TOME IV
logicjues, et même, par une suite nécessaire, an système entier des théories positives. Le sujet permanent de la science pourra être ainsi considéré, en philosophie politique, comme radicalement conforme à l’objet fondamental de l’art : les mêmes relations y étant envisagées sous deux points de vue distincts mais pleinement équiva- , lens, avec les seules différences naturelles de l’abstrait au concret, et de la spéculation à- l’action. Une science qui, au fond, aura constamment en vue, d’après ces explications, l’étude positive des lois réelles de l’ordre et du progrès , ne saurait être taxée d’une présomptueuse témérité spéculative, par les hommes d’action doués de quelque portée intellectuelle, lorsqu’elle prétendra pouvoir seule fournir les véritables bases rationnelles de l’ensemble des moyens pratiques applicables à la satisfaction effective de ce double besoin social : cette correspondance nécessaire finira , sans doute , par être jugée essentitlfement analogueà l’harmonie générale, désormais unanimement admise en principe quoique fort imparfaitement développée encore, entre la science biologique et le système des arts qui s’y rapportent, surtout l’art médical. Enfin , il serait, je crois, superfludefaire expressément remarquer ici, à raison de sa haute évidence, la propriété spontanée que
présente directement cette première conception philosophique de la sociologie positive, de lier désormais, d’uhe manière indissoluble, comme je l’ai annoncé au début de ce volume, les deux idées également fondamentales de l’ordre et du progrès, dont no ns avons* reconnu, dans la quarante-sixième leçon ÿ que la déplorable opposition radicale constitue, en réalité, le principal symptôme caractéristique de la profonde perturbation des sociétés modernes. On ne saurait douter que, dès-lors, ces deux notions élémentaires, après avoir été isolément consolidées, n’acquièrent* ainsi, par leur intime fusion rationnelle, une consistance intellectuelle inébranlable; puisqu’elles pourront , par là , devenir aussi nécessairement inséparables que le sont aujourd’hui, en philosophie biologique , les idées de l’organisation et de la vie, dont le dualisme scientifique procède exactement du même principe de philosophie positive. Les diverses propriétés essentielles que je viens d’indiquer se développeront naturellement dans la suite, à mesure que la philosophie positive manifestera graduellement, par l’étude rationnelle des phénomènes sociaux, son esprit aussi profondément organisateur que hautement progressif, au lieu de l’influence perturbatrice ou, décourageante que de vains préjugés lui supposent
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encore trop souvent. Mais il m’a paru nécessaire de signaler ici sommairement le premier "germe scientifique de ces importans attributs. *
D’après cette conception fondamentale, en définissant d’abord , suivant l’ordre méthodique j l’ènsemble des lois purement statiques de l’organisme social , le vrai principe philosophique qui leur est propre me semble directement consister dans la notion générale de cet inévitable consensus universel qui caractérise les phénomènes quelconques des corps vivans , et que la vie sociale ^manifeste nécessairement au plus haut degré. Ainsi conçue, cette sorte d’anatomie sociale, qui constitue la sociologie statique, doit avoir pour objet permanent l’étude positive, à la fois expérimentale et rationnelle, des actions et réactions mutuelles qu’exercen t con tinuellement les un es sur les autres toutes les diverses parties quelconques du système social, en faisant scientifiquement, autant que. possible, abstraction provisoire du mouvement fondamental qui les modifie toujours graduellement. Sous ce premier point de vue, les prévisions sociologiques, fondées sur l’exacte connaissance générale de ces relations nécessaires, seront proprement destinées à conclure les unes des autres, en conformité ultérieure avec l’ebser-
valion directe, ies diverses indications statiques
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relatives à chaque mode d’existence sociale, d’une manière essentiellement 'analogue à ce qui se passe habituellement aujourd’hui en anatomie individuelle. Cet aspect préliminaire de la science politique suppose donc évidemment, de toute nécessité , que , contrairement aux habitudes philosophiques actuelles , chacun des nombreux élé- ...»
