‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 12 sur 40 · TRENTE-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-NEUVIÈME LEÇON

Considérations générales sur la chimie dite organique.

J’ai déjà suffisamment établi, dans les leçons précédentes, et surtout dans la tren te- sixième , la haute nécessité, pour le perfectionnement général de la science chimique , de la concevoir désormais comme un tout homogène , en faisant disparaître la division scolastique, radicalement vicieuse, de la chimie euinorganique et organique. L’objet propre et essentiel de la leçon actuelle doit donc être de faire maintenant apprécier l’importance directe d’une telle réforme dans l’intérêt spécial des différentes études dont l’irrationnel assemblage constitue le système hétérogène désigné sous le nom de chimie organique; et de caractériser nettement le principe philosophique d’après lequel il faudrait procéder à la décomposition totale de cet ensemble factice, afin de répartir convenablement ses divers élémens scientifiques entre la chimie proprement dite et la science physiologique.

Aucun esprit judicieux ne saurait méconnaître

aujourd’hui que la chimie organique actuelle ne comprenne à la fois deux sortes de recherches, d’une nature parfaitement distincte , les unes évidemment chimiques, les autres, au contraire, évidemment physiologiques. Ainsi , par exemple , l’élude des acides organiques, et surtout végétaux, celle de l’alcool, des éthers, etc. , ont aussi bien le caractère purement chimique qu’aucune des études inorganiques proprement dites. D’un autre côté, le caractère biologique n’est nullement douteux dans l’examen de la composition de la sève ou du sang, dans l’analyse des divers produits de la respiration , végétale ou animale , et dans une foule d’autres sujets qu’embrasse maintenant la chimie organique. Or, une telle confusion générale est extrêmement préjudiciable aux deux ordres de questions, et surtout à celles de l’ordre physiologique.

Quant aux éludes vraiment chimiques, il est évident que , si la vaine séparation établie entre les composés organiques et les composés inorganiques tend à rompre et même à déguiser envers ceux-ci la plupart des analogies essentielles, elle ne doit pas moins produire, à l’égard des premiers, un effet identique. Rien ne ressemble plu§, sans doute, en général , aux acides, aux alcalis, et aux sels végétaux ou animaux, que les acides, les

alcalis, et les sels inorganiques; et cependant, d’après la marche habituelle, les lois des uns semblent différer radicalement de celles des autres. Le dualisme, qui est aujourd’hui presque universellement établi pour les composés inorganiques, paraît, au contraire, extrêmement rare dans les composés organiques. Or, j’ai démontré, par les considérations précédemment exposées, que cette différence fondamentale n’est nullement réelle, et qu’on ne doit y voir qu’un simple résultat de la méthode vicieuse qui dérive naturellement de cette division irrationnelle, le vrai dualisme chimique étant nécessairement, enlui-même, toujours facultatif Cette division constitue aussi le principalobstacle à l’entière et irrévocable généralisation de la doctrine des proportions définies, comme je l’ai établidansl’avant-dernièreleçon.NQusavons reconnu, en effet , que la dualisation de tous les composés organiques offre aujourd’hui le seul moyen général de les assujettir enfin au priucipede cette doctrine. Il en serait de même, ainsi que je l’ai indiqué, pour la théorie électro-chimique, si celle-ci, d’après la leçon précédente, n’était point nécessairement privée de toute véritable consistance scientifique. Mais, il est , néanmoins, très vraisemblable que les composés organiques sont aussi susceptibles d’analyse et même de synthèse électriques, dont

23o PHILOSOPHIE POSITIVE.

uue telle division, et le défaut de dualisme qui lui correspond, ont seuls empêché, sans doute, de s’occuper jusqu’à présent. Quoi qu’il en soit, on peut, ce me semble, affirmer que, lorsque uue véritable théorie chimique viendra enfin remplacer convenablement la théorie auti-phlogistique proprement dite, elle devra comprendre, de toute nécessité, les composés organiques aussi bien que les composés inorganiques , sous peine d’être illusoire et éphémère. Il serait superflu d’insister davantage ici sur le tort général qu’éprouve l’étude chimique des composés organiques par suite de cette fausse division, dont les incouvéniens commencent à être, sous ce rapport , suffisamment sentis , puisque ceux de nos chimistes qui cultivent aujourd’hui cette étude de la manière la plus philosophique tendent de plus en plus à l’identifier avec celle des composés inorganiques. Ou ne saurait douter maintenant que l’établissement définitif d’une telle identité ne doive être le premier résultat nécessaire de toute tentative scientifique destinée à constituer , eu un système générai et rationnel , l’ensemble des connaissances chimiques, par une classification vraiment naturelle.

Sous le second point de vue, c’est-à-dire quant aux études biologiques indûment comprises dans

CHIMIE

ta chimie organique actuelle , les inconvéniens de cette confusion fondamentale sont à la fois beaucoup plus graves et jusqu’ici beaucoup moins sentis, surtout par les chimistes. C’est pourquoi il importe davantage de les signaler avec soin, quoique sommairement.

