on avait pu, depuis long-temps , constater aussi la justesse nécessaire d’une observation analogue, à l’égard des aber-
«Loin de pouvoir fournir aujourd’hui des bases réelles à la morale proprement dite, domestique ou personnelle, les croyances religieuses tendent de plus en plus, à vrai dire, à lui devenir doublement nuisibles, soit en s’opposant à son édification sur des fondemens plus solides, auprès des esprits, chaque jour plus nombreux, que ces croyances cessent de pouvoir dominer , soit même en ce que, chez ceux qui leur demeurent le moins infidèles, ces principes sont nâturellement beaucoup trop vagues pour comporter aucune grande efficacité pratique sans l’active intervention continue de l’autorité sacerdotale, désormais essentiellement absorbée , chez les populations les plus avancées, parle soin difficile de sa propre conservation, de manière à ne plus oser, d’ordinaire, compro-
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meUre, par une intempestive répression , le faible crédit qu’elle s’y ménage encore. Parmi les intelligences un peu cultivées, l’expérience journalière ne montre-t-elle point , eu effet, cpie la inorale usuelle des hommes restés suffisamment religieux n’est nullement supérieure aujourd’hui, malgré l’anarchie intellectuelle, à celle de la plupart des esprits émancipés ? La principale tendance pratique des croyauces religieuses ne consiste-t-elle point le plus souvent, dans la vie sociale actuelle, à inspirer surtout, à la plupart de ceux qui les conservent avec quelque énergie, une haine instinctive et insurmontable contre tous ceux qui s’en sont affranchis, sans qu’il en résulte d’ailleurs aucune émulation réellement utile à la société? Ainsi, pour la morale privée, comme ci-dessus à l’égard de la morale publique , les principaux ravages , soit indirects , soit même directs , qu’exerce maintenant l’anarchie intellectuelle, doivent être, après un mûr examen , au moins aussi sévèrement imputés à la philosophie stationnaire, et surtout à la philosophie rétrograde, qu’à la philosophie révolutionnaire elle-même, qui en est seule habituellement accusée. Quoi qu’il en soit, il n’est ici que trop évident que toutes les différentes doctrines actuelles sont, à divers titres, presque également impuissantes, par leur nature, sous
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l’un et l’autre aspect, à opposer aucun freirï*énergique au développement continu de l’égoïsme individuel , qui s’enhardit aujourd’hui de plus en plus à réclamer directement,’ au nom de l’universelle anarchie des intelligences, le libre débordement des passions même les moins sociales. « , Suite nécessaire et directe d’un pareil désordre, vient maintenant , comme second caractère général de notre situation fondamentale ,1a corruption systématique , désormais érigée en un indispensable moyen de gouvernement. Ici, l’école stationnaire et l’école rétrograde ne sauraient parvenir à rejeter exclusivement sur l’école révolutionnaire une responsabilité commune, où leur double participation .habituelle est certes la plus immédiate et même la plus prononcée. Les trois doctrines concourent nécessairement, quoique inégalement, à ce honteux résultat, en contribuant, chacune à sa manière.* à l’absence de toutes vraies convictions politiques , ainsi que je l’ai expliqué- Quelque déplorable que soit évi— ’ demment une telle obligation, il faut aujourd’hui savoir y reconnaître sans détour une inévitable • conséquence de cet état intellectuel , où l’impuissance et le discrédit des idées générales, devenues incapables de commander aucun acte réel, ne laissent plus d'autre ressource journalière, pour
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oblenii* effectivement l’indispensable concours des individus au maintien précaire d’un ordre grossier, qu’un appel plus ou moins immédiat à des intérêts purement personnels. 11 n’arrive presque •. jamais qu’une pareille influence trouve à s’exercer sur des hommes véritablement animés de
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convictions profondes. Rarement la nature humaine , dans les caractères même les moins élevés, s’avilit-elle assez pour comporter un Systèmedeconduite politique en opposition réelle avec de fortes convictions quelconques: un tel contraste continu Unirait bientôt par paralyser essentiellement les facultés du sujet. Dans l’ordre scientifique, où les vraies convictions philosophiques sont aujourd’hui plus communes et mieux marquées, la corruption active n’est guère praticable, quoique les âmes n’y soient certes pas ordinairement d’une trempe plus énergique (i). Ainsi, sauf quelques anomalies fort rares, il faut évidemment attribuer surtout, à l’état indécis et flottant où l’anarchie intellectuelle tient habituellement aujourd’hui toutes les idées sociales, l’extension rapide et facile d’une corruption qui tourne aisément à son
(l) Le cas le pins décisif il cet egard, est celai, assez fréquent de nos joars, des savans qui allient la pins honteuse versatilité politique h une invariable persévérance philosophique ihalgré les plus puissantes tentations, dans leurs opinions anti -religieuses, qui, sans doute, reposaient seules chez eux sur de véritables couvietions.
