‹ Cours de philosophie positive (volume 3)Chapitre 9 sur 37 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Enfin , l’esprit général de la métaphysique révolutionnaire se manifeste d’une manière essentiellement analogue lorsqu’on envisage aussi la doctrine critique dans les relations inter-nationales. Sous ce dernier aspect, la négation systématique de toute véritable organisation n’est certes pas moins absolue, ni moins évidente. La nécessité de l’ordre étant, en ce cas, bien plus équivoque et plus cachée, on peut même remarquer que l’absence de tout pouvoir régulateur a été ici plus naïvement proclamée qu’à aucun autre égard. Par l’antiulation politique de l’ancien pouvoir spirituelle principe fondamental de la liberté illimitée de conscience a dû aussitôt déterminer la dissolution spontanée de l’ordre européen , dont le maintien constituait directement l’attribution la plus naturelle de l’autorité papale. Les notions métaphysiques d’indépendance et d’isolement national, et, par suite, de non-intervention mutuelle, qui ne furent d’abord que la formulation abstraite de cette situation transitoire, ont dû, plus évidemment encore que pour la politique intérieure, présenter le caractère absolu sans lequel elles auraient alors nécessairement manqué leur but principal, et le manqueraient meme essentiellement encore aujourd’hui, jusqu’à ce que la suffisante manifestation du

nouvel ordre social vienne dévoiler suivant quelle loi les diverses nations doivent être finalement réassociées. Jusque alors, toute tentative de coordination européenne étant inévitablement dirigée par l’ancien système, elle tendrait réellement à ce monstrueux résultat, de subordonner la politique des peuples les plus civilisés à celle des nations les moins avancées, et qui, à ce titre, ayant conservé ce système dans un état de moindre décomposition , se trouveraient ainsi naturellement placées à la tête d’une semblable association. O11 ne saurait donc trop apprécier l’admirable énergie avec laquelle la nation française a conquis enfin, par tant d’héroïques dévouemens, le droit indispensable de transformer à son gré sa politique intérieure , sans s’assujétir à la moindre dépendance du dehors. Cet isolement systématique constituait évidemment une condition préliminaire de la régénération politique, puisque, dans toute autre hypothèse, les différens peuples , malgré leur inégal progrès , auraient dû être simultanément réorganisés, ce qui serait certainement chimérique, quoique la crise soit, au fond, partout homogène. Mais il ne reste pas moins incontestable, sous ce rapport, comme sous les précédens, que la métaphysique révolutionnaire, en consacrant à jamais cet esprit absolu

de nationalité exclusive, tend directement à entraver aujourd’hui le développement de la réorganisation sociale, ainsi privée de l’un de ses principaux caractères. En ce sens , une telle conception, si elle pouvait indéfiniment prévaloir, aboutirait à faire rétrograder la politique moderne au-dessous de celle du moyen âge , à l’époque même où, en vertu d’une similitude chaque jour plus intime et plus complète, les divers peuples civilisés sont nécessairement appelés à constituer finalement une association à la fois plus étendue et plus régulière que celle qui fut jadis imparfaitement ébauchée par le système catholique et féodal. Ainsi, à cet égard , autant qu’à tous les autres, la politique métaphysique, après son indispensable influence pour préparer l’évolution définitive des sociétés modernes , constituerait désormais, par une application aveugle et démesurée , un obstacle direct à l’accomplissement réel de ce grand mouvement, en le représentant comme indéfiniment borné à une phase purement transitoire , déjà suffisamment parcourue.

Pour compléter ici l’appréciation préliminaire delà doctrine révolutionnaire, il ne me reste plus qu’à lui appliquer sommairement le critérium logique qui déjà nous a fait juger, en elle-même, la

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doctrine rétrograde ou théologique , c’est-à-dire à constater son inconséquence radicale.

