TOME IV
^être complètement obtenue. Tel se manifeste déjà , d’après le chapitre précédent, le caractère essentiel de notre organisme social, quand on se borue à l’envisager d’abord dans sou état purement statique , abstraction faite de son mouvement nécessaire. Mais ce caractère doit être naturellement eucore plus prononcé daus l’étude directe de ses variations continues, comme le confirme aisément une première appréciation générale de leur succession graduelle.
En développant, à un degré immense et toujours croissant, l’action de l’homme sur le monde extérieur, la civilisation semble d’abord dçvoiu concentrer de plus en plus notre attention vers les soins de notre seule existence matérielle, dont l’entretien et l’amélioration constituent , en apparence, le principal objet de la plupart des occupations sociales. Mais un examen pins approfondi démontre, au contraire, que ce développement tend continuellement à (pire prévaloir les plus éminentes facultés de la nature humaine, ( Soit par la sécurité même qu’il inspire nécessairement à l’égard des besoins physiques, dont la considération devient ainsi de moins en moins absorbante j soit par l’excitation directe et conti- ' nue qvi’il imprime nécessairement aux fonctions intellectuelles et même aux sentimens sociaux-.
pnYsiQüFTsdciÀi k. v "fo-
dont le double essor graduel lui est. évidemment indispensable. Dans notre enfance sociale, les^ instincts relatifs à la conservation matérielle sont tellement prépondéraus, que l’instinct sexuel lui-même, malgré sa grossière énergie primitive, en est d’abord essentiellement dominé (i) : les affections domestiques sont alors *'• sans aucun doute, beaucoup moins prononcées, et les affections sociales demeurent circonscrites à une imperceptible fraction de l’humanité i hors de laquelle tout devient étranger et même ennemi ; les diverses passions haineuses restent certainement, après les appétits physiques, le principal mobile habituel de l’existence humaine. Sous ces ! divers aspects, il est incontestable “quèJ l’essor continu de la civilisation développe nécessairement de plus en plus nos plnchans les^plus nobles et nos plus généreux sentiftiens, qui , seules bases possibles des associations humaines, doivent y recevoir spoutanément une culture de plief en plus ' spéciale. Quant aux facultés intellec-
o) Une voracité démesurée, nn goût violent pour les divers stimulons physiques, se manifestent constamment dans la Vie sauvage, quand le dc'o&ment qn «Ile doit si fréquemment produire n’y vient pas imposer une sohriejjj involontaire, qui a trop souvent fait illusion. Il en est de mime, au fond, maigre l’etat de nudité, quant i l’ardenr pour la parure, alors indiquée surtout pur nn tatouage plus on moins corn. p|ique : elle s y montre certainement bien plus prononcée d’ordinnicK que chc7. les hommes très, civilises, v v'f
■■ «%kJ£ ^ ^ *' Kg.
T>a8 pim.osopinr positivt. i«f
tuelles, l’imprévoyance habituelle qui, au milieu des plus imminens besoins, caractérise la vie sauvage, constate clairement le peu d’influence réelle qu’exerce alors la raison sur la conduite générale de l’homme : ces facultés y sont d’ailleurs encore essentiellement engourdies, ou du moins il n’y a d’activité prononcée que chez les plus inférieures d’entr’elles, celles immédiatement relatives à l’exercice des sens’ extérieurs ; les facultés d’abstraction et de combinaison demeurent presque entièrement inertes, sauf quelques courts élans exceptionnels ; et la curiosité grossière • ,1qu’inspir£ involontairement le spectacle de la -nature se contente alors pleinement des moindres ébauchés d’explication ihéologique; enfin , les di- ■ vertissemens, principalement distingués par une violente activité musculaire, et s’élevant tout au plus jusqu’à la simple manifestation d’une adresse purement pnysiqye, y sont, d’ordinaire, aussi peu favorables au développement de l’intelligence qu’à celui de la sociabilité. A tous ces titres, la supériorité toujours croissante de la civilisation est certainement encore plus irrécusable que sous le rapport moral, de manière à ne plus exiger désormais aucune démonstration formelle. Sous quelque aspect que l’on étudie l’existence comparative de l’homme aux divers âges successifs de là
société, on trouvera donc constamment que le" résultat général de notre évolution fondamentale ne consiste pas seulement à améliorer la condition matérielle de l’homme, par l’extension continue de son action sur le monde extérieur; mais aussi et surtout à développer, par un exercice de plus en plus prépondérant, nos facultés les plus éminentes, soit en diminuant sans cesse l’empire des appétits physiques (i), et en stimulant davantage les divers instincts sociaux , soit, en excitant continuellement l’essor des fonctions intellectuelles, même les plus élevées, et en augmentant spontanément l’influence habituelle de la raison sur la conduite de l’homme. En ce sens, le développement individuel reproduit nécessairement sous nos yeux, dans une succession plus rapide et plus familière , dont l’ensemble est alors mieux appréciable, quoique moins prononcé,.
(i) La nature humaine rie saurait, sans doute, jamais parvenir réellement à ce raffinement de délicatesse, déj!t rêvé pent-étre par quelques imaginations exaltées ou plutôt maladives, d’étendre, en quelque sorte, aux besoins habituels d’incrc'tion, ce sentiment de honte qui, «lès l’origine de la civilisation, accompagne de pins en plus la satisfaction des divers besoins d’excrétion. Mais il n’en demeure pas moins mrontes- Table que l’entrelien continu de notre existence matérielle prend nnc importance de moins en moins exclusive par le développement graduel de l’évolution hnmainc, et occupe de moins en moins nos pensées dans l’ensemble «le la vie réelle. En un mot , les diverses considc'rations purement personnelles tendent, de pins e#n plus ?i s’effacer, à tous égard!, devant les considérations directement sociales. É
If ' 1