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grêles demi-convictions, vagues et insuffisantes, que présente désormais, de plus en plus exclusivement, le monde politique actuel. Nou-seulement ce désordre des esprits permet seul le développement de la corruption politique, dont • tout large exercice serait incompatible avec des convictions réelles et communes; mais on doit même avouer qu’il l’exige nécessairement, comme unique moyen* praticable de déterminer maintenant une certaine convergence effective, dont l’ordre social , à quelque matérialité qu’il puisse être réduit, ne saurait se passer entièrement. On peut donc annoncer avec assurance l’imminente extension continue de Ce honteux procédé, tant que l’anarchie intellectuelle tendra toujours à détruire graduellement toute forte conviction politique.
Une telle explication ne saurait, sans doute , complètement absoudre les gouvernemens actuels de la dangereuse préférence que , dans leur aveugle et étroite sollicitude , ils accordent habituellement à l’emploi démesuré d’un pareil moyen. Car, l’absolu dédain, si stupidement systématique, qu’ils affectent d’ordinaire contre toute théorie sociale, et les entraves nombreuses, soit involontaires, soit calculées, dont ils s'efforcent*, en ce genre , d’entourer aujourd’hyi l’esprit hu -
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main, au lieu d’encourager son essor, tendent évidemment, d’une manière directe, à éterniser .. cet état transitoire, en empêchant la seule solution qu’il comporte. D’une autre part, ainsi obligés de subir cette immorale nécessité, nos gouvernemens l’aggravept encore dans l’exécution , en subordonnant presque toujours l’usage de ce moyen à la seule satisfaction immédiate de leurs intérêts spéciaux, sans aucun appel véritable à l’intérêt public, dont ils ne craignent pas de sacrifier ouvertement la considération géuérale au simple soin de leur propre conservation. Néanmoins, malgré ces torts irrécusables, il demeure évjdentque le développement graduel du système de corruption politique doit être aujourd’hui tout autant imputé aux gouvernés qu’aux gouvernans; non-seulement en ce sens que, si les .uns y re- » courent, les autres l’acceptent, mais surtout en ce que leur état intellectuel commun en rend l’usage malheureusement inévitable. Dans leurs mutuelles relations journalières, les individus ne considèrent plus désormais , comme vraiment solides et efficaces , que les coopérations déterminées par l’intérêt privé : ils ne sauraient donc, sans inconséquence , reprocher aux gouvernemens une conduite analogue pour s’assurer le concours habituel don^ il ont besoin , à une époque où
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le désordre des idées empêche presque toujours de voir nettement en quoi consiste réellement l’intérêt public ; les deux sortes d’action doivent nécessairement comporter des procédés semblables, sauf la seule différence d’intensité. A quelques perturbations, même matérielles, que la société se trouve actuellement exposée, on ne saurait douter, ce me semble, d’après une étude approfondie de cette orageuse situation , que les désastres ne fussent habituellement beaucoup plus graves encore si les divergences individuelles n’étaient contenues, à un certain degré, par l’influence directe des intérêts personnels , à défaut de toute autre voie plus satisfaisante et plus sûre. Quoique très grossier et fort précaire, quoiqu’il ne puisse garantir le présent sans compromettre gravement l’avenir, un tel moyen a cependant l’avantage incontestable de constituer un résultat spontané de la situation à laquelle il s’applique : car, la cause fondamentale qui oblige aujourd’hui à l’emploi passager de la corruption politique, est .aussi celle qui, sous un autre aspect, en a permis le développement; en sorte que, par une évidenteharmonie , cette corruptiou cessera d’être possible sur une graude échelle , aussitôt même que la société commencera à pouvoir comporter une meilleure discipline. Jusque alors , on peut comp-
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ter sur l’inévitable accroissement naturel Je ce misérable expédient , ainsi que le témoigue irrécusablement une expérience constante chez tous les peuples soumis à une longue pratique de ce que l’on nomme aujourd’hui le régime constitu tionnel ou représentatif, toujours forcé d’organiser ainsi une certaine discipline matérielle au milieu d’un profond désordre intellectuel, et par suite, moral. Les juges impartiaux ont seulement le droit, d’exiger que les gouvernemens actuels, au lieu de subir avec une sorte de joie cette fatale nécessité, et de se laisser aveuglément entraîner par l’attrait que doit présenter, à la paresse et à la médiocrité, l’usage immodéré de cette facile ressource, s’empressent désormais, au contraire, de favoriser méthodiquement, d’une manière continue, par les différeus moyens dont ils disposent, la grande élaboration philosophique, à l’issue de laquelle les sociétés modernes pourront finalement entrer dans de meilleures voies.