mens sociaux, cessantd’êtreenvisagéd’unemanièfte absolue et indépendante, soit toujours exclusivementconçu comme relatif à tous les autres, a^ecfesquels une solidarité fondamentale doit sians cesse . r \ ,
le combiner intimement. 11 serait, à mon gré, * __
superflu de faire expressément ressortir ici- la '
haute utilité continue d’une telle doctrine socio- - *
logique : car, elle doit d’abord servir, évidem- *
meut, de base' indispensable à l’étude définitive» '•£ -5 .
du mouvemeut social , dont la conception rationnelle suppose préalablement la pensée continue de la conservation indispensable de l’organisme correspondant; mais, en outre, elle peut être, par elle-même, immédiatement, employée à suppléer souvent, du moins provisoirement, àfj’ob'servation directe, qtii , en beaucoup de cas saqrait avoir lieu constamment pour certain! mens sociaux , dont l’état réel pQurra néanmoî se trouver ainsi suffisamment apprécié, d’après leurs relations scientifiques ai»ec d’autres déjà
connus. L’histoire des sciences peut surtout donner, dès ce moment, quelque idée de l’importance habituelle d’un tel secours, en rappelant, par exemple, comment les vulgaires aberrations des érudits sur les prétendues connaissances en astronomiesupérieure attribuées aux anciens Égyptiens ont été irrévocablement dissipées, avant même qu’une plus saine érudition en eût fait justice, par la seule considération rationnelle d’une relation indispensable de l’état général delascience astronomique avec celui de la géométrie abstraite, alors évidemment dans l’enfance; il serait aisé de citer une foule de cas analogues, dont le carac-
Itère philosophique serait irrécusable. On doit d’ailleurs noter, à ce sujet, pour ne rien exagérer, que ces relations nécessaires entre les divers aspects sociaux 11e sauraient être, par leur nature, tellement simples et précises que les résultats observés n’aient pu jamais provenir que d’un mode unique de coordination mutuelle. Une telle disposition d’esprit, déjà évidemment trop étroite en biologie, seraitsurtoutessentieliement contraire à la naturcencoreplus complexe des spéculationssociologiqu es. Mais il est clair que l’exacte appréciation générale de ces limites de Variation, normales et même anormales, constitue nécessairement alors, au moins autant qu’en anatomie individuelle, un
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indispensable complément de chaque théorie de sociologie statique, sans lequel l’exploration indirecte dont il s’agitpourraitsouvent devenir erronée.
. décrivant point ici un traité spécial de philosophie politique, je n’y dois point méthodiquement établir la démonstration directe d’une telle solidarité fondamentale entre tous les aspects possibles de l’organisme social , sur laquelle d’ailleurs il n’existeguère maintenant' , au moins en principe , de divergences capitales parmi les bonsesprits. De quelque élément social que l’on veuille partir, chacun pourra aisément reconnaître, par un utile exercice scientifique, qu’il touche réellement toujours, d’une manière plus ou moins immédiate, à l’ensemble de tous les autres, même de ceux qui eu paraissent d’abord le plus independans. La considération dynamique du développement intégral et continu de l’humanité civilisée permet , sans doute , d’opérer avec plus d’efficacité cette intéressante vérification du consensus social , en montrant avec évidence la réaction universelle, actuelle ou prochaine, de chaque modification spéciale. Mais celte indication pourra constamment être précédée , ou du moins suivie , par une conlir - - malion purement statique; car, en politique, comme en mécanique , la communication des mouvemens prouve spontanément l’existence des liai^
sons nécessaires. Sans descendre, par exemple, jusqu’à la solidarité trop intime des diverses branches de chaque science ou de chaque art, n’est-il pas évident que les différentes sciences sont entre elles, ou presque tous les arts entre eux , dans une * telle connexité sociale, que l’état bien connu d’une seule partie quelconque, suflisamment caractérisée, permet de prévoir, à un certain degré, avec nue vraie sécurité philosophique, l’état général correspondant de chacune des autres, d’après les lois d’harmonie convenables? Par une considération plus étendue, on conçoitégalement l’indispensable relation continue qui lie aussi le système des sciences à celui des arts, pourvu qu’on ait toujours soin de supposer , comme l’exige clairement la nature du sujet, une solidarité moins . intense à mesure qu’elle devient plus indirecte.
