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TOME II

iGa PHILOSOPHIE POSITIVE.

nomes, quand ces phénomènes furent découverts. Telle est la troisième considération fondamentale, qui me reste à indiquer ici, au sujet du mouvement de la terre.

■Il est préalablement indispensable d’examiner comment l’astrdnomie parvient à mesurer la vitesse avec laquelle la lumière se propage.

Les distances terrestres sont beaucoup trop petites pour que le procédé qui permet d’estimer,

' par des observations directes, la durée de la propagation du son , puisse être jamais applicable à la lumière, dont le mouvement est tellement rapide qu’on ne saurait constater, quelques précautions qu’on ait prises , la moindre différence perceptible entre l’instant où la lumière est émise en un certain lieu et le moment où elle est vue d’un autre lieu aussi éloigné que possible , quoique les deux phénomènes ne soient pas sans doute exactement simultanés. Mais la grandeur des espaces intérieurs de notre système solaire comporte, au contraire, une évaluation très précise de cette vitesse. Toutefois, il semble au premier abord, que, quel que soit le temps employé par la lumière à nous venir des astres, il n’en doit résulter qu’un simple retard dans l’époque que nous assignons à chacune do leurs positions, çe qui n’exer cerait aucune influence sur nos observations com-

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paratives. C’est pourquoi ce temps ne peut être aperçu et mesuré qu’en considérant des phénomènes uniformes qui s’exécutent successivement à des distances de la terre extrêmement inégales, et qui, dès lors, présenteront pour celte seule cause des différences appréciables suivant les diverses situations. Tel est, en effet, le procédé imaginé par Roëmer, auteur de cette immortelle découverte, que lui fournit l’observation comparative des éclipses des satellites de Jupiter dans les situatiôns opposées de celte planète à l’égard de la terre.

Le premier satellite , par exemple, est éclipsé pat- Jupiter toutes les quarante-deux heures et demie Supposons que les tables en aient été dressées pour la moyenne distance de Jupiter à la terre, qui a lieu lorsque Jupiter nous semble à' quatrevingt-dix degrés environ du soleil. En comparant a cette situation moyenne l’époque de Popposihon et celle de la conjonction, il est clair que i apparition de l’éclipse aura lieu plus tôt dans le premier cas, et plus tard dans le second, à cause , chemin moindre ou plus grand que la lumière devra parcourir. La confrontation des deux cas * extrêmes détermine le temps très sensible employé par la lumière à décrire le diamètre de orbite terrestre, et il en est résulté qu’elle nous

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vient du soleil en huit minutes environ, L’observation des autres satellites , et , plus tard , celle es satellites de Saturne et même d’Uranus, ont fourni à cet égard de nombreux moyens de vérification, qui, d’ailleurs, ont constaté l’exacte uniformité du mouvement de la lumière, du moins entre

les limites de notre monde.

D’après cette importante détermination préliminaire, il devient aisé de concevoir comment le mouvement de la terre produit les phénomènes de l’aberration de la lumière da*hs les étoiles et dans les planètes.

Quoique la lumière emploie certainement plusieurs années à nous parvenir, même des étoiles les plus voisines, il n’en peut évidemment résulté,. si la terre est immobile, qu’une simple erreur d’époque , et jamais aucuue erreur de lieu. Au contraire, notre mouvement doit nécessairement altérer un peu la direction suivant laquelle nous apercevons l’astre, et qui 8 obtient alors en composant , d’après la règle ordinaire du parallélogramme des mouv emeus, la vitesse de la lumière avec celle de la terre. Comme la première est environ .dix mille fois supérieure à la seconde, cette déviation ne peut être, à son maximum (qui a lieu lorsque les deux mouvemens sont rectangulaires), que de vingt secondes, tantôt

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en un sens, tantôt dans l’autre; d’où résulte au plus une variation de quarante secondes dans les positions des étoiles pendant tout le cours de l’année. Il fallait donc tcftite la précision des observations modernes pour parvenir à la constater avec une entière certitude, quoique plusieurs astronomes aient semblé l’entrevoir un peu avant Bradley, sans pouvoir d’ailleurs se l’expliquer en aucune manière.

La loi fondamentale de cette déviation ne laisse évidemment rien d’arbitraire. L’aberration a toujours lieu dans le plan qui passe à chaque instant par la direction variable et exactement connue du mouvement de la terre, et par le rayon visuel mené à l’étoile, qui peut être regardé, d’après la leçon précédente, comme sensiblement parallèle , en tous temps, à la droite que déterminent la longitude et la latitude de cet astre. L’angle formé par ces deux droites règle tous les charigemens que ce phénomène doit présente?. Tout est donc mathématique ici, et peut être confronté, sans la moindre équivoque, à l’observation directe, après avoir, pour plus de facilité, déduit de l’aberration primitive les variations qu’elle entraîne dans l’ascension droite et la déclinaison , préalablement corrigées de la précession.

Eu considérant la marche générale du plié-

nomène, ou peut envisager l’ensemble des rayons visuels menés à l’éloile dans toutes les positions de la terre, comme formant un cylindre plus ou moins oblique , dont la base est le cercle de l’écliptique. Le plus grand angle que la génératrice de ce cylindre puisse former avec la tangente de la base , et qui détermine la plus grande aberration , a lieu dans les deux points diamétralement opposés où son plan est perpendiculaire à l’écliptique : l’angle est au contraire le plus éloigné possible d’être droit, d’où résulte le minimum d’aberration , dans les deux points de l’écliptique situés à quatre-vingt-dix degrés des précédens. Le développement total du phénomène, pendant le cours de l’année, doit donc présenter quatre phases principales, deux maxima et deux minima , tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, suivant les directions opposées de la terre aux deux moitiés de sa route. Cette marche caractéristique de l’aberration, etfturtout la périodicité si frappante de l’ensemble des phénomènes après chaque année révolue , ont été pour Bradley les premiers symptômes qui l’aient naturellement conduit ù en chercher la vraie théorie dans la combinaison du mouvement de la terre avec le mouvement de la lumière.

L’aberration doit, évidemment, présenter des

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différences très considérables suivant les diverses étoiles. Ce qui vient d’être indiqué sur sa rnorche générale, correspond essentiellement au cas le plus ordinaire d’une étoile plus ou moins écartée de l’écliptique. Mais, si l’on envisage les deux cas extrêmes, il nst d’abord évident que, pour une étoile située au pôle de l’écliptique, le cylindre précédent deviendra droit, et, par conséquent, l’aberration fondamentale aura toujours la même valeur, égale àson maximum de vingt secondes, et seça seulement tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Quant au contraire, à une étoile située exactement dans le plan de l’écliptique, les variations seront plus prononcées qu’en aucun autre cap ; puisque, notre cylindre se réduisant alors à un v plan, L’aberration pourra être nulle à deux époques opposées de l’année , tandis que , à trois mois de chacune d’elles, elle atteindra toute sa valeur. Voilà donc uue nouvelle source de vérifications très sensibles pour la théorie générale de l’abecralipu.

Enfin , l’observation des planètes doit nécessairement être affectée aussi d’uue erreur de lien semblable à l’aberx:alion des étoiles. Seulement, la loi fondamentale en. est plus compliquée ; car, au lieu, du simple parallélogramme des mouvemeus , il faut considérer alors le parallélépipède

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destiné à composer les trois vitesses de la lumière, de la terre, et de la planète ; ce qui produit