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Pour concevoir, à cet égard, avec toute leur portée véritable, les tristes exigeances de holre époque, il importe de ne poiut restreindre la notion générale du système de corruption politique aux seules influences purement matérielles qu’on a coutume d’y considérer aujourd’hui; il y faut comprendre indistinctement , comme l’indique
sa définition rationnelle, les divers modes quelconques par lesquels on tente de faire prédominer les motifs d’intérêt privé dans les questions d’intérêt public. Ainsi envisagé, ce système paraîtra beaucoup plus étendu, et à la fois bien plus dangereux, qu’on ne le suppose ordinairement. Je ne fais point seulement allusion à l’emploi des distinctions honorifiques, que tous les observateurs judicieux ont déjà l’habitude d’y joindre, comme capable de déterminer souvent, parla stimulation de la vanité, une corruption encore plus efficace et plus active que la vénalité directe. Mais il s’agit surtout ici de cette action bien autrement profonde, essentiellement propre aux temps actuels, par laquelle l’ensemble des institutions politiques concourt tout entier, d’une manière plus ou moins immédiate, à développer et à satisfaire , chez tous les individus doués de quelque énergie, les différentes sortes d’ambition. Sous ce rapport capital, non moins que sous le précédent, l’état présent de la société est éminemment corrupteur. En même temps que l’anarchie intellectuelle y a dissous tous les préjugés publics destinés à contenir l’essor des prétentions privées, l’irrévocable décomposition de l’ancienne classification sociale y a pareillement supprimé les diverses barrières qui s’opposaient au débordement
des ambitions individuelles, désormais indistinctement appelées, au nom du progrès, à la plus complète extension politique. Entraînés par cette irrésistible tendance, les gouvernemens ont dû s’efforcer graduellement d’y satisfaire de plus en plus, en multipliant outre mesure les diverses fonctions publiques, en rendant chaque jour leur accès plus facile, et en renouvelant les titulaires aussi fréquemment que possible. Cédant d’abord à la nécessité, ils ont ensuite spontanément tenté de la convertir, par un développement artificiel et systématique, en une ressource générale, qui pouvait permettre d’intéresser à leur propre conservation la plupart des ambitieux actifs, ainsi associés à l’exploitation nationale.il serait d’ailleurs inutile, d’insister ici sur les dangers évidens que présente, par sa nature, un tel expédient politique, envisagé même uniquement sous le point de vue étroit de l’intérêt spécial des gouvernemens; car, il doit nécessairement provoquer beaucoup plus de prétentions qu’il n’en peut satisfaire , et , par suite , soulever, contre le régime établi , des passions bien autrement intenses que celles qui l’appuient. On conçoit , en outre , que -l’application de ce procédé tend naturellement à le développer, d’une manière en quelque sorte indéfinie, qui ne saurait être limitée que
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par l’avénement d’une vraie réorganisation sociale. A considérer, par exemple, l’ensemble des choix faits, depuis un demi-siècle, même pour les plus éminentes fonctions politiques, la plupart de nos ambitieux ne doivent-ils point, en effet , conserver aussi quelque espoir raisonnable d’obtenir, à leur tour, une élévation ainsi motivée? Un tel espoir, convenablement entretenu chez tous les hommes politiques, constitue même évidemment l’un des principaux artifices pratiques habituellement employés par les gouvernemens pour maintenir aujourd’hui un certain ordre factice.