11 en est évidemment de même quand, au lieu d’envisager l’ensemble des phénomènes sociaux au sein d’une nation unique , on l’examine si- • multanément chez diverses nations contemporaines, dont la continuelle influence réciproque ne saurait être contestée, surtout dans les temps modernes, quoique le consensus doive être ici, d’ordinaire, moins prononcé, à tous égards , et décroître d’ailleurs graduellement avec l’aflinité des cas et la multiplicité des contacts, au point de
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s’effacer quelquefois presque entièrement, comme, par exemple , entre l’Europe occidentale et l’Asie orientale, dont les divers états généraux de société paraissent jusqu’ici à peu près indépendans.
Sans, insister davantage sur des notions élémentaires aussi peu contestables , je dois ici me borner, à ce sujet, à caractériser sommairement le seul cas essentiel où la solidarité fondamentale soit encore, sinon directement niée en principe, du moins profondément méconnue, et même radicalement négligée, en réalité. Ce cas est, malheureusement, le plus important de tous, puisqu’il concerne directement l’organisation sociale proprement dite , dont la théorie continue jusqu’à présent à être essentiellement conçue, d’une manière absolue et isolée, comme indépendante xle l’analyse générale de la civilisation correspondante , dont elle ne peut cependant que constituer l’un des principaux élémens. Un tel vice appartient presque également aujourd’hui aux écoles politiques les plus opposées, soit tbéologiques, soit métaphysiques, qui toutes s’accordent ordinairement à disserter abstraitement sur le régime politique , sans penser à l’état co-relatif de civilisation , -et aboutissent même le plus souvent, dans leurs vaines utopies .immuables, à faire coïncider
leur type politique le plus parfait avec l’enfauce
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plus ou moins prononcée du développement humain. Pour mieux apprécier , d’un seul aspect , dans toute sa portée, l’ensemble de cetteaberration habituelle, il faut, ce me semble, en poursuivant le cours rigoureux d’une exacte analyse historique, remonter jusqu’à sa véritable source philosophique, qui consiste essentiellement, à mes yeux, dans ce fameux dogme théologique où l’on rattachele développement général de la civilisation humaine à une prétendue dégradation originelle de l’homme. Ce dogme fondamental, que toutes les religions reproduisent, sous une forme quelconque, et dont la prépondérance intellectuelle devait toujours être secondée spontanément par le penchant ordinaire de notre nature à l’involontaire admiration du passé , conduit, en effet , d’une manière directe et nécessaire, à faire constamment coïncider la détérioration continue de la société humaine avec l’extension croissantede sa civilisation. Quand la philosophie théologique est graduellement passée à l’état métaphysique , ce dogme primitif a de plus en plus tendu à se transformer finalement, comme je l’ai déjà indiqué, en cette célèbre hypothèse, radicalement équivalente, qui sert encore de principale base systématique à la politique métaphysique , d’un chimérique état de nature, supérieur à l’ctat social, et dont le dé-
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veloppement de la civilisation nous éloigne toujours davantage. On ne saurait ainsi méconnaître l'extrême gravité philosophique , et par suite même politique, d’une aberration aussi profondément enracinée dans l’intime constitution scientifique des diverses doctrines existantes, et qui, sans être désormais directement formulée et soutenue en principe général, continue cependant à dominer essentiellement l’ensemble des spéculations sociales, souvent d’ailleurs à l’insu de la plupart de ceux qui s’y livrent.