L’origine historique d’une telle confusion tient, en général, à ce que un grand nombre de questions physiologiques exigent, parleur nature, de véritables recherches chimiques, dont l’influence y est souvent prépondérante, et qui, d’une autre part, sont, d’ordinaire, très étendues et très difficiles. Dès lors, les physiologistes, auxquels ces recherches devaient naturellement appartenir, étant habituellement trop étrangers encore a la science chimique pour les suivre avec succès, les chimistes ont été ainsi conduits à s’en emparer, et les ont ensuite réunies mal-à-propos à leur vrai domaine scientifique. Les uns et les autres concourent donc presque également , quoique d’une manière différente, à cette mauvaise organisation du travail scientifique, ceux-ci en méconnaissant les limites rationnelles de leurs études, ceux-là en négligeant de satisfaire aux vraies conditions préliminaires de leur ordre de recherches. Par conséquent, chacune de ces deux classes de savans doit réformer, à un certain degré, ses

habitudes actuelles, afin que la répartition générale des travaux effectifs devienne enfin conforme aux analogies naturelles. Mais, sous ce rapport, la tâche des physiologistes est plus difficile et plus importante que celle des chimistes; car, ces derniers, à cet égard, ont seulement à s’abstenir, tandis que les premiers doivent désormais se rendre aptes à ressaisir convenablement une attribution qu’ils ont laissé échapper jusqu’ici.

La partie physiologique de la chimie organique, ayant été ainsi formée par des empiélemens successifs, n’est guère susceptible d’être nettement caractérisée, et surtout exactement circonscrite. Non- seulement elle embrasse aujourd’hui l’analyse chimique de tous les élémens anatomiques , solides ou fluides, et celle de tous les produits de l’organisme ; mais on peut aisément reconnaître aussi que, si ses usurpations continuaient à suivre librement leur progression naturelle, elle tendrait à comprendre bientôt létude des plus importans phénomènes relatifs à ce que Bichat a nommé la vie organique, c’est-à-dire, aux fonctions de nutrition et de sécrétion , seules communes à l’ensemble des corps vivans, et dans lesquelles le point de vue chimique doit sembler en effet naturellement prépondérant. La physiologie proprement dite se trouverait dès lors réduite à l’étude

CHIMIE

des fonctions de la vie animale, et à celle des lois du développement de l’ètre vivant. Or, il est facile de concevoir combien un dépècement aussi irrationnel de la science biologique deviendrait funeste à ses progrès ; quand même il ne serait point poussé jusqu’à ces extrêmes conséquences logiques.

Tout bon esprit peut aisément sentir , en effet , que les chimistes, par la nature de leurs études, sont essentiellement impropres à l’examen rationnel des importantes questions, soit d’anatomie, soit de physiologie, végétale ou animale, dont leur science est maintenant surchargée. Car, quelque haute importance que puissent avoir les recherches chimiques pour les études biologiques , leur considération exclusive et isolée doit nécessairement conduire à des vues fort incomplètes et même erronées, sur un sujet qui n’est susceptible d’être utilement divisé qti’après avoir été d’abord judicieusement conçu dans son ensemble total. Sous le rapport anatomique même, on ne saurait s’étonner que les chimistes méconnaissent continuellement la division fondamentale, si bien établie par M. de Blainville , entre les vrais élémens de l’organisme et ses simples produits j à plus forte raison , n’out-ils, d’ordinaire, aucun égard aux distinctions essentielles entre les tissus,

les parenchymes, et les organes, qu’ils prennent presque indifféremment les uns pour les autres. Dans l’exécution de chacune de leurs opérations analytiques, ils ne peuvent ni choisir convenablement le vrai sujet de leurs recherches, ni diriger son analyse de la manière la plus propre à la solution des questions biologiques, dont l’esprit leur est inconnu. Ces inconvéniens généraux, déjà si considérables pour les études simplement anatomiques, doivent être nécessairement bien plus. prononcés envers les problèmes physiologiques proprement dits, dont les chimistes, en tant que tels , ne sauraient apprécier les conditions essentielles, ce qui est la principale cause du peu d’efficacité reelle de leurs nombreux travaux à cet égard. Quoique les analyses physiologiques présentent, par leur nature, des difficultés supérieures, leur imperfection actuelle est certainement fort au-dessous de ce que permettrait aujourd’hui le développement de la chimie, si l’application de cette science y était mieux dirigée. Or, cette direction rationnelle ne peut vraiment résulter ici que de la subordination générale et nécessaire du point de vue chimique au point de vue physiologique , et , par couséquent , de l’emploi de la chimie par les physiologistes eux-mêmes , pour lesquels l’analyse chimique, quoique indispensable,