La métaphysique révolutionnaire a , sans doute, directement fourni, comme je l’ai expliqué, le dissolvant universel qui a fini par nécessiter* ce dangereux régime. Mais toutes nos écoles, politiques participent inévitablement, chacune à sa manière , à son développement continu. Quant à la politique stationnaire, qui dirige principalement aujourd’hui l’action régulière, elle consacre d’abord , encore bien plus formellement que la doctrine critique elle-même , cette situation transitoire comme le type indéfini de la perfection sociale; prenant les moyens pour le but , elle érige, par exemple, l’égale admissibilité de tous les individus à toutes les fonctions publiques, en destination finale du mouvement général des so-
ciétés modernes. Enfin , par une influence qui lui ' est essentiellement propre, elle aggrave directement la tendance corruptrice de l’cpoque actuelle , en liant de plus en plus les vaines conditions d’ordre qu’elle s’efforce d’instituer à la simple possession de la fortune, considérée même sans aucun égard au mode quelconque d’acquisition effective. En ce qui concerne la politique rétrograde , il est aisé de constater que, malgré ses orgueilleuses prétentions à la pureté morale, elle n’est pas aujourd’hui moins réellement corruptrice que ses deux antagonistes, ainsi que l’expérience l’a, sans doute, hautement témoigné. Le genre spécial de corruption qui lui appartient sur tout, consiste dans l’hypocrisie systématique, dont elle a eu tant besoin depuis que la décomposition du régime catholico-féodal est devenue assez profonde pour ne plus comporter, chez la plupart des esprits cultivés, que des convictions faibles et incomplètes. Dès l’origine de l’époque révolutionnaire, au seizième siècle, on a pu voir se développer, principalement dans l’ordre religieux, ce système d’hypocrisie de plus en plus élaboré , qui consentait aisément, d’une manière plus ou moins explicite, à l’émancipation réelle de toutes les intelligences d’une certaine portée , sous la seule condition, au moins tacite, d’aider à prolonger la sou-
mission des masses : telle fut, éminemment j la politique des jésuites (i). Ainsi, l’école rétrograde a réellement subi , sous ce rapport, depuis plus long-temps qu’aucune autre, et sous une forme qui n’est pas, certes, moins dangereuse, la fatalité commune, propre à notre état social. Serait-il possible, en principe, qu’une politique quelconque ne dût point nécessairement recourir davantage à la corruption , à mesure qu’elle est plus directement opposée au mouvement général de la société qu’elle prétend régir?
Il résulte donc , de l’ensemble de ces explications, que l’obligation de maintenir une certaine discipline matérielle malgré l’absence de toute véritable organisation spirituelle, a dû conduire la politique à employer de plus en plus , comme ressort provisoire , indispensable quoique funeste, la corruption systématique, d’ailleurs spontanément issue de l’anarchie intellectuelle. A défaut d’autorité morale, l’ordre matériel exige, de toute
(l) Ce machiavélisme théologique a dû être radicalement ruiné # lorsque la propagation du mouvement philosophique l’a iinalcment obligé, comme on le voit aujourd’hui, h étendre graduellement un tel privilège h tous les esprits actifs. Il en est résulté, en effet, cette sorte de mystification réciproquement universelle, où, dans les classes même les moins cultivées, chacun reconnaît la religion indispensable chez les autres, quoique superflue pour lui. Telle est, nu fond, l’étrange issue définitive de trois siècles d’une laborieuse résistance au mouvement fondamental de la raison humaine.'
nécessité, ou l’usage de la terreur, ou le recours à la corruption : or, ce dernier moyen , outre qu’il est aujourd’hui seul susceptible de quelque durée, présente , sans doute , après un scrupuleux examen , de moindres inconvéniens , comme étant mieux adapté à la nature des sociétés modernes, qui ne permet à la violence que des succès très passagers. Mais, tout en reconnaissant, du point de vue scientifique, ce qu’il y a d’inévitable et d’involontaire, à cet égard, dans la politique actuelle, il est impossible de ne point déplorer, avec une certaine amertume, le profond aveuglement qui empêche aujourd’hui les divers pouvoirs sociaux de faciliter autant que possible l’évolution intellectuelle et morale, qui pourra seule dispenser enfin d’un expédient aussi dégradant et aussi insufiisant. 11 semble , au contraire , que leshomines d’état de tous les partis se soient maintenant concertés pour interdire, de toutes leurs forces , cette unique voie de salut , en frappant indistinctement d’une stupide réprobation absolue toute élaboration quelconque des théories sociales. Toutefois, cette aberration commune ne constitue elle-même, comme je vais le montrer, qu’une nouvelle conséquence générale, non moins nécessaire et aussi caractéristique que les précédentes , de l’état présent des populations les plus civilisées.