11 serait néanmoins impossible que cette irrationnalité capitale résistât long-temps aujourd’hui à une saine discussion philosophique, car elle est en contradiction évideute avec beaucoup de notions de philosophie politique, qui, sans avoir pu encore acquérir une vraie consistance scientifique, obtiennent graduellement un certain ascendant intellectuel , soit en vertu deséclaircissemens spontanés qui ressortent du cours naturel des événemens, soit à cause du propre développement actuel de la raison publique. C’est ainsi que tous les publicistes éclairés reconnaissent maintenant une certaine solidarité partielle entre les diverses institutions politiques proprement dites, d’après laquelle quelques-unes s’exclueut mutuellement, tandis que d’au 1res s’appuient et même s’appellent réci-
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proquemeut : ce devait être là, sans cloute, le premier pas direct vers la notion rationnelle du consensus fondamental du système spécial de ces institutions avec le système total de la civilisation humaine; puisque, dès lors, la seule vérification de cette co-relation, sous quelques rapports déterminés, suffit aussitôt pour en autoriser l’extension spontanée, quoique indirecte, à tous les sujets dont l’harmonie avec ceux-là est déjà reconnue, ce qui doit heureusement tendre aujourd’hui à multiplier, aussi bien qu’à simplifier, les moyens généraux de démonstration en philosophie politique. Je dois même signaler ici, comme indiquant une disposition intellectuelle encore plus rapprochée du véritable esprit de la statique sociale, cette reconnaissance, maintenant admise par les penseurs les plus avancés, surtout en France et en Allemagne, d’une constante solidarité nécessaire en Ire le pouvoir politique et le pouvoir civil : ce qui signifie, en langage positif, que les forces sociales prépondérantes finissent inévitablement par devenir aussi dirigeantes, ainsi que je l’énonçais, en 1822, dans mon Système de politique positive. Mais, quelle que soit l’évidente utilité actuelle de ces intéressants aperçus partiels, à titre d’éducation sociologique préliminaire de la raison publique, ce serait néanmoins profondément méconnaître les
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difficiles et impérieuses obligations de la méthode vraiment scientifique que de se croire aucunement dispensé, par ces heureux tâtonnemens, de la conception directe et rationnelle du consensus général de l’organisme social, laquelle se trouve ainsi seulement préparée, surtout en ce qui concerne sa vulgarisation finale. Un exemple pleinement décisif doit, cerne semble, faire aisément .
comprendre que ces vagues indications isolées, plutôt littéraires que scientifiques, ne sauraient jamais, malgré leur importance provisoire, suppléer à l’accomplissement réel de cette sévère prescription philosophique : car, depuis Aristote, et même avant lui, la plupart des philosophes ont constamment reproduit le célèbre aphorisme de la subordination nécessaire des lois aux mœurs, sans que ce premier germe de la saine philosophie politique les ait toutefois nullement empêchés d’envisager habituellement , pendant vingt siècles, le système des institutions comme essentiellement indépendant de l’état simultané de la civilisation, quelque flagrante que dût être , par sa nature, une telle contradiction générale. Suivant le cours naturel de toutes choses humaines, les principes intel-
lectuels et les opinions philosophiques, tout autant que les mœurs sociales et les institutions politiques, subsistent nécessairement, en général , mal-
gré leur caducité constatée et leurs inconvéniens reconnus , quand une fois ils o§t pris réellement possession des esprits, en donnant lieu seiiïeiftent' à des inconséquences déplus en plus grayes, jusqu’à' ce que le développement fondamental de la raison humaine ait pu produire enfin de nouveaux principes , d’une généralité équivalente, et d’ribe rationnalité supérieure : car, dans l’ordre intellectuel, non moins que dans l’ordre matériel* l’hotôme éprouve, par-dessus tout, l’indispensable besoin d’une suprême direction quelconque, susceptible de soutenir son activité continue en ralliant fixement ses efforls spontanés. Aussi, saats méconnaître nullement la valeur passagère des divers essais de philosophie politique que jemens d’indiquer,je ne dois point hésiter à les regarder franchement comme non avenus aujourd’hui pour l’élaboration directe de l’esprit fondamental propre à la sociologie statique, où ils ne peuvent même aucunement servir désormais à concevoir rationnellement la haute participation nécessaire de l’ensemble du régîme.politique au consensus universel de l’organisme Social.