Quoique cette inconséquence soit aujourd’hui encore plus intime et plus manifeste que dans le premier cas, elle doit néanmoins être envisagée comme étant, de toute nécessité, moins décisive contre la métaphysique révolu tiuonaire , nonseulement en ce qu’une récente formation l’y rend naturellement plus excusable , mais surtout parce qu’un tel vice n’empêche point essentiellement cette doctrine de remplir, avec une suffisante énergie, son office purement critique, qui n’exige point , à beaucoup près , cette exacte homogénéité de principes, indispensable à toute destination vraiment organique. Malgré de profonds dissentimens ,les divers adversaires de l’ancien système politique ont pu, pendant le cours de l’opération révolutionnaire, se rallier aisément contre lui, autant que l’exigeait successivement chaque démolition partielle : il leur a suffi de concentrer la discussion sur les seuls points qui devaient alors leur être communs à tous, en ajournant après le succès les contestations relatives aux développemens ultérieurs de la doctrine critique; décomposition qui serait impossible à l’égard d’une opération organique , dont chaque partie doit toujours être considérée d’après sa re-

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lation fondamenlale avec l’ensemble. Néanmoins, ce même mode d’appréciation logique, qui cidessus a si clairement caractérisé l’inanité fondamentale de la politique théologique , peut aussi , judicieusement employé, manifester non moins sensiblement l’insuflisance et la stérilité actuelles de la politique métaphysique. Car, si, par leur destination révolutionnaire, les diverses parties de cette dernière peuvent être dispensées d’une parfaite cohérence mutuelle, du moins faut-il évidemment que l’ensemble de la doctrine ne de- - vienne jamais directement contraire au progrès même qu’il devait préparer, et ne tende point non plus à maintenir les bases essentielles du système politique qu’il se proposait de détruire ; puisque, sous l’un ou l’autre aspect , l’inconséquence, dès-lors poussée jusqu’au renversement de l’opération primitive , constaterait irrécusablement l’inaptitude finale d’une doctrine, ainsi graduellement conduite, par le cours naturel de ses applications sociales , à prendre un caractère directement hostile à l’esprit même de sou institution. Or, il est aisé de montrer que tel est, en effet, à ce double titre, le véritable état présent de la métaphysique révolutionnaire.

Considérons-la d’abord parvenue à sa plus

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haute élévation possible, lorsque, pendant la phase la plus prononcée de la révolution française, et après avoir reçu tout son développement systématique , elle obtint momentanément une entière prépondérance politique, en étant conçue, par une illusion nécessaire, comme devant présider à la réorganisation sociale. Dans cette époque, courte mais décisive, la doctrine révolutionnaire manifeste , avec toute son énergie caractéristique, une homogénéité ét une consistance éminemment remarquables , qu’elle a depuis irrévocablement perdues. Or, c’est précisément alors que, n’ayant plus à lutter intellectuellement contre l’ancien système, elle développe aussi, de la manière la moins équivoque, son esprit radicalement hostile à toute vraie réorganisation sociale, et finit même par se constituer violemment en opposition directe avec le mouvement fondamental de la civilisation moderne, au point de devenir, sous ce rapport, hautement rétrograde. Les causes essentielles de cette inévitable contradiction finale ayant été suffisamment analysées cidessus, il suffira maintenant de rappeler, en peu de mots, les principaux témoignages effectifs de cette tendance nécessaire de la métaphysique révolutionnaire à entraver directement le progrès naturel de ce môme nouveau système social dont

elle était primitivement destinée à préparer l’avénement politique.

Une telle opposition s’était déjà ouvertement manifestée dès l’époque même de l’élaboration philosophique de cette doctrine, qu’on peut voir partout uniformément dominée par l’étrange notion métaphysique d’un prétendu état de nature, type primordial et invariable de tout état social. Cette notion , radicalement contraire à toute véritable idée de progrès, n’est nullement particulière au puissant sophiste qui a le plus participé , dans le siècle dernier, à la coordination définitive de la métaphysique révolutionnaire. Elle appartient également à tous les philosophes qui , à diverses époques et dans difFérens pays, ont spontanément concouru, sans aucun concert, à ce dernier essor de l’esprit métaphysique. Rousseau n’a fait réellement, par sa pressante dialectique, que développer jusqu’au bout la doctrine commune de tous les métaphysiciens modernes, en représentant, sous les divers aspects fondamentaux, l’état de civilisation comme une dégénération inévitablement croissante de ce premier type idéal. On voit même, d’après l’analyse historique, ainsi que je le montrerai plus tard, qu’un tel dogme constitue réellement la simple transformation métaphysique du fameux dogme théologique