Le troisième symptôme essentiel de notre situation sociale consiste, en effet, dans la prépondérance toujours croissante du point de vue purement matériel et immédiat à l’égard de toutes les questions politiques. En manifestant, avec une irrécusable évidence, la profonde insuffisance des diverses théories actuelles , l’expérience contemporaine a malheureusement développé , par une réaction inévitable, une irrationnelle répugnance absolue , aujourd’hui presque unanime , contre toute sorte de théories sociales. Il ne s’agit pas seulement ici de l’antagonisme général et spontané entre la pratique et la théorie, simplement aggravé par l’état d’enfance où languit encore la science sociale , suivant une explication rappelée au début de ce chapitre. La funeste tendance que je veux signaler’est à la fois plus spéciale et plus profonde, essentiellement propre à la situation transitoire des sociétés actuelles. Dès l’origine même de l’ère révolutionnaire, il y a trois siècles, elle a commencé à se faire sentir, de la manière la moins équivoque, aussitôt que, le pouvoir spirituel ayant été partout annulé ou absorbé par le pouvoir temporel, toutes les hautes spéculations sociales ont dû être ainsi de plus en plus livrées désormais à des esprits essentiellement dominés par la préoccupation continue des
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affaires journalières. Cette indication historique suffit ici pour faire comprendre que les peuples et les rois ont dû pareillement concourir à la prépondérance graduelle d’une semblable disposition, nécessairement commune à toutes nos diverses écoles politiques , qui , sous ce rapport , méritent aujourd’hui , quoiqu’à divers titres, des reproches à peu près équivalons.
Après avoir reconnu que la crise fondamentale des sociétés actuelles dérive surtout', en dernière analyse, de l’anarchie intellectuelle, dont la résolution , par une philosophie convenable , constitue ainsi le premier besoin de notre temps, on ne saurait trop déplorer cette irrationnelle unanimité du monde politique, qui, en proscrivant les recherches spéculatives, tend directement à interdire la seule issue réelle que puisse finalement comporter une telle situation. Depuis un demisiècle que la réorganisation sociale a été si vainement entreprise , cette fausse voie a conduit à une foule d’essais successifs, qui, malgré leur insuffisance expérimentalement constatée, ont toujours été renouvelés dans le même esprit vicieux. Au lieu de s’occuper d’abord des doctrines relatives au nouvel ordre social, et ensuite des moeurs correspondantes, on s’est uniquement borné à la construction directe des institutions définitives ,
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eu un temps où l’état de l’esprit humain indique avec tant d’évidenee la seule possibilité d’institutions purement provisoires, réduites aux objets les plus indispensables, et n’ayant d’autre prétention d’avenir que de faciliter, autant que possible, l’évolution intellectuelle et morale qui devra déterminer enfin une vraie régénération politique. Toute l’élaboration qualifiée de constituante a dès-lors essentiellement consisté , en réalité , à morceler plus ou moins les anciens pouvoirs politiques , à organiser minutieusement entre eux des antagonismes factices et compliqués , à les rendre aussi de plus en plus précaires et amovibles, en les soumettant toujours davantage à des élections temporaires, etc.; mais sans jamais avoir changé, au fond, faute d’une véritable doctrine sociale, la nature générale du régime ancien , ni l’esprit qui préside à son exercice. En un mot , on s’est surtout occupé de contenir méthodiquement les divers pouvoirs ainsi conservés , au risque de les annuler, et l’on a continué à laisser entièrement indéterminés les principes destinés à diriger leur application effective. Ce travail subalterne et irrationnel, dans lequel la seule division politique vraiment capitale avait même été profondément écartée, a été ensuite pompeusement décoré du nom de constitution, et toujours voué à l’éternelle
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admiration de la postérité ! Quoique la durée moyenné de ces prétendues constitutions n’ait été jusqu’ici que de dix ans au plus, chaque nouveau régime , malgré que sou premier titre fût toujours l'insuffisance radicale du précédent, n’a jamais manqué jusqu’ici d’imposer, à son tour, sous des peines plus ou moins graves , l’uniforme obligation d’une foi générale à son triomphe absolu et indéfini. C’est ainsi que tous ces vains lâtonnemens empiriques, dont la succession , quelle qu en soit l’invariable monotonie, serait , par sa nature, inépuisable, ont manifesté constamment une déplorable efficacité pour entraver profondément la vraie réorganisation sociale , soit en détournant les forces de l’esprit humain sur de puériles questions de formes politiques , soit aussi en empêchant directement, même par voie d’interdiction légale, les spéculations et les discussions philosophiques qui doivent finalement dévoiler les principes essentiels de cette réorganisation. Par cette double influence, le principal caractère de la maladie a été dissimulé autant que possible , et toute solution graduelle et paisible est devenue presque impraticable. Comment des esprits , domines par une aberration aussi vicieusement systématique, peuvent-ils se faire illusion au point de se croire exempts de tous préjugés spéculatifs , et
comment osent-ils en proscrire avec dédain i’élaboration rationnelle, lorsque eux-mêmes poursuivent la plus dangereuse et la plus absurde de toutes les utopies politiques , la construction directe d’un système général de gouvernement qui ne reposerait sur aucune véritable doctrine sociale ! Une telle disposition serait , en effet, inexplicable aujourd’hui sans le ténébreux ascendant de la philosophie métaphysique, qui dénature et confond profondément toutes les notions politiques, comme elle le faisait jadis, pendant son triomphe passager, dans les autres ordres de conceptions humaines.
