‹ Cours de philosophie positive (volume 3)Chapitre 27 sur 37 · CINQUANTE-UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-UNIÈME LEÇON

Lois fondamentales de la dynamique sociale , ou théorie générale du progrès naturel de l’humanité,

Afin de mieux apprécier les lois fondamentales de la progression sociale, il importe de faire ici précéder leur exposition directe par une première explication sommaire du sens nécessaire de cette grande évolution , ainsi que de sa vitesse propre, et de la subordination naturelle de ses divers élémens principaux ; ce qui résulte spontanément des différentes notions déjà établies depuis le commencement de ce volume. Or, en considérant, du point de vue scientifique le plus élevé, l’ensemble total du développement humain, on est d’abord conduit à le concevoir , en général , comme consistant essentiellement à faire de plus en plus ressortir les facultés caractéristiques de l’humanité, comparativement à celles de l’animalité, et surtout par rapport aux facultés qui nous sont communes avec tout le règne organique,

quoique celles-ci continuent toujours à former nécessairement la base primordiale de l’existence humaine, aussi bien que de toute autre vie animale. C’est en ce sens philosophique que la plus éminente civilisation doit être , au fouet? jugée pleinement conforme à la nature, puisqu'elle ne constitue réellement qu’une manifestation plus prononcée des principales propriétés de notre espèce, qui, primitivement dissimulées ' par un inévitable engourdissement, ne pouvaient * devenir suffisamment saillantes que dans un haut degré de la vie sociale , pour laquelle leur destination exclusive ne saurait être contestée. Le sys tème entier; de la philosophie biologique concourt > à démontrer, ainsi que je l’ai expliqué au volume précédent , que , dans l’ensemble de la hiérarchie 6 animale , la dignité fondamentale propre à chaque race est surtout déterminée par la prépondérance générale de plus en plus prononcée de la vie animale sur la vie organique, à mesure qu’on s’approche davantage de l’organisme humain. Sous un tel ’ aspect philosophique, notre évolution sociale ne constitue donc réellement que le terme le plus extrême d’une progression générale, continuée sans interruption parmi tout le règne vivant, depuis les simples végétaux et les moindres animaux, en passant successivement aux derniers

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animaux pairs, remontant ensuite jusqu’aux oiseaux et aux mammifères, et, chez ceux-ci, s’élevant graduellement vers les carnassiers et les singes : la prédominance nécessaire des fonctions purement organiques devenant partout de moins en moins marquée, et le développement des fonctions animales proprement dites, principalement celui des fonctions intellectuelles et morales, tendant, au contraire, déplus en plus vers' un ascendant vital, qui toutefois ne saurait jamais être pleinement obtenu, même dans la plus haute perfection de la nature humaine. Cette indispensable appréciation comparative détermine essentiellement la première notion scientifique qu’il faut se former de l’ensemble du progrès 'humain, ainsi rattaché à la série universelle du perfectionnement animal, dont il réalise levplus éminent degré. L’analyse générale de notre progression sociale démontre, en effet, avec une irrécusable i évidence, que, malgré l’invariabilité nécessaire des diverses dispositions fondamentales de notre nature, les plus élevées d’entre elles sont dans ' un état continu de développement relatif, qui tend de plus en plus à les ériger à leur tour en puissances prépondérantes de l’existence humaine , quoiqu’une telle inversion de l’économie primitive ne puisse, ni même ne doive, jamais

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