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de la dégradation nécessaire de l’espèce humaine par le péché originel. Quoi qu’il en soit, faut-il s’étonner que , partant d’un semblable principe, l’école révolutionnaire ait été conduite à concevoir toute réformation politique comme essentiellement destinée à rétablir le plus complètement possible cet inqualifiable état primitif? Or, n’est-ce point là, en réalité, organiser systématiquement une rétrogradation universelle, quoique dans des intentions éminemment progressives ?

Les applications effectives ont été parfaitement conformes à cette constitution philosophique de la doctrine révolutionnaire. Aussitôt qu’il a fallu procéder au remplacement intégral du régime féodal et catholique, l’esprit humain, au lieu de considérer l’ensemble de l’avenir social, s’est surtout dirigé d’après les souvenirs imparfaits d’un passé très reculé, en s’efforçant d« substituer à ce système caduc un système encore plus ancien , et, à ce titre, plus décrépit, mais aussi , par cela même, plus rapproché du type primordial. En haine d’un catholicisme trop arriéré, on a tenté d’instituer une sorte de polythéisme métaphysique, en même temps que, par une autre rétrogradation non moins caractérisée, on tendait à remplacer l’ordre politique du moyen âge par le

régime , si radicalement inférieur , des Grecs et desllomains. Les élémens mêmes de la civilisation moderne, les seuls germes possibles d’un nouveau système social, ont aussi été finalement menacés par la prépondérance politique de la métaphysique révolutionnaire. De sauvages mais énergiques déclamations ont alors directement condamné l’essor industriel et artistique dès sociétés modernes, au nom de la vertu et de la simplicité primitives. Enfin , l’esprit scientifique lui-même, principe unique d’une véritable organisation intellectuelle, n’a pas été, malgré ses imminens services , entièrement à l’abri de cette explosion anarchique et rétrograde , comme tendant à instituer, suivant la formule alors usitée, une aristocratie des lumières, aussi incompatible qu’aucune autre avec le rétablissement de l’égalité originelle (i). Vainement l’école métaphysique a-t-elle ensuite présenté de semblables conséquences comme des résultats excentriques, et en quelque sorte fortuits, de la politique révolutionnaire. La filiation est , au contraire, pleinement normale et nécessaire, et ne saurait manquer de

(i ) Parmi tant de déplorables témoignages d'une telle aberration fondamentale, aucun ne m’a jamais semblé plus tristement décisif que l’exécrable condamnation du grand Lavoisier, qui suffira, flans la postérité la plus reculée, pour caractériser celle phase fatale de notre état révolutionnaire.

se réaliser de nouveau, si, par un concours d’événemens désormais impossible, cette politique recouvrait jamais une pareille prépondérance. Cette tendance contradictoire, et néanmoins irrésistible, à la rétrogradation sociale, en vue d’un plus parfait retour à l’état primitif, est tellement propre à la politique métaphysique , que, de nos jours, les nouvelles sectes éphémères de métaphysiciens, qui ont le plus orgueilleusement blâmé l’imitation révolutionnaire des types grecs et romains , n’ont pu éviter de reproduire involontairement , à un degré beaucoup plus prononcé, le même vice fondamental, en s'efforçant de reconstituer, d’une manière encore plus systématique, la confusion générale entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel , et en préconisant , comme le dernier terme de la perfection sociale, une sorte de rétablissement de la théocratie égyptienne ou hébraïque, fondé sur un véritable fétichisme, vainement dissimulé sons le nom de panthéisme.

