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manquement écartée dans nue première ébauché rationnelle de la dynamique sociale. Or, en nous bornant, sous ce rapport, aux seules causes universelles, il est d’abord évident que cette vitesse doit être essentiellement déterminée d’après • l’influence combinée des principales conditions naturelles, relatives d’une part à l’organisme humain, d’une autre part au milieu où il se développe. Mais l’invariabilité même de ces diverses conditions fondamentales, l’impossibilité rigoureuse de suspendre ou de restreindre lenv empire, ne permettent point de mesurer exactement leur importance respective , quoique nous ne puissions aucunement douter que notre développement spontané ne dût être nécessairement accéléré ou retardé par tout changement favorable ou contraire que l’on supposerait opéré dans ces t différentes influences élémentaires, soit organiques , soit inorganiques ; en imaginant , par exemple, que notre appareil cérébral offrit une moindre infériorité anatomique de la région frontale, ou que notre planète devînt plus grande ou mieux habitable, etc. L’analyse sociologique ne saurait donc, par sa nature, convenablement atteindre, à cet égard, que les conditions générales simplement accessoires, en vertu des variations
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appréciables dont elles doivent être spontanément susceptibles.
Parmi ces puissances secondaires mais continues,, qui concourent à déterminer la vitesse naturelle du développement humain , on peut d’abord signaler , d’après Georges Leroy, l’influence permanente de Venruii , d’ailleurs fort exagérée, et même vicieusement appréciée, par cet ingénieux philosophe. Ainsi que tout autre animal, l’homme ne saurait être heureux sans une activité suffisamment complète de ses diverses facultés quelconques , suivant un degré d’intensité et de persévérance sagement proportionnel à l’activité intrinsèque de chacune d’elles : quelle que puisseêtre sa situation effective, il tend sans cesse à remplir, autant que possible,., cette indispensable condition du bonheur. La difficulté plus prononcée qu’il doit éprouver à réaliser un développement compatible avec la supériorité spéciale de sa nature, le rend nécessairement plus sujet que les autres animaux à cet état remarquable de pénible langueur, qui indique à la fois l’existence réelle des facultés et leur insuffisante activité, et qui, en - effet, deviendrait également inconciliable , soit avec une atonie radicale, d’où ne résulterait aucune urgente tendance, soit avec une vigueur idéale, spontanément susceptible d’un infatigable exercice. Une telle dis-
position , à ia fois intellectuelle et morale, que nous voyons chaque jour exciter encore à tant d’cfl'orls toutes les natures douées de quelque énergie, a dû, sans doute, puissamment contribuer, dans l’enfance de l’humanité, à accélérer notre essor spontané, par l’inquiète agitation qu’elle inspire, soit pour l’avide recherche de nouvelles sources d’émotions, soit pour un plus intense développement de notre propre activité directe. Toutefois , cette influence secondaire n’a pu devenir très prononcée que dans un état social déjà assez avancé pour faire convenablement sentir le besoin , d’abord si faible , d’exercer à leur tour les plus éminentes facultés de notre nature , qui en sont nécessairement aussi les moins énergiques. Les facultés les plus prononcées ~ c’est-àdire les moins élevées, comportent un si coinmode exercice, que, dans l’état normal, elles ne sauraient guère déterminer un véritable enmti , susceptible de produire une heureuse réaction cérébrale : les sauvages, de mèjne que les enfans, ne s’ennuient point habituellement, tant que leur activité physique * seule importante alors , n’est nullement entravée ; un sommeil facile et prolongé les empêche essentiellement , à la manière des animaux, de sentir péniblement leur torpeur intellectuelle. Ainsi, en représentant
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l’en i mi comme le principal mobile originaire de notre développement social , G. Leroy a irrationnellement confondu un symptôme avec un principe, outre l’erreur évidente qui lui faisait trop exclusivement attribuer à l’homme une telle propriété. Mais, malgré cette fausse appréciation , il était néanmoins indispensable ici de signaler sommairement la haute participation nécessaire de cette influence générale pour accélérer spontanément la vitesse propre de notre évolution sociale, déterminée d’avance par l’ensemble des causes fondamentales. *