Cette vaine prépondérance métaphysique des considérations purement matérielles, si abusivement qualifiées de pratiques, puisqu elles conduisent à d’impraticables fictions, n’est pas seulement nuisible, d’une maniéré directe, au principal progrès politique des sociétés modernes : elle présente aussi, ce qui devrait toucher davantage les gouvernemens, de graves etimminens dangers pour l’ordre proprement dit, comme il est aisé de le reconnaître sommairement. Il en résulte effectivement la tendance universelle à rapporter uniformément tous les maux politiques
a 1 imperfection des institutions, au lieu de les attribuer surtout aux idees et aux mœurs sociales, qui sont aujourd’hui le siège fondamental de la
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maladie principale. De là, les efforts successifs, toujours essentiellement stériles, que nous avons vus jusqu’ici, et que nous reverrons, sans doute, trop souvent encore, pour chercher indéfiniment le remède dans des altérations de plus en plus profondes des institutions et des pouvoirs existans , sans que l’inanité des tentatives antérieures éclaire jamais suffisamment des esprits ainsi fourvoyés , auxquels la moindre modification nouvelle inspirera facilement, quand le mal sera plus vivement senti, une aveugle ardeur vers le funeste renouvellement d’essais analogues : tant sont faibles et infructueuses, surtout en politique, les leçons si vantées de la simple expérience, lorsque les résultats n’en sont point éclairés par une analyse vraiment rationnelle. On ne me supposera point, sans doute, l’intention de condamner ici toute modification politique proprement dite , même prochaine, avant l’époque finale où l’ensemble du système politique devra être entièrement régénéré, d’après l’application graduelle d’une nouvelle doctrine sociale , quand une fois cette doctrine aura été convenablement produite. Des modifications plus ou moins profondes à l’ordre politique actuel deviendront auparavant inévitables, et même indispensables, ne fût-ce qu’aiîn de rendre cet ordre plus progressif et
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mieux compatible avec l’évolution fondamentale, quoiqu’il ne faille pas d’ailleurs attacher, à ces transformations provisoires, une importance prépondérante, et qu’on doive surtout soigneusement empêcher qu’elles ne détournent du but principal. Mais ces modifications elles-mêmes, pour être pleinement conformes à leur vraie destination finale, devront être toujours dirigées par une première élaboration philosophique de l’ensemble de la question sociale. A plus forte raison, leur considération exclusive, ou seulement prépondérante, doit-elle être aujourd’hui regardée comme constituant directement une irrationnelle subversion de la vraie solution générale.