Depuis que les aberrations fondamentales déterminées par le triomphe momentané de la métaphysique révolutionnaire ont commencé à la discréditer essentiellement, son inconséquence caractéristique s’est surtout manifestée sous Une autre forme non moins décisive, en ce que la

doctrine critique a été inévitablement conduite à proclamer elle-même l’invariable conservation des bases générales de l’ancien système politique, dont elle avait à jamais détruit les principales conditions d’existence. On a pu , dès l’origine , apercevoir une semblable tendance, puisque la politique métaphysique n’est, au fond, qu’une simple émanation de la politique théologique , qu’elle devait d’abord seulement modifier. Chacun des divers réformateurs qui se sont succédé dans les trois derniers siècles, en poussant plus loin que ses prédécesseurs le développement de l’esprit critique, avait néanmoins toujours vainement prétendu, comme on sait, lui prescrire d’immuables bornes, en réalité incessamment reculées, empruntées aux principes mêmes de l’ancien système, dont aucun d’eux n’avait, à vrai dire, sciemment poursuivi la destruction totale, avec quelque énergie qu’ily participât en effet. Il est même évident que l’ensemble des droits absolus qui constituent la base usuelle de la doctrine révolutionnaire, se trouve garanti, en dernier ressort, par une sorte de consécration religieuse, réelle quoique vague, sans laquelle ces dogmes métaphysiques seraient nécessairement livrés à une discussion continue , qui com-r promettrait beaucoup leur efficacité. C’est toujours

en invoquant, sous une forme de plus en plus générale, les principes fondamentaux de l’ancien système politique qu’on a effectivement procédé à la démolition successive des institutions, soit spirituelles, soit temporelles, destinées à en réaliser l’application : et nous reconnaîtrons eu effet, sous le point de vue historique, que ce régime a été essentiellement décomposé par l’inévitable conflit de ses principaux élémens.

De cette marche nécessaire, a dû graduellement résulter , dans l’ordre intellectuel , un christianisme de plus en plus amoindri ou simplifié, et réduit enfin à ce théisme vague et impuissant que, pa#un monstrueux rapprochement de termes, les métaphysiciens ont qualifié de religion naturelle , comme si toute religion n’était point nécessairement surnaturelle. En prétendant diriger la réorganisation sociale d’après cette étrange et vaine conception, l’école métaphysique, malgré sa destination purement révolutionnaire, a donc toujours implicitement adhéré, et souvent même , aujourd’hui surtout , sous une forme très explicite, au principe le plus fondamental de l’ancienne doctrine politique , qui représente l’ordre social comme reposant, de toute nécessité, sur une base théologique. Telle est maintenant la plus évidente et la plus pernicieuse

inconséquence de la métaphysique révolutionnaire. Armée d’une semblable concession , l’école* de Bossuet et de de Maistre aura toujours une incontestable supériorité logique sur les irrationnels détracteurs du catholicisme, qui, en proclamant le besoin d’une organisation religieuse, lui dénient néanmoins tous les élémens indispensables à sa réalisation sociale. Par cet inévitable acquiescement, l’école révolutionnaire concourt en effet aujourd’hui avec l’école rétrograde pour empêcher directement une véritable réorganisation des sociétés modernes, dont l’état intellectuel interdit essentiellement et de plus en plus toute politique théologique, clmme l’esprit de ce Traité doit déjà l’avoir fait assez pressentir. La proclamation banale de la prétendue nécessité d’une telle politique , doit être désormais regardée comme réellement équivalente à une irrécusable déclaration d’impuissance à l’égard du problème fondamental de la civilisation actuelle. Quelles que soient les apparences, on ne saurait éviter de se reconnaître ainsi doublement incompétent, soit par la médiocrité de l’intelligence, soit par le peu d’énergie du caractère. Sous un pareil aspect, la société devrait paraître indéfiniment condamnée à l’anarchie intellectuelle qui la caractérise aujourd’hui, puisque si, d’une

