‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 13 sur 40 · TOME · texte numérisé non relu

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l’étude de la vie. Au reste, ce principe u’étaut nullement arbitraire , les conséquences naturelles de son application à chaque cas particulier dissiperaient nécessairement toute incertitude, s’il pouvait en exister encore. Car, il suffirait de se demander si l’examen scientifique de la question proposée peut être effectué, d’une manière satisfaisante, par le seul emploi des connaissances chimiques, ou bien s’il exige aussi le concours indispensable des considérations biologiques. D’après une telle alternative, aucun bon esprit ne pourrait plus hésiter sur le vrai classement de tfhaque sujet de recherches. On a droit de s’étonner, par exemple, que la nécessité, bien reconnue aujourd’hui par tous les chimistes, d’introduire, dans leurs traités de chimie organique, diverses notions de physiologie végétale et animale (ordinairement, il est vrai , très vagues ou très superficielles), rte les ait point éclairés sur la confusion fondamentale de deux, ordres d’idées hétérogènes, qui caractérise cette partie du système actuel de leurs études.

Il serait contraire à la nature de cet ouvrage d’examiner ici aucun usage spécial de ce principe d’attribution scientifique, que j’ai dû me borner à formuler nettement après l’avoir sommairement motivé. Toutefois, en considérant l’ensem-

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ble de ses applications, il convient de remarquer que , dans ce dépècement total de la chimie organique actuelle au profit de la chimie proprement dite et de la biologie, ses deux parties essentielles, relatives, l’une à l’étude des substances végétales, l’autre à celle des substances animales, devront, par leur nature , se répartir très inégalement entre ces deux sciences fondamentales. La première, en effet, fournira nécessairement davantage à la chimie, et la seconde à la biologie./^

Un premier aperçu pourrait faire penser que la différence doit plutôt exister en sens inverse, car l’importance proportionnelle des considérations chimiques est réellement plus grande à l’égard des végétaux vivans qu’envers les animaux, pour lesquels , après qu’on a dépassé les rangs très inférieurs de la hiérarchie zoologique, les fonctions chimiques, quoique constituant toujours la base indispensable de leur vie, deviennent subordonnées à un ordre supérieur de nouvelles actions vitales. Mais, néanmoins, en vertu du degré plus élevé d’élaboration vitale que reçoit la matière dans l’organisme auimal , comparé à l’organisme végétal, il demeure incontestable que la partie chimique de la physiologie animale présente beaucoup plus d’étendue et de complication que celle qui correspond à la physiologie végétale, où raan-

que, par exemple, toute l’importante série des phénomènes de la digestion , où aussi l’assimilation et les sécrétions sont , comparativement, très simplifiées. La seule inspection générale d’un traité quelconque de chimie organique , permet de vérifier aisément que les questions de nature évidemment physiologique , se trouvent, en effet , bien plus multipliées dans la chimie animale que dans la chimie végétale. C’est l’inverse , au contraire, quant aux questions dont la nature est vraiment chimique. A raison même de cette élaboration vitale plus profonde, et du nombre supérieur de leurs élémens , les substances animales proprement dites doivent être, en général , beaucoup moins stables que la plupart des substances végétales ; rarement peuvent-elles persister en dehors de l’organisme ; et , en même temps , les nouveaux principes immédiats qui leur appartiennent exclusivementsont si peu nombreux que leur existence a pu être mise directement en question. La végétation constitue évidemment la principale source des vrais composés organiques , que l’organisme animal ne fait le plus souvent qu’emprunter à l’organisme végétal, en les modifiant, plus ou moins, soit par leurs combinaisons mutuelles, soit par de nouvelles influences extérieures. Ainsi, le domaine rationnel de la science chimique doit

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être nécessairement bien plus augmenté par l’étude des substances végétales que par celle des substances animales. Telles sont les principales remarques philosophiques auxquelles puisse donner lieu ici l’application générale de la règle fondamentale de répartition que j’ai proposée, et dont une semblable comparaison m’a paru propre à rendre plus sensible le caractère essentiel.