Je dois indiquer, en second lieu $ la durée ordinaire de la vie humaine comme influant peutêtre plus profondément sur cette vitesse qu’aucun autre élément appréciable. En principe, il ne faut point se dissimuler que notre progression sociale repose esseutielleinerît sur la mort ; c’està-dire que les pas successifs de l’humanité supposent nécessairement le renouvellement continu , aullisamraent rapide, des agens'du mouvement général, qui, habituellement presque imperceptible dans le cours de chaque vie individuelle , ne devient vraiment prononcé qu’en passant d’une génération à la suivante. L’organisme social subit,' à cet égard, et d’une manière non moins impérieuse^ la même condition fondamentale que
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l’organisme individuel, où, après un temps déterminé, les diverses parties constituantes, inévitablement devenues, par suite même des phénomènes vitaux , radicalement impropres à concourir davantage à sa composition , doivent être graduellement remplacées par de nouveaux élémens. Pour apprécier convenablement une telle nécessité sociale, il serait superflu de recourir à la supposition chimérique d’une durée indéfinie de la vie humaine, d’où résulterait évidemment la suppression presque totale et très prochaine du mouvement progressif. Sans aller jusqu’à cette extrême limite, il suffirait, par exemple, d’imaginer que la durée effective fût seulement décuplée, en concevant d’ailleurs que ses diverses époques naturelles conservassent les mêmes . proportions respectives. Si rien n’était changé, du reste, dans la constitution fondamentale du cerveau humain, une telle hypothèse déterminerait, ce me semble, un ralentissement inévitable, quoique impossible à mesurer, dans notre développement social. Car, la lutte indispensable et permanente, qui s’établit spontanément entre l’instinct de conservation sociale , caractère habituel dq la vieillesse, et l’instinct d’innovatiôn, attribut ordinaire de la jeunesse, se trouverait dès-lors notablement altéfée en fa —
veur du premier élément de cet antagonisme nécessaire. Par l’extrême imperfection de notre nature morale, et surtout intellectuelle, ceux mêmes qui ont le plus puissamment contribué, dans leur virilité, aux progrès généraux de l’esprit humain ou de la société, ne sauraient ensuite conserver trop long-temps leur juste prépondérance sans devenir involontairement plus ou moins hostiles à des développemens ultérieurs, auxquels ils auraient cessé de pouvoir dignement concourir. Mais , si , d’une part , on ne saurait douter qu’une durée trop prolongée de la vie humaine ne tendît nécessairement à retarder notre évolution sociale, il n’est pas moins incontestable, d’une autre part, qu’une existence trop éphémère deviendrait, à d’autres titres, un obstacle non moins essentiel à la progression générale, en attribuant, au contraire , un empire exagéré à l’instinct d’innovation. La résistance indispensable que lui oppose spontanément l’opiniàtre instinct conservateur de la vieillesse , peut seule, en effet, suffisamment obliger l’esprit d’amélioration à subordonner convenablement ses efforts actuels à l’ensemble des résultats antérieurs. Sans ce frein fondamental , notre faible nature serait certainement trop disposée à se contenter le plus souvent de tentatives ébauchées et d’aperçus in-
complets, qui ne pourraient permettre aucun développement profond et persévérant : tant est réellement prononcé notre éloignement spontané pour la pénible continuité de travaux qu’exige nécessairement toute convenable maturation de nos projets quelconques. Or, il est évident que telle serait, en effet, la suite inévitable d’une notable diminution dans la durée effective de la vie humaine, si, par exemple, on la supposait réduite au quart,, ou peul-êfre même à la simple moitié, de sa valeur actuelle. Notre évolution sociale serait donc, par sa nature, également incompatible, quoique d’après des motifs contraires, avec un renouvellement trop lent ou trop rapide des diverses générations humaines; à moins de supposer, dans un changement convenable de notre organisme cérébral, une compensation chimérique, dès-lors correspondante à un état trop indéterminé pour que les hypothèses scientifiques puissent utilement s’y arrêter. Toutefois, les irrationnels partisans des causer finales s’eÛorceraient vainement d’appliquer une telle considération à la justification philosophique de leur absurde optimisme. Car, si, à cet égard, comme à tout autre, l’ordre réel se trouve nécessairement plus ou moins conforme à la marche effective des phénomènes , il s’en faut malheureusement de