Dans la suite éntiêire de ce volume , l’application spontanée et continue d’une telle notion élémentaire sera plus efficace encore qu’aucune démons- 1 tralion méthodique, pour dissiper complètement
toule incertitude réelle sur cette indipensablc solidarité entre le système des pouvoirs et des institutions politiques et l’état général de la civilisation correspondante. Mais, malgré cette lumineuse vérification décisive, on n’en doit pas moins atta- ^ cher une extrême importance, pour la constitution définitive de la science sociale , à l’explication rationnelle et directe de celte grande co-relation , comme je devrai ultérieurement l’entreprendre, par exemple, dans le Traité spécial de philosophie politique que j’ai annoncé en commençant ce volume. Tous les moyens scientifiques devront être alors convenablement combinés pour l’établissement final d’une notion aussi fondamentale , sur laquelle repose principalement le véritable esprit de l’ensemble de la statique sociale, et qui, par sa nature, peut surtout dissiper, plus immédiatement qu’aucune autre théorie sociologique , le funeste caractère absolu de nos diverses écoles politiques. Or, le principe scientifique de cette relation générale consiste essentiellement dans l’évidente harmonie spontanée qui doit toujours tendre à régner entre l’ensemble et les parties du système social, dont les élémens ne sauraient éviter d’être finalement combinés entre eux d’une manière pleinement conforme à leur propre nature. 11 est clair, en effet , que non
seulement les institutions politiques proprement dites et les mœurs sociales d’une part , les mœurs et les idées de l’autre, doivent être sans cesse réciproquement solidaires ; mais , en outre, que tout cet ensemble se rattache constamment, par sa nature, à l’état correspondant du développement intégral de l’humanité , considérée dans tous ses divers modes quelconques d’activité, intellectuelle, morale, et physique, dont aucun système politique, soit temporel, soit spirituel, ne saurait jamais avoir, en général , d’autre objet réel que de régulariser convenablement l’essor spontané, afin de le mieux diriger vers un plus parfait accomplissement de son but naturel préalablement déterminé. Même aux époques révolutionnaires proprement dites, quoique toujours caractérisées par une insuffisante réalisation de cette harmonie fôndamentale, elle continue néanmoins à être encore essentiellement appréciable, car elle ne pourrait totalement cesser que par l’entière dissolution de l’organisme social , dont elle constitue le principal attribut. En ces temps exceptionnels , et sauf les seules anomalies fortuites, qui ne sauraient laisser de traces profondes , on peut persister à regarder aussi le régime politique comme étant , à la longue, de toute nécessité, radicalement conforme à l’état correspondant de la civilisation , puisque les
lacunes ou les perturbations qui se manifestent alors dans l’un proviennent surtout, en réalité, de dérangemens équivalens dans l’autre. L’immense révolution sociale au milieu de laquelle nous vivons ne fait elle-même que confirmer, d’une manière pleinement décisive, cette inévitable loi sociologique, d’après les explications préliminaires de la quarante-sixième leçon , dont l’ensemble a nettement démontré, contrairement à l’opinion commune, que le déplorable état actuel du régime politique résulte principalement de notre situation intellectuelle et ensuite morale , à laquelle doit d’abord s’adresser toute solution vraiment rationnelle, sans que les orageux essais, tentés ou à tenter, pour la régénération directe du système politique, soient réellement susceptibles d’aucune efficacité fondamentale.
A la vérité, la théorie vulgaire attribue, en général , au législateur, la laculté permanente de rompre inopinément l’harmonie nécessaire que nous considérons , à la seule condition d’être préalablement armé d’une autorité suffisante ; ce qui sans doute, équivaut essentiellement à une entière négation de cette solidarité continue. Mais il est aisé de reconnaître qu’une telle opinion, fondée, en apparence, sur de grands exemples, constitue directement un véritable cercle vicieux, résultant