CHIMIE

ne saurait être qu’un simple moyen d’exploration. Nous avons déjà reconnu , dans le volume précédent, des inconvéniens essentiellement analogues, mais beaucoup moins prononcés, pour un autre cas d’organisation vicieuse du travail scientifique, quand il s’est agi de l’application générale de l’analyse mathématique aux questions de physique. Les remarques philosophiques présentées alors sur l’indispensable nécessité de subordonner la considération de l’instrument à celle de l’usage, et de confier désormais la direction du premier à ceux qui connaissent seuls suffisamment l’ensemble des conditions du second, peuvent être maintenant reproduites , avec un immense surcroît de force et d’importauce, attendu la diversité bien plus profonde des deux points de vue dans le cas actuel. On ne saurait se former aujourd’hui aucune idée juste de la vraie nature des secours généraux que la biologie doit emprunter à la chimie, d’après les études irrationnelles et incohérentes que contient notre chimie organique, et qui ont si faiblement contribué jusqu’ici aux progrès de la science physiologique, dont elles ont même concouru plus d’une fois à égarer les recherches en les dénaturant.

Quoique les considérations précédentes suffisent, sans doute, pour établir, en principe, le

vice fondamental inhérent à la confusion générale instituée par la chimie organique entre les éludes chimiques et un certain ordre d’études biologiques, il est indispensable d’indiquer encore à ce sujet quelques exemples effectifs, soit anatomiques, soit physiologiques, afin de faire ressortir, d’une manière plus explicite et plus incontestable, la haute importance directe d’une meilleure organisation des travaux,.

Dans l’ordre anatomique, il est aisé de juger que la plupart des nombreuses recherches entreprises jusqu’ici à ce sujet par les chimistes , ont besoin d’être soumises, par les physiologistes, à une entière révision générale, avant qu’on puisse les appliquer définitivement à l’étude rationnelle des divers élémens ou produits de l’organisme, soit solides, soit même fluides. On doit en excepter toutefois la belle série des travaux de M. Chevreul sur les corps gras, où cet illustre chimiste, appréciant mieux qu’aucun de ses prédécesseurs la vraie relation générale entre le point de vue chimique et le point de vue biologique, a laissé si peu à faire aux physiologistes pour, parvenir à une connaissance vraiment satisfaisante de la graisse, envisagée comme l’un des principaux élémens de l’organisation animale. Mais, en écartant cette mémorable exception , on citerait difficilement

CUIJMIE. 237

aujourd’hui u uc seule étude importante de chimie organique, susceptible d’être immédiatement appliquée à la biologie, soit animale, soit même végétale (1). Dans l’analyse chimique du sang ou de la sève, et de presque tous les autres élémens anatomiques, solides ou fluides, un seul cas, pris au hasard , est ordinairement présenté par les chimistes comme un type suffisant, sans qu’ils aient copapris l’importance de soumettre leur opération à un indispensable examen comparatif, non-seulement suivant chaque espèce d’organisme envisagée à l’état normal, mais aussi selon le degré de développement de l’être vivant, son sexe , son tempérament, son mode d’alimentation, le système de ses conditions extérieures d’existences, etc., et beaucoup d’autres modifications que les physiologistes peuvent seuls judicieusement apprécier (2). Aussi de semblables analyses ne eor-

(1) On duil, toutefois, signaler encore à ce sujet, dans les études pins spéciales , la belle observation du même M. Chevrenl snr la transformation du tissa fibreux proprement dit en tissa janne élastique, par sa combinaison avec l’eau en certaines proportions déterminées, cn-deçà et au-delJi desquelles l’élasticité cesse également, pour reparaître aussitôt qne cette condition est de nouveau remplie. Cette expérience capitale comporte, évidemment, un usage direct et tris important dans la science physiologique , on plutôt elle appartient réellement à la biologie et non h la chimie.

(a) Cette considération est encore pins frappante pour les cas pathologiques, où la comparaison doit, eu outre, être directement faite

respondent-elles réellement à rien en anatomie, si ce n’est au seul cas précis qui a été considéré , et que le chimiste a d’ailleurs négligé presque toujours de caractériser suffisamment. En même temps, une telle manière de procéder détermine naturellement, entre les différens chimistes, des divergences inévitables, par la diversité des types qu’ils ont choisis, sans que les discussions qui en résultent soient, le plus souvent, d’aucune utilité scientifique, vu la tendance trop ordinaire des chimistes à attribuer ces discordances apparentes aux divers moyens analytiques employés , au lieu d’y voir l’irrécusable confirmation des variations générales que la physiologie eût annoncées d’avance. Il en est essentiellement de même à l’égard des produits, d’abord sécrétés, ensuite excrétés, tels que l’urine, la bile, etc., où les parties de l’organisme dans lesquelles le produit a été re- - i cueilli , et les modifications qu’il a pu y éprouver

entre l’état normal et les divers états anormaux. On a pn voir, par exemple, il y a nne quinzaine d’années, dans les recueils chimiques , nn mémoire, d’ailleurs chimiquement assez remarquable, vaguement intitulé : Analyse du. sang d’an malade, oùl’onseproposaitd’étudierraltération survenue dans la composition du sang, sans avoir aucunement défini la nature de la maladie, et, à pins forte raison, l’organisation dn malade. Ni l’aoienrdu mémoire, ni le rapporteur, n’avait seulement remarqué nne anssi étrange omission. Je ne cite un tel exemple qne comme offrant , d’une manière pins prononcée, un caractère commun à presque tons les travaux ordinaires de chimie vitale.