La nécessité d’assujettir à la loi du dualisme les composés organiques dont l’étude doit être définitivement incorporée au système général de la science chimique , a été assez hautement constatée, sous les rapports les plus importans, dans la suite des leçons précédentes , pour que je sois entièrement dispensé de revenir ici, d’une manière spéciale , sur cette grande question de philosophie chimique. Je crois, néanmoins, convenable d’indiquer , en dernier lieu , un nouvel aspect, plus particulier, sous lequel une telle conception peut contribuer au perfectionnement ides théories chimiques, en établissant une harmonie plus satisfaisante entre la composition des diverses substances organiques et l’ensemble de leurs propriétés caractéristiques.

En considérant ces substances comme ternaires ou quaternaires, l’identité de leurs trois ou quatre élémens essentiels ne permet d’expliquer leur

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multiplicité très variée que par la seule diversité des proportions de leurs principes constituant». J’ai examiné ailleurs )a difficulté fondamentale qui en résulte pour l’entière généralisation de la doctrine des proportions définies, et j’ai fait connaître le moyen principal d’y remédier. Mais, ici, en poursuivant, sous un autre point de vue, les conséquences d’une telle conception , je dois faire remarquer que, dans un grand nombre de cas, elle conduit à expliquer des différences très prononcées entre deux substances organiques par une très faible inégalité de leurs compositions numériques, de manière à choquer souvent l’ensemble des analogies chimiques. Il y a plus même. Outre cette insuffisante harmonie, la chimie organique offre déjà quelques exemples irrécusables, qui paraissent tendre aujourd’hui à se multipliée beaucoup , où l’on ne peut saisir ancusse différence réelle de composition entre deux substances, qu’une exacte comparaison de leurs principales propriétés ne permet d’ailleurs nullement de re garder comme identiques : tels sont, entre autres, le sucre et lia gomme. La manière actuelle de philosopher entraîne nécessairement les chimistes à supposer une très légère inégalité de composition numérique, dont leurs moyens analytique» ne sauraient être assez précis pour constater l’es»

tence réelle. Un tel expédient, quoique très naturel, ne fait, tout au plus, que reculer la difficulté sans la résoudre; et il est, en lui-même, directement contraire à l’esprit général de la vraie philosophie chimique , qui prescrit évidemment de proportionner toujours la différence de composition au degré de diversité des principaux phénomènes. Or, oti peut aisément concevoir que la dualisation des composés organiques tend à dissiper entièrement cet ordre important d’anomalies. Car, en distinguant convenablement l’analyse immédiate de l’analyse élémentaire, le dualisme chimique permet de résoudre directement, delà manière la plus naturelle, le paradoxe général de la diversité réelle de deux substances composées des mêmes élémcns, unis suivant les mêmes proportions. En effet , ces substances isomères différeraient alors par leurs analyses immédiates, quoique, dans l’analyse élémentaire, elles eussent fourni des résultats parfaitement identiques, ce qu’il est très facile de concilier , en procédant à peu près comme je l’ai fait dans l’avant-dernière leçon pour la lcd des proportions définies. Les chimistes ont déjà remarqué, par exemple, dans une tout autre intention , la possibilité de représenter exactement la composition numérique de l’alcool, ou de l’éther, etc., d’après plusieurs formules bi-

naires , radicalement distinctes les unes des autres, et néanmoins finalement équivalentes quant à l’analyse élémentaire, en combinant, tantôt le gaz défiant avec l’eau, tantôt l’hydrogène carboné avec l’acide carbonique ou avec le deutoxide d’hydrogène, etc. Or, si ces combinaisons fictives devenaient jamais susceptibles de réalisation , elles» donneraient évidemment lieu à des substances très distinctes, qui pourraient même différer beaucoup par l’ensemble de leurs propriétés chimiques, et qui cependant coïncideraient parleur composition élémentaire. Parmi les composés purement inorganiques, et bien dualisés aujourd’hui, on conçoit, par exemple, que le sulfite formé par uu métal au plus haut degré d’oxidation, pourrait produire, à l’analyse finale, des résultats absolument identiques à ceux que four nirait le sulfate du même métal moins oxidé, sans que, personne eût néanmoins la pensée de confondre ces deux composés. 11 suffirait donc de transporter le même esprit dans l’élude des combinaisons organiques, par l’établissement d’un dualisme universel, pour dissiper aussitôt toutes ces anomalies paradoxales. Les considérations indiquées dans la trente - septième leçon sont très propresà faire ressortir toute la fécondité nécessaire de cette nouvelle ressource générale, qui se trouve

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ainsi pouvoir être heureusement préparée avant que les cas d’isomérie soient encore devenus très fréquens.

