‹ Cours de philosophie positive (volume 4)Chapitre 4 sur 40 · IO · texte numérisé non relu

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lions , l’une par la délicatesse des procédés, l’autre

par leur énergie?

Une considération très importante, relative au point de vue synthétique, peut conduire, en effet, à montrer que, dans l’étude des combinaisons envisagées aujourd’hui comme plus que binaires, on ne distingue point assez l’analyse immédiate de l’analyse élémentaire : c’est l’extrême difficulté, et même, jusqu’ici, l’entière impossibilité pour la plupart des cas, de vérifier, par la synthèse, les résultats analytiques propres à ces substances. J’ai établi en principe, dans la leçon précédente, que la synthèse immédiate est, en général, caractérisée par sa facilité, tandis que la synthèse élémentaire l’est, au contraire, par les grands obstacles qu’elle doit présenter presque toujours. Ainsi, réciproquement, l’impossibilité d’opérer la recomposition constitue, ce me semble, un motif très rationnel de présumer que l’analyse n’a pas été immédiate, lorsque celte conclusion ne saurait d’ailleurs être attaquée par aucune autre considération , ce qui a certainement lieu ici. Ainsi, par exemple, on fait, d’ordinaire, hautement ressortir l’impossibilité de reproduire, par la synthèse, les substances végétales ou animales : on l’a même érigée en une sorte de principe empirique. Mais, cette prétendue impossibilité ne tiendrait-elle point uniquement à ce

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qu’on s’obstine à opérer une synthèse élémentaire, Jà où il faudrait procéder par une synthèse immédiate, dont les matériaux devraient être, en beaucoup de cas, préalablement découverts? Cette remarque se vérifie pour une foule de combinaisons, dont le dualisme n’est, toutefois, nullement douteux , et avec la seule différence que les principes immédiats sont mieux connus. Si, pour suivre l’exemple du nitre précédemment choisi, on entreprenait de le recomposer par la combinaison directe de l’oxigène, de l’azote, et du potassium, il est incontestable qu’on n’y parviendrait pas davantage que lorsqu’il s'agit de reproduire les substances organiques en unissant tout d’un coup leurs trois ou quatre éléniens : les obstacles qu’on fait justement valoir dans ce dernier cas, seraient, en effet, essentiellement analogues et tout aussi puissans à l’égard du premier. Afin de prendre un exemple encore plus frappant, j’indiquerai, à ce sujet, l’expérience vraiment capitale où M. Wœhler est parvenu à reproduire l’urée. Eut-il pu, en effet, obtenir un tel succès, si, d’après le préjugé ordinaire, il avait tenté de combiner directement l’oxigène, l’hydrogène, le carbone, et l’azote, qui concourent à former la constitution élémentaire de cette substance, au lien d’unir seulement ses deux principes immédiats, jusque alors

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inconnus en celte qualité? Ayons-nous réellement aucun motif .rationnel de penser qu’il n’en est point ainsi dans tous les autres cas?

Les chimistes peuvent donc, désormais, ce .me semble, sans contredire réellement aucune observation positive, et en se conformant, au contraire, aux plus puissantes analogies, attribuer une entière généralité au principe fondamental du dualisme de toute combinaison , sous cette seule condition, facile à remplir sans doute, de regarder comme étant encore très imparfaite l’analyse actuelle des substances plus que binaires, et surtout des substances dites organiques, dont les vrais principes immédiats resteraient ainsi à découvrir. A la vérité, ces principes inconnus ne sauraient être conçus qu’en imaginant entre l’oxigène, l’hydrogène, le carbone, et l’azote, ûn nombre assez considérable de nouvelles combinaisons binaires, du premier et du second ordre, dont la réalisation doit sembler aujourd’hui presque impossible. Mais, cette indispensable supposition, quoique peu compatible avec les habitudes actuelles, n’entraîne réellement aucune grande difficulté scientifique; car, il suffit d’admettre cette réflexion très naturelle, que nos procédés analytiques sont, à cet égard, jusqu’ici trop violens et trop grossiers pour séparer les principes iimné-