Il est d’ailleurs incontestable, à mes yeux , que cette vicieuse préoccupation des institutions proprement dites, au préjudice des pures doctrines, outre ce qu’elle a maintenant d’évidemment prématuré , engendre aussi d’autres erreurs plus fondamentales, d’une nature permanente, en conduisant, même dans l’avenir social, à régler indéfiniment par l’ordre temporel ce qui dépend surtout de l’ordre spirituel. Par suite de l’aberration fatale qui, depuis trois siècles, a fait universellement négliger celte distinction capitale, les divers gouvernemens européens ont porté l’inévitable peine de leur aveugle participation à
l’établissement d’une telle contusion , en devenant dès lors uniformément responsables de tous les maux des sociétés, de quelque source qu’ils fussent en effet dérivés. Malheureusement, cette illusion est encore plus nuisible à la société elle-même, par les perturbations et les désappointemens plus ou moins graves qu’elle y cause fréquemment aujourd’hui. Ce danger n’a jamais été plus évident et plus prononcé qu’à l’égard des attaques violentes et anarchiques dont les discussions contemporaines ont si souvent menacé l’institution fondamentale de la propriété. Après avoir d’abord judicieusement analysé ces critiques déclamatoires, tous les bons esprits devront convenir, ce me semble, que les inconvéniens tant reprochés à cette institution présentent, malgré l’exagération manifeste de plaintes semblables, une irrécusable réalité , qui mérité qu on s occupe convenablement d’y remédier, autant que le comporte la nature essentielle de l’état social moderne. Mais ils reconnaîtront aussi que les principaux remèdes sont ici nécessairement du ressort direct des opinions et des mœurs , sans que les réglemens politiques proprement dits y soient susceptibles d’aucune efficacité vraiment fondamentale; puisque tout se réduit surtout aux préjugés et aux usages publics qui , d’après une sage ap-
prédation philosophique de l’ensemble du sujet, doivent habituellement diriger, dans l’intérêt sodal, l’exercice effectif de la propriété, en quelques mains qu’elle réside. On voit ainsi combien est profondément perturbatrice, et en même temps" vaine et aveugle, cette tendance universelle des esprits actuels a tout rapporter aux institutions politiques, au lieu d’attendre surtout de la réorganisation intellectuelle et morale ce qu’elle seule peut donner. Les mêmes remarques pourront s’appliquer aux critiques analogues dirigées de nos jours contre l’institution du mariage, et en divers autres cas d’une importance majeure. Partout il sera facile de reconnaître combien est absurde et funeste ce puéril esprit réglementaire qui, uniquement occupé de l’ordre matériel, tendrait au bouleversement total de la société dans la vue d’apporter, à tout prix , à un inconvénient partiel ou mal apprécié, un remède essentiellement illusoire. Telle est néanmoins, à cet égard, la disposition si unanime des intelligences actuelles que les gouvernemens, partageant eux-mêmes l’erreur commune, ne savent habituellement en comprimer le dangereux essor qu’en étouffant brusquement la discussion, aussitôt qu’elle commence à devenir alarmante : mais ce'brutal expédient, quoique pouvant être
provisoirement indispensable , ne saurait certainement suffire; il se borne évidemment à ajourner la difficulté, sans la résoudre en aucune manière, ou plutôt en l’aggravant beaucoup.
Ainsi, relativement à l’ordre, autant qu’à l’égard du progrès , il y a de graves et imminens périls, les uns indirects, les autres directs, dans l’ballucination fondamentale qui règne àujourd’Iiui, avec une si déplorable universalité, sur la "vraie nature de la maladie sociale, regardée comme exclusivement physique, tandis qu’elle est surtout morale. Pendant que la théorie est principalement en souffrance, puisque aucune notion sociale n’est aujourd’hui fermement établie , l’esprit humain , détourné de ce premier but essentiel, est étroitement absorbé par l’unique considération de la pratique, où son action, dépourvue de toute direction rationnelle, devient, de toute nécessité, profondément perturbatrice. C’est surtout l’influence de cette aberration générale qui amoindrit de plus en plus, en réalité, la politique actuelle, de manière à n’y permettre qu’une très imparfaite et très précaire satisfaction, soit à l’ordre, soit au progrès, dont les véritables voies sont ainsi directement méconnues. Depuis que les modifications principales des anciennes institutions ont été vainement introduites ou es-
sayées , sans que le malaise fondamental ait cessé de se faire sentir, les idées immédiates de progrès politique tendent ainsi à se restreindre graduellement désormais à de misérables substitutions de personnes, que ne dirige aucun plan véritable, ce qui constitue, pour ainsi dire, la plus honteuse dégradation politique, en tendant d’ailleurs à précipiter évidemment la société dans uneinépuisable succession d’inutiles catastrophes. Pareillement , quant à l’ordre purement matériel , le seul dont on s’occupe aujourd’hui, son maintien habituel se trouve confié à un pouvoir regardé comme hostile, et continuellement affaibli par un antagonisme systématique, dont le développement spontané ne profite le plus souvent qu’à l’esprit d’anarchie, auquel chaque changement politique ouvre, d’ordinaire, de nouvelles voies légales. L’aveugle préoccupation exclusive du point de vue journalier ne permet plus habituellement le concours effectif des divers agens principaux d’un tel mécanisme, qu’à l’instant même où l’apparition directe de l’anarchie matérielle vient suspendre momentanément leurs vaines contestations, qui, après chaque orage, reprennent bientôt leur cours inévitable, jusqu’à ce que cette désorganisation successive détermine enfin une catastrophe, que personne, le plus souvent.