CHIMIE. a3p

par un séjour plus ou moins prolongé après sa production , viennent encore compliquer toutes les considérations précédentes, sans que les chimistes s’enquièrent ordinairement davantage des uns que des autres. Aussi toutes ces analyses, quoique fréquemment renouvelées, sont-elles, jusqu’ici , incohérentes entre elles , et radicalement insuffisantes.

En considérant spécialement les cas d’anatomie végétale, M. Raspail, dans ces derniers temps, s’est élevé, à ce sujet, avec une juste énergie, contre la facilité, en quelque sorte scandaleuse, de la plupart de ceux qui cultivent aujourd’hui la chimie organique, à multiplier presque indéfiniment les principes organiques, et surtout les alcalis végétaux, depuis la découverte remarquable de M. Sertuerner, d’après les caractères les plus frivoles, fondés sur les études les moins rationnelles. M. Raspail a judicieusement démontré que cette prétention d’envisager comme radicalement distinctes un grand nombre de ces substances, tenait, le plus souvent, à ce que les chimistes n’avaient point eu convenablement égard aux divers degrés successifs d’élaboration d’un même principe immédiat dans le développement général de la végétation , ou , plus grossièrement encore , à la confusion des matières proposées avec leurs enve-

loppes anatomiques. Il ne m’appartient pas d’examiner maintenant jusqu’à quel point cet habile naturaliste a pu exagérer sa manière de voir dans les différons cas particuliers, surtout en ce qui concerne l’importance des analyses microscopiques, dont l'introduction constitue', d’ailleurs, une utile innovation générale. Mais , la trop faible attention ordinairement accordée jusqu’ici à ses vues systématiques , me fait un devoir de signaler . l’heureuse influence qu’elles doivent exercer sur le perfectionnement fondamental de la chimie organique. Personne n'a encore aussi profondément senti que M. Raspail la nécessité d’y subordonner le point de vue chimique au point de vue physiologique, et personne n’a aussi bien satisfait, ce me semble, aux conditions générales qu’exige la stricte observancehabituelle d’une telle relation. Toutefois, en considérant son ouvrage sous l’aspect le plus philosophique, je suis convaincu que luimême a trop cédé, à sou insu, à l’influence ordinaire de notre éducation chimique, en concevant l’entreprise, radicalement vaine à mes yeux, de systématiser la chimie organique, qui doit, au contraire , irrévocablement disparaître comme corps de doctrine distinct; tandis que M. llaspail eût été si apte à fondre convenablement, dans l’ensemble de la biologie, sa portion vraiment

Digiti

CHIMIE

physiologique de la chimie organique, dont il a continué à maintenir essentiellement l’irrationnelle constitution.

Les recherches entreprises jusqu’ici pour analyser, sous le rapport chimique, les principaux phénomènes de la vie organique, sont encore plus propres que les questions d’un ordre purement anatomique à manifester clairement le vice fondamental d’une telle institution des travaux scientifiques, en faisant mieux ressortir l’inaptitude nécessaire des chimistes à des études naturellement

réservées aux seuls physiologistes. Aucune des nombreuses tentatives déjà essayées à ce sujet ri’a pu finalement aboutir à fixer solidement , en biologie, aucun point de doctrine général, et n’a réellement fourni que de simples matériaux , dont les physiologistes ne sauraient tirer une véritable utilité sans les avoir préalablement soumis à une nouvel le 'élaborât ion, sous l’influence prépondérante des considérations vitales. Je dois me borner ici à en indiquer les exemples les plus remarquables.

Les belles expériences de Priestley, deSennebier, de Saussure, etc., relativement à l’action chimique mutuelle des végétaux et de l’air atmosphérique , ont eu, sans doute, une importance capitale, par la lumière positive qu’elles ont commencé à répandre sur l’ensemble de l’économie végétale, justome m. 16

qu'alors presque inintelligible. Mais les études postérieures n’en ont pas moins constaté clairement que cette grande recherche ne saurait être réduct tible à l’état de simplicité naturellement supposé par les chimistes, qui avaient isolément analysé une seule partie du phénomène général de la végétation. L’absorption de l’acide carbonique et l’exhalation de l’oxigène, quoique très importantes à considérer dans l’action des feuilles, ne constituent qu’un seul aspect du double mouvement vital, et ne peuvent être convenablement appréciées qu’après avoir d’abord conçu l’ensemble de ce mouvement, du point de vue physiologique proprement dit. Cette action générale étant partiellement compensée, à d’autres égards, par l’action exactement inverse que produisent la germination des semences, la maturation des fruits, etc., et même le simple passage de la lumière à l’obscurité quant aux feuilles, elle 11e peut nullement suffire, soit à expliquer la composition élémentairedessubstances végétales, soit surtout à déterminer le genre d’altération que l’air atmosphérique éprouve réellement par l’influence de la végétation. De tels travaux ne sauraient être envisagés que comme ayant mis en évidence la véritable nature du problème, en offrant quelques matériaux indispensables à sa solution future, dans la recherche de