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diats sans les décomposer. Quant à l’objection du , nombre, elle ne saurait être prépondérante. Nous connaissons maintenant, en effet, au moins cinq combinaisons bien distinctes entre l’azote et l’oxigène; la notion d’un seul oxide d’hydrogène, qui, pendant quarante ans, avait semblé si inébranlable, a fait place à celle de deux composés très caractérisés; le carbone et l’azote, qui ne paraissaient point susceptibles d’être combinés, forment aujourd’hui le cyanogène; et, de même, dans presque tous les autres cas analogues. Rien n’empêche donc de concevoir, par extension, qu’il puisse exister, entre les élémens des substances ternaires ou quaternaires, plus de combinaisons directes et toujours binaires que la chimie n’en a encore constatées, indépendamment des composés des ordres suivans, dont la variété doit naturellement être bien supérieure. 11 est extrêmement vraisemblable que, sans aller même au-delà du second ordre, on pourrait former, avec ces élémens, assez de principes immédiats parfaitement distincts pour correspondre exactement, par un dualisme perpétuel, à la composition réelle de toutes les substances organiques vraiment différentes, qui, d’un autre côté, suivant la critique, très rationnelle, au fond, quoique fort exagérée de M. Raspail, doivent être réputées beaucoup

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moins nombreuses que ne le fait supposer ordinairement un examen superficiel et peu judicieux, comme je l’indiquerai spécialement dans la trente** neuvième leçon.

On doit , toutefois , remarquer , à ce sujet , que si les chimistes ne devaient point se décider enfin à circonscrire , d’une manière véritablement scientifique, le sens propre et général du mot substance, ce qui se réduirait à subordonner toujours son acception à l’idée d’une combinaison réelle, le dualisme universel et indéfini ne pourrait être soutenu : car on citerait aisément , surtout dans la chimie physiologique, plusieurs cas très prononcés, où le défaut de dualisme est irrécusable; Mais, à moins de confondre entièrement la notion de dissolution, et même celle de mélange , avep celle de combinaison, on ne saurait envisager comme une véritable substance chimique sui ge~ neris, un assemblage fortuit de substances hétérogènes , dont l’agglomération est , presque toujours, évidemment mécanique, tels que la sève, le sang , l’urine , un caloul biliaire ou urinaire , etc. , où le nombre des prétendus principes immédiats peut, en quelque sorte, être tout-à-fait illimité. En étendant, d’une manière aussi vague et indéfinie, la signification , dès lors presque arbitraire, du mot substance, si précieux, néanmoins, pour la

science chimique, il ne serait pas, sans doute ^ plus irrationnel de traiter comme autant de nouvelles substances chimiques, les eaux des différentes mers, les diverses eaux minérales , les terrains naturels les plus hétérogènes, etc. , et même, mieux encore, les mélanges purement artificiels d’un nombre quelconque de sels jetés au hasard dans une même dissolution aqueuse ou alcoolique. Du reste, les considérations réservées pour la trente-neuvième leçon indiqueront , j’espère, les moyens de faire disparaître , à l’égard des matières animales et végétales, les seules difficultés sérieuses qu’un tel sujet puisse présenter; en montrant que l’incertitude et la confusion à cet égard proviennent essentiellement de ce que , jusqu’ici, on n’a point assez séparé , par une opposition nette , rigoureuse , et convenablement approfondie, le point de vue chimique du point de vue physiologique. Sous ce rapport, comme sous tarit d’autres précédemment signalés , on doit assurer que les notions les plus élémentaires de la philosophie chimique ne sauraient être établies d’une manière pleinement rationnelle, et de façon à réunir les trois propriétés essentielles de la clarté, de la généralité, et de la stabilité, sans être préalablement fondées sur une comparaison d’ensemble suffisamment élaborée, entre la chimie et

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la biologie, comparaison qu’un système complet de philosophie positive peut seul régulièrement organiser.

En considérant , sous le point de vue fondamental qui nous occupe ici , le mouvement actuel des idées chimiques, la tendance universelle à un dualisme complet commence à s’y manifester aujourd’hui d’une manière non équivoque. Je ne fais pas seulement allusion à l’assimilation de plus en plus prononcée qu’on tente d’établir entre les combinaisons organiques et les combinaisons inorganiques, quoiqu'il en résulte nécessairement un progrès indirect, mais évir^nt, vers le dualisme systématique. J ai surtout en vue les expériences analogues a celle de M. Whœler, malheureusement encore trop rares, où l’on ramène directement au dualisme, soit par l’analyse, ou par la synthèse, les composés qui semblaient le plus s’y refuser. On doit même remarquer, enfin, sous ce rapport , la disposition , devenue très commune, à représenter, en quelque sorte spontanément , par une formule binaire, la proportion des élémens propres aux substances les plus compliquées. Sans doute, il n’y a point un véritable dualisme, lorsque, par exemple, on exprime le résultât nié mérique de l’analyse élémentaire de l’alcool, en énonçant, pour plus de facilité, la composition

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