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u’a prévue , quelque imminente qu’elle dût sembler à tout observateur clairvoyant. Telles sont, sans doute, nécessairement les conséquences générales de l'irrationnelle disposition qui circonscrit aujourd’hui de plus en plus le champ des combinaisons politiques dans les seules considérations matérielles et immédiates, en écartant toute large spéculation d’avenir social. On peut ainsi juger clairement si l’analyse philosophique, qui représente l’anarchie intellectuelle comme la principale cause originaire de notre maladie sociale, est eu effet aussi dépourvue d’utilité réelle et directe que l’osent prétendre les vaius détracteurs de toute théorie politique.
Un quatrième aspect général, suite et complément naturel des trois précédens, achève enfin de caractériser ici l’ensemble nécessaire de notre déplorable situation sociale, en montrant que la classe d’esprits auxquels une telle situation tend spontanément à conférer aujourd’hui la priucipale influence politique, doit être, d’ordinaire, profondément incompétente, et même essentiellement antipathique, à l’égard d’une véritable réorganisation : en sorte qu’une dernière illusion fondamentale des sociétés actuelles , et ce n’est pas certes la moins fatale, consiste à attendre vainement la solution du problème, de ceux-là
i ( inouïe
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memes qui ne peuvent être propres qu’à l’enlravcr inévitablement.
Par un premier aperçu de ce sujet, on voit d’abord aisément , d’après les diverses explications précédentes, que la démolition graduelle de toutes les maximes sociales, et, en même temps, l’amoindrissement continu de l’action politique, tendent nécessairement déplus en plus, chez les divers partis actuels, à écarter d’une telle carrière les amcs élevées et les intelligences supérieures, pour livrer surtout le monde politique à la domination spontanée du charlatanisme et de la médiocrité. L’absence de toute conception nette et large de l’avenir social ne permet guère d’essor aujourd’hui qu’à l’ambition la plus vulgaire, à celle qui, dépourvue de toute destination vraiment politique, recherche instinctivement le pouvoir, , non pour faire plus utilement prévaloir ses vues générales, mais uniquement comme moyen de satisfaire, le plus souvent, une ignoble avidité, et quelquefois, dans les cas les moins défavorables, un besoin puéril du commandement. A aucune autre époque , sans doute, la médiocrité présomptueuse et entreprenante n’a pu jamais avoir des chances aussi heureuses et aussi étendues. Tant que de vrais principes sociaux ne présideront point, soit à la direction de l’action politique, soit à l’appréciation de son
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exercice habituel, le plus absurde ch qjrlatanisme pourra toujours, par la magnificence de ses promesses, obtenir, auprès d’une société souffrante, privée de tout espoir rationnel , un certain succès momentané, malgré l’évidente inanité des divers * essais antérieurs. Le nivellement provisoire, qui n’a d’autre destination finale que de permettre le libre avènement graduel des vrais organes ultérieurs du nouveau système social, ne sert encore, en réalité, qu’à l’intronisation successive d’éphé- • mères coteries , qui viennent , tour à tour , témoigner, aux yeux du public, de leur profonde insuffisance politique, sans.que cette surabondante confirmation puisse jamais écarter de nouveaux compétiteurs analogues, dont la succession serait naturellement inépuisable. D’un autre côté, la dispersion légale de l’action politique, la neutralisation systématique des divers pouvoirs, toujours préoccupés du soin difficile de leur propre conservation actuelle, et enfin les changemens personnels devenus de plus en plus fréqueqs, tout ce concours d’entraves, soit calculées, soit spontanées, ne doit-il pas éloigner avec dégoût toute noble et rationnelle ambition, presque assurée d’avance qu’on lui interdira la plénitude et la continuité d’ascendant indispensables à l’utile réalisation de, ses plans généraux? Toutefois, il