part , tous les esprits semblent admettre le besoin d’un régime théologique, tous, d’une autre part, s’accordent encore plus réellement à repousser irrévocablement ses principales conditions d’existence. N’est-il pas étrange, et même honteux, que ceux dont l’inconséquente politique conduit aussi nécessairement à l’éternelle consécration du désordre, s’efforcent encore, par de vaines et inconvenantes déclamations , de jeter une sorte de flétrissure morale sur la seule voie rationnelle qui reste désormais ouverte à une vraie réorganisation , par l’avénement social de la philosophie pogsitive? A quel titre les diverses doctrines, soit ' théologiques , soit métaphysiques, dont l’expérience la plus étendue et la plus variée a si hautement témoigné l’impuissance radicale, oseraient- • elles proscrire l’application de l’unique procédé intellectuel que la politique n’ait point encore essayé? Serait-ce parce qu’un tel procédé a déjàheureusement réorganisé, à la satisfaction universelle, tous les autres ordres des conceptions humaines( i )?

(■) Si , an nom de ceux qni conçoivent la réorganisation sociale sans la moindre intervention tliéologique , je devais récriminer ici contre de telles déclamations, il ne serait peut-être pas impossible d'expliquer quelquefois, avec une certaine vraisemblance, lin aussi étrange concours prohibitif de tant d'opinions, d’ailleurs incompatibles , par la tendance spontanée des divers esprits qui profitent aujourd’hui du vague et de la confusion des idées sociales h etnpéchcr la philosophie positive de produire un éclaircissement final, qui , en dissipant à jamais de pro-

Ce caractère d’inconséquence générale, qui, en détruisant l’ancien système , prétend néanmoins en maintenir les bases essentielles , n’est pas moins marqué dans l’application temporelle de la métaphysique révolutionnaire que dans son développement spirituel. Il s’y manifeste surtout par une tendance évidente à la conservation directe, sinon de l’esprit féodal proprement dit, du moins de l’esprit militaire , qui en constitue la véritable origine. Le triomphe passager de la politique métaphysique, momentanément con* gue comme devant exclusivement présider à la réorganisation sociale , avait , il est vrai , d’abord déterminé, chez la nation française, un admirable élan de générosité universelle, qui proscrivait désormais toute tendance milita'ire directe. Mais ce n’était là qu’un vague instinct du vrai problème social, sans aucun aperçu de la solution réelle. Par suite de l’immense déploiement d’énergie défensive qu’a dû exiger le maintien du mouvement progressif contre la coalition armée des forces réfondes illusions , devra nécessairement détrôner beaucoup de hantes renommées, et rendre désormais bien plus difficile la conquête d’un véritable ascendant intellectuel. Mais, sans nier entièrement la réalité de ce concert involontaire chez nn petit nombre d’esprits, il est évidemment bien plus rationnel de le regarder comme le résultat nécessaire et inaperçu de notre situation intellectuelle, ainsi que je l’ai expliqué dans le texte.

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Irogrades, ce sentiment primitif, qui n’était véritablement dirigé par aucun principe, a bientôt disparu sous le développement systématique de l’activité militaire la plus prononcée, avec tous ses caractères les plus oppressifs. Combien de fois , dans le cours de nos luttes politiques, l’école révolutionnaire, malgré ses intentions progressives , égarée par la frivole préoccupation d’un intérêt jiartiel ou fugitif, n’a-t-elle pas eu à se reprocher d’avoir préconisé la guerre, qui constitue cependant aujourd’hui la seule cause sérieuse propre à entraver et à ralentir gravement le mouvement fonda- . mental des sociétés modernes! La doctrine critique est, en effet, si peu antipathique à l’esprifmilitaire , principale base temporelle de l’ancienne organisation politique, que le moindre sophisme suffira pour qu’elle entreprenne directement d’en empêcher l’inévitable décadence universelle , quand les intérêts révolutionnaires lui paraîtront l’exiger. On a, par exemple, imaginé, à cet effet, dans ces derniers temps, le spécieux prétexte de régulariser par la guerre l’action nécessaire des nations les plus avancées sur celles qui le sont moins, ce qui pourrait logiquement conduire à une conflagration universelle, si la nature de la civilisation moderne ne devait point mettre heureusement d’insurmontables obstacles au libre développe-

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