Tel est l’ensemble des considérations générales que je devais signaler, dans cette leçon, pour compléter l’appréciation philosophique du corps de doctrine radicalement hétérogène que forme aujourd’hui la chimie organique. On ne peut plus tarder à reconnaître ainsi que le maintien irréfléchi de cette conception vicieuse constitue directement un obstacle insurmontable à toute systématisation vraimeutrationnelledela science chimique. Los physiologistes surtout seront , sans doute, bientôt disposés à sentir convenablement combien l’abandon inexcusable d’une partie fondamentale de leurs attributions entre les mains des chimistes, nécessairement plus ou moins incompéftens, est profondément nuisible au progrès général de la science biologique. D’après le principe que j’ai établi, la répartition judicieuse de la chimie organinique entre la chimie et la biologie ne peut donner lieu à aucune grande difficulté scientifique. Enfin, le dualisme systématique permet d’établir une uniformité fondamentale dans l’étude chimique de tous les composés, sans acception d’origine organique ou inorganique, en même temps qu’il fournit le

moyeu généra) de les ramener tous aux mêmes lois essentielles de composition numérique, et qu’il conduit aussi à instituer partout une exacte harmonie naturelle entre la composition des subs-‘ tances et l’ensemble de leurs caractères#

Par la suite des leçons déjà contenues dans ce volume, je me suis efforcé de caractériser avec exactitude le véritable esprit général de la science chimique, successivement envisagée sous tous les points de vue philosophiques que comporte son état actuel , en dirigeant cet examen de manière à faire bien ressortir les principales conditions indispensables à son perfectionnement essentiel, qui doit bien moins consister désormais en une vaine surabondance de nouveaux matériaux que dans la systématisation rationnelle des connaissances déjà acquises , la chimie étant au jourd’hui aussi riche en détails qu’elle est imparfaitement constituée comme science fondamentale. Deux pensées prépondérantes, distinctes, mais intimement liées, ont dominé l’ensemble de ce travail sur la philosophie chimique : la fusion de toutes les études chimiques, préalablement bien circouscrites d’après la nature de la science, en un seul corps de doctrine homogène ; la réduction universelle de toutes les combinaisons quelconques à la conception in-

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dispensable d’un dualisme toujours facultatif. Je me suis surtout attaché à présenter ces deux conditions corrélatives comme strictement nécessaires pour la constitution définitive de la science chimique, avec le caractère qui lui est propre et le genre de consistance que comporte sa nature. L’application directe d’une telle conception philosophique à la seule partie des études chimiques qui manifeste réellement aujourd'hui une rationnalité positive, a dû mettre hors de doute son opportunité générale, en montrant son aptitude spontanée à résoudre complètement les anomalies fondamentales de la chimie numérique. Ainsi, cet examen de la philosophie chimique, outre qu’il constitue un élément indispensable de mon système général de philosophie positive, pourra contribuer immédiatement au progrès futur de la science chimique, s’il parvient à fixer convenablement l’attention des esprits spéciaux.

Cette nouvelle partie fondamentale de la grande opération philosophique que j’ai osé entreprendre complète l’appréciation de l’ensemble de la philosophie naturelle , en ce qui concerne les phénomènes universels, ou inorganiques. Jey dois maintenant procéder à l’examen d’un ordre de phénomènes beaucoup plus compliqué, dont l’étude rationnelle, nécessairement encore plus im-

parfaite, est jusqu’ici à peine organisée, etqui, néanmoins, malgré leur spécialité, dopnent lieu à la partie la plus indispensable de la philosophie naturelle, celle dont l’homme, et ensuite la société , constituent directement l’objet principal, et sans laquelle, par cela même, aucune conception positive , d’une nature quelconque, ne saurait être rigoureusement complète; ce qui la lie intimement au développement fondamental de notre intelligence dans toutes les directions possibles.

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