beaucoup , sous ce rapport, encore plus évidemment que sous aucun autre , que la vraie disposition de l’économie naturelle soit aussi favorable à sa destination essentielle qu’il serait aisé de le concevoir. Il n’est guère possible de douter que la brièveté excessive de la vie humaine ne constitue, au contraire, une des principales causes secondaires de la lenteur de notre développement social , quoique cette lenteur dépende surtout de l’extrême imperfection de notre organisme : et , certes, aucune autre grande harmonie ne saurait être véritablement compromise, si la durée de notre vie, toujours comprise entre les limites nécessaires que je viens d’indiquer , se trouvait doublée ou même triplée , malgré ^argumentation arbitraire des vains apologistes dp gouvernement providentiel. L’extrême rapidité d’une existence individuelle, dont trente ans à peine, au milieu de nombreuses entraves physiques et morales, peuvent être pleinement utilisés autrement qu’en préparations à la vie ou à la mort, établit évidemment, en tout genre, un insuffisant équilibre entré'ce que l’homme peut convenablement concevoir et ce qiî’il peut réellement exécuter. Tous ceux qui surtout se sont noblement voués au développement direct de l’esprit humain ont toujours senti, sans doute, avec une profonde ainer-
tuine, combien le temps , même le plus sagement employé, manquait essentiellement à l’élaboration de leurs conceptions les mieux arrêtées, dont ils n’ont pu, d’ordinaire, réaliser que la moindre partie. Ce serait en vain que, d’après une superficielle appréciation , on regarderait le renouvellement plus rapide des coopératteurs successifs comme réparant suffisamment pour l’espèce la durée trop circonscrite de l’activité individuelle. Malgré l’importance évidente de cette compensation nécessaire, elle est certainement, par sa nature, fort imparfaite, soit à raison de la perte de temps qu’exige la préparation* de chaque successeur, soit surtout en ce que cette succession spontanée est toujours nécessairement très incomplète, par l’impossibilité de se placer directement au point de vue propre et dans la direction précise des travaux antérieurs, impossibilité d’autant plusprononcéequeles nouveaux collaborateurs ont eux-mêmes plus de valeur réelle. La continuité des efforts successifs ne peut être pleinement établie, entre divers individus, qu’à l’égard d’opérations extrêmement simples, et presque entièrement matérielles , où les diverses forces humaines peuvent aisément s’ajouter ^ elle ne saurait jamais être organisée d’une manière vraiment satisfaisante pour les travaux les plus difficiles et les plus émiuens.
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où rien ne saurait remplacer suffisamment la précieuse influence d’une persévérante unité ; les forces intellectuelles et morales ne sont pas plus susceptibles de morcellement et d’addition entre successeursqu’enlre contemporains ; et, quoi qu’en puissent croire les défenseurs systématiques de la dissémination indéfinie des efforts individuels, une certaine concentration est constamment indispensable à l’accomplissement des progrès humains.
INous devons enfin signaler sommairement , parmi les causes générales qui modifient spontanément la vitesse fondamentale de notre évolution sociale, l’accroissement naturel de la population humaine, qui contribue surtout à l’accélération continue de ce grand mouvement. Cet accroissement a toujours été justement regardé comme le symptôme le moins équivoque de l’amélioration graduelle de la condition humaine; et rien ne saurait être sans doute plus irrécusable quand on envisage cette augmentation dans l’ensemble de notre espèce, ou du moins entre toutes les nations vraiment solidaires à un certain degré. Mais il ne s’agit nullement ici d’une telle considération , trop incontestable aujourd’hui , malgré les critiques exagérées , ou même vicieuses, de nos économistes : elle serait d’ailleurs