CHIMIE

laquelle les physiologistes peuvent seuls employer convenablement les notions et les moyens chimiques. Mais, quoiqu’il en soit, c’est surtout dans l’analyse des phénomènes plus compliqués de la physiologie animale, que l'insuffisance radicale des études instituées par les chimistes doit incontestablement ressortir.

On peut citer éminemment, à cet égard, l’examen général des phénomènes chimiques de la respiration , envisagés surtout dans les animaux supé rieurs, où, malgré de nombreuses observations, aucun point fixe n’est encore réellement établi. Dès l’origine de la chimie moderne, il semblait que l’absorption pulmonaire de l’oxigène atmosphérique et sa transformation en acide carbonique devaient suffire àTexplication générale du grand phénomène de la conversion du sang veineux en sang artériel. Mais, si une telle action constitue certainement une partie indispensable du phénomène, on a fipi par reconnaître que la fonction est beaucoup plus compliquée que les chimistes ne pouvaientle présumer d’abord. L’ensemble deleurs travaux à ce sujet présente jusqu’ici les conclusions les plus contradictoires sur presque toutes les questions qui s’y rapportent. On ignore, par exemple, si la quantité d’acide carbonique formée correspond réellement à la quantité d’oxigène absorbée, ou si

elle est, au contraire, supérieure ou inférieure. La simple différence générale entre l’air inspiré et l’air expiré, qui constitue évidemment le premier point à éclaircir, n’est point encore, à beaucoup près, positivement établie. C’est ainsi, entre autres lacunes, que les diverses analyses laissent une incertitude totale sur la participation de l’azote atmosphérique, dont la quantité paraît à ceux-ci augmentée, à ceux-là diminuée, et à d’autres identique, après l’accomplissement du phénomène. On conçoit que les divergences doivent être encore plus prononcées relativement à l’appréciation beaucoup plus difficile des changemens qu’éprouve la composition du sang, et qui ne sauraient se réduire à une simple décarbonisation. Cette question fondamentale est extrêmement propre à caractériser la confiance naïve avec laquelle les chimistes sont naturellement disposés à aborder les sujets physiologiques, sans avoir aucunement mesuré ni même soupçonné les difficultés variées qui leur sont inhérentes. 11 est ici pleinement évident que les analyses chimiques les plus soignées doivent être essentiellementinfructueuses, tant qu’elles ne sont point dirigées d’abord d’après un juste aperçu physiologique de l’ensemble du phénomène, et modifiées eusuite par une exacte connaissance des limites générales de variations normales dont il est néces-

CHIMIE

sairement susceptible, à divers titres déterminés, et sous chacun de ses aspects principaux. Or, les physiologistes sont évidemment seuls compétens, en général, pour procéder ainsi.

L’étude de la chaleur animale donne lieu à des remarques aussi clairement décisives, si même Pinaptitude des chimistes et des physiciens n’y est encore mieux manifestée. D’après les premières découvertes de la chimie moderne, ce grand phénomène a d’ahord paru devoir être suffisamment expliqué parle dégagement de chaleur correspondant à la décarbonisation du sang dans l’appareil pulmonaire, que les chimistes envisageaient comme le foyer d’une véritable combustion. Mais unecon sidération plus complète et plus approfondie du sujet a bientôt prouvé aux physiologistes Pextrême insuffisance d’un tel aperçu partiel, pour satisfaire aux conditions essentielles du problème, même en se bornant au cas normal, et, à plus forte raison , dans les divers cas pathologiques. Quoiqu’il existe encore , à cet égard , une grande incertitude sur la vraie coopération de l’influence pulmonaire, il est du moins bien constaté désormais que celte action ne doit pas seule être envisagée dans l’analyse fondamentale d’un phénomène auquel, par sa nature, toutes les fonctions vitales doivent nécessairement concourir plus ou moins. 11 y a même lieu de pen-

ser aujourd’hui, en oppositiou directe à l’opinion des chimistes , que la respiration , loin de participer à la production normale de la chaleur animale, constitue, en général, au contraire, une source constante et nécessaire de ce refroidissement. Sans doute les phénomènes chimiques in cessamment déterminés par le mouvement vital doivent être pris en considération dans l’étude de la chaleur animale. Mais leur influence, qui se combine avec beaucoup d’autres, surtout daüs les organismes supérieurs, ne peut être bien appréciée que par lés physiologistes, seuls aptes à saisir l’ensemble d’un tel sujet.

On peut faire des remarques essentiellement analogqes sur la digestion , les sécrétions , et toutes les autres fonctions chimiques relatives à la vie or- s ganique. 11 sera toujours facile de vérifier que les études entreprises jusqu’ici par les chimistes su,r ces divers sujets ont été constamment mal conçues et mal dirigées, et que cette vicieuse institution provient principalement de n’avoir pas subordonné le point de vue chimique au point de vue physiologique. Quand cette relation, que les physiologistes peuvent seuls bien comprendre, aura été enfin convenablement établie, il deviendra indispensable de soumettre tous les travaux antérieurs à uue entière révision préalable , sans laquelle ils

CHIMIE

ue pourraient être définitivement employés dans la formation d'aucune doctrine positive. A l’égard des sujets de ce genre qui n’ont pas été abordés jusqu’à présent, la combinaison rationnelle du point de vue chimique avec le point de vue physiologique pourra y être instituée sans obstacles préliminaires, quoique elle n’y soit pas moins nécessaire. Il me suffit d’indiquer ici, comme dernier exemple , un seul de ces nouveaux cas , relatif à l’importante question, encore essentiellement intacte, de l’harmonie générale entre la composition chimique des corps vivans et celle de l’ensemble de leurs alimens, ce qui constitue un des principaux aspects de l’état vital.

Il est évident, en principe, que tout corps vivant, quelle qu’ait pu être son origine, doit se trouver, à la longue , nécessairement composé des divers élémens chimiques propres aux différentes substances, solides, liquides, ou gazeuses, dont il se nourrit habituellement, puisque, d’une part, le mouvement vital assujettit ses parties à une rénovation continue, et que , d’une autre, ou ne pourrait , sans absurdité, le supposer, comme l’ont pensé certains physiologistes métaphysiciens, capable de produire spontanément aucun véritable élément. Quand on se borne à établir celte comparaison d’une manière très générale, elle ne présente au-

cune difficulté essentielle. On doit même remarquer, avec quelque intérêt, que cette considération aurait pu conduire à deviner, pour ainsi dire, la nature générale des élémens principaux des corps vivans. Car, les animaux se nourrissent, en premier lieu, de végétaux, oud’autresanimaux, soumis euxmêmes à une alimentation végétale; et, en second lieu, d’air et d’eau, qui constituent d’ailleursla base essentielle delà nutrition desplantes: lemondeorganiquene pourrait donc évidemment comporter, en général, d’autres élémens chimiques que ceux fournis par la décomposition de l’air et par celle de l’eau. Ainsi, aussitôt que ces deux fluides ont été exactement analysés, les physiologistes auraient pu prévoir, en quelque sorte, que les substances animales et végétales doivent être essentiellement composées d’oxigène, d’hydrogène, d’azote et de carbone, comme la chimie l’enseigna bientôt. Une telle prévision eût été, il est vrai, extrêmement imparfaite, puisque cette vue générale ne pouvait nullement indiquer la différence fondamentale entre la composition des matières animales et celle des matières végétales, ni surtout pourquoi ces dernières contiennent, le plus souvent , tant de carbone et si peu d’azote. Mais ce premier aperçu, quoiqu’il commence à manifester la difficulté du problème , constate néanmoins la possibilité d’éta-

CHIMIE. 34g

blir, avec plus ou moins de précision , cette harmonie générale.

Il n’en est plus ainsi dès qu’on veut poursuivre, d’une manière un peu détaillée, une telle comparaison , qui engendre aussitôt une multitude d’objections importantes, jusqu’à présent insolubles. La plus capitale consiste en ce que l’azote parait être tout aussi abondant dans les tissus des animaux herbivores que dans ceux des carnassiers , quoique les alimens solides des premiers en soient presque entièrement privés. M. Berzélius a indiqué, comme propre à résoudre cette grande difficulté, son opinion particulière sur la nature de l’azote, qui, à ses yeux, ne constitue point un véritable élérhent, mais mie sorte d’oxide métallique. Cette hypothèse ne saurait évidemment suffire à l’explication du phénomène, à moins d’admettre, ce qui répuguerait justement à tous les chimistes et à M. Berzélius lui-même, que le prétendu radical de cet oxide se retrouve aussi dans l’hydrogène ou dans le carbone. L’opinion proposée par M. Raspail, suivant laquelle l’azote serait, en quelque sorte, adventice dans toutes les matières animales, qui ne contiendraient jamais cet élément qu’à l’état ammoniacal, ne remplirait pas mieux cette condition essentielle, puisqu’elle n’éclaircirait pas davantage l’origine de l’azote.

a5o PHILOSOPHIE POSITIVE.

Cetle opinion semble d’ailleurs jusqu’ici tout-ài’ait hasardée, et reposer uniquement sur unè vague hypothèse générale, relative à la prétendue unité «le composition chimique du monde organique. La difficulté subsiste donc encore, dans toute sa force primitive. Quoique l’ensemble du mouvement vital ait été jusqu’à présent très peu considéré sous cet aspect , il offre néanmoins une foule de cas analogues, plus ou moins prononcés, où l’on ne sait nullement expliquer la composition chimique des élémens anatomiques par celle des substances extérieures qui en constituent cependant l’origine incontestable. Telle est, par exemple, la question essentielle relative à la présence constante du carbonate et surtout du phosphate de chaux dans le tissu osseux, quoique la nature de l’ensemble des alimens ne paraisse presque jamais pouvoir donner lieu à la formation de ces deux sels.

Ce système de recherches, envisagé dan.^ toute son immensité, constitue certainement une des questions générales les plus importantes que puisse faire naître l’élude chimique de la vie. Or, ici, l’incompétence nécessaire des chimistes devient tellement évidente, que l'impossibilité de réunir un tel sujet à ce qu’on nomme la chimie organique ne saurait être, un seul instant, contestée, et aussi personne ne l’a-t-il jamais mise en doute. Quel

CHIMIE. a5i

succès réel pourrait-on espérer, à cet égard, de tout travail qui ne serait pas fondé sur une intime combinaison rationnelle du point de vue chimique aveclepoint devue physiologique? Non-seuleraent les questions chimiques sont alors toujours posées nécessairement, et sans cesse modifiées, d’après des considérations biologiques; mais l’usage prépondérant de celles-ci est, en outre, évidemment indispensable pour diriger à chaque instant l’emploi judicieux des moyens chimiques et la saine interprétation des résultats qu’ils fournissent. Aussi doit-on penser que, si cette vaste étude est jusqu’ici à peine ébauchée, cela ne tient point uniquement à sa haute diOiculté fondamentale, mais encore à cette vicieuse organisation des travaux scientifiques, relativement à toutes les questions de physiologie chimique, qui abandonne aux chimistes un ordre de recherches expressément destiné, par sa nature, aux seuls biologistes, et que ceux-ci ne sauraient trop promptement s’approprier désormais, après avoir convenablement rempli les conditions nécessaires. Du reste, celte conclusion générale doit se reproduire spontanément, sous un nouvel aspect, dans la seconde partie de ce volume.

L’ensemble de la discussion précédente suffit pour démontrer, d’une manière irrécusable, soit

a5a PHILOSOPHIE POSITIVE.

d’après des motifs généraux, soit par des vérifications spéciales, combien Pirralionnelle constitution de la chimie organique actuelle est profondément nuisible aux diverses études qui s’y trouvent rassemblées , d’abord sous le point de vue chimique, et surtout sous le point de vue physiologique. On doit donc tendre désormais à détruire irrévocablement cet assemblage hétérogène et purement factice, pour en réunir les différentes parties, suivantleurnaturerespective, les unes à ln chimie proprement dite, les autres à la biologie.

Ceux qui ne verraient, dans une telle opération philosophique , qu’une simple transposition de sujets, en quelque sorte indifférente, témoigneraient ainsi un sentiment très imparfait de l’importance des méthodes rationnelles, et de l’harmonie nécessaire entre la nature des questions scientifiques et l’ensemble des conditions indispensables à leur étude. C’est surtout pour prévenir une semblable erreur, trop commune aujourd’hui, que j’ai cru devoir insister sur ce point essentiel, de manière à caractériser les graves inconvéniens qui résultent si clairement de l’organisation scientifique actuelle. Quand les sciences sont vaguement classées, comme il arrive le plus souvent, d’après des principes arbitraires , les transpositions de l’une à l’autre peuvent être conçues sans enlraî-

chimie. a53

ner aucun dérangement important dans l’économie réelle de la philosophie naturelle. Mais, il n’en saurait être ainsi lorsque la hiérarchie des sciences a été directement fondée sur' la comparaison rationnelle des différens ordres de phénomènes, de façon à correspondre à l’ensemble du développement positif de notre intelligence , comme je me suis toujours efforcé de le faire dans cet ouvrage. Alors , les questions d’attribution scientifique deviennent, au contraire, pour chaque étude, les plus capitales qu’on puisse concevoir, puisque leur solution détermine aussitôt l’esprit général des recherches et la nature des moyens employés , et exerce par là , sur tous les progrès effectifs, une influence principale et nécessaire.

Il nous reste maintenant à examiner directement le principe général qui devra présider à la démolition rationnelle de la chimie organique , c’est-à-dire, à la répartition judicieuse de ses différentes portions entre la chimie et la physiologie. Les diverses considérations déjà indiqués dans cette leçon permettent d’établir aisément cette distinction fondamentale.

Tout se réduit, en effet , pour cela , comme je l’ai annoncé dans l’avant-dernière leçon , à la séparation essentielle entre l’état de mort et l’état de vie, ou, ce qui revient à peu près au même

sous le point de vue actuel , entre la stabilité et l’instabilité des combinaisons proposées, soumises à l’influence des agens ordinaires. Parmi les divers composés indistinctement réunis aujourd’hui sous la vague dénomination d’organiques , les uns ne doivent leur existence qu’au mouvement vital , ils sont assujettis à des variations continuelles, et «instituent presque toujours de simples mélanges : ceux-là ne sauraient appartenir à la chimie, et ils rentrent dans le domaine de la biologie, soit statique, soit dynamique , suivant qu’on étudie ou leur étal fixe, ou la succession vitale de leurs changemens réguliers; tels sont, par exemple, le sang, la lymphe, la graisse, etcf. Les autres, au contraire, qui forment les principes les plus immédiats des premiers, sont des substances essentiellement mortes, susceptibles d’une permanence remarquable, et présentant tous les caractères de Véritables combinaisons, indépendantes de la vie : ceux-ci ont évidemment leur place naturelle dans le système général de la science chimique , entre les substances d’origine inorganique , dont ils ne different réellement sous aucun rapport important ; les acides organiques, l’alcool , l’albumine, l’urée, etc., en offrent des exemples incontestables.

Ce second ordre de substances devrait seul com-

CHIMIE

poser le vrai domaine de la chimie organique, s’il pouvait exister aucun motif rationnel de séparer leur étude de celle de leurs divers analogues inorganiques, et si une semblable disposition n’avait point, en réalité, pour les uns et pour les autres, les plus graves inconvéniens scientifiques, comme je l’ai précédemment établi. Que la connaissance approfondie de telles combinaisons doive constituer un préliminaire spécialement indispensable à l’examen chimique des phénomènes vitaux, cela ne saurait être douteux; mais une telle propriété ne peut donner à cette partie de la chimie aucun droit particulier à la qualification exclusive d’ organique : autrement, on serait conduit à reconnaître le même caractère dans la théorie de l’oxigène , de l’hydrogène, du carbone et de l’azote (qui sont, au moins, tout aussi directement nécessaires à cet égard), et même dans l’étude de beaucoup d’autres substances acides, alcaline» ou salines, sans lesquelles l’anatomie et la physiologie chimiques seraient essentiellement inintelligibles. Quant aux phénomènes chimiques vraiment communs à tous les divers composés de celte classe, par suite de l’identité nécessaire de leurs élémens principaux, il importe certainement de les faire ressortir avec soip. Les plus généraux et les plus essentiels d’entre ces phé-

nomènes constituent aujourd’hui la théorie, si intéressante et si imparfaite encore , des différences espèces de fermentation. Mais la considération de ces propriétés communes n’est point, en' ellemême, d’un autre ordre que celle qui résulte du même motif fondamental envers beaucoup d’autres composés, purement inorganiques. On ne saurait en déduire , sans exagération , la nécessité rationnelle de réunir, par cela seul, l’ensemble de ces substances en une même catégorie générale, isolée de tout le reste du système chimique. Cette analogie devra seulement être judicieusement pesée plus tard , en concurrence avec toute autre analogie réelle, qui pourra se trouver, ou supérieure, ou inférieure , lorsqu’il s’agira d’établir directement la classification naturelle des éludes chimiques, sans qu’on puisse aujourd’hui nullement prescrire d’avance, à cet égard, le résultat final d’une telle discussion. La propriété de fermenter, quelque grande que soit son irapor- , tance effective, n’a pas, sans doute, une plus haute valeur scientifique que la propriété de brûler , et ne saurait constituer davantage un attribut caractéristique, ni un titre prépondérant et exclusif de classification. Néanmoins, il est bien reconnu aujourd’hui qu’on avait d’abord accordé une influence exagérée à la considération du phé-

CHIMIE

uomène de la combustion, dans l’ensemble des substances inorganiques. Pourquoi n’en serait-il point de même aujourd’hui, envers les substances dites organiques , pour le phénomène de la fermentation, ou pour toute autre propriété commune ? Il y aurait donc une vaine présomption à vouloir assigner , dès à présent , la vraie position définitive de ces derniers composés dans le système rationnel de la science chimique : une telle question serait évidemment prématurée. Mais, nous pouvons affirmer, avec une pleine sécurité, que, dans ce système, ces diverses combinaisons seront nécessairement plus ou moins séparées les unes des autres, et intercalées parmi les combinaisons dites inorganiques. Or, il n’en faut pas davantage pour décider irrévocablement la question qui constitue le principal objet de la leçon actuelle, quant au maintien ou à la suppression de la chimie organique comme un corps de doctrine distinct.

Le principe que je viens de poser ne peut laisser aucune difficulté essentielle pour distinguer exactement ce qui, dans cet ensemble artificiel, doit être incorporé à la chimie proprement dite, en réservant l’examen ultérieur du mode d’incorpora lion -, et ce qui, au contraire, doit être enfin ressaisi par les physiologistes comme vraiment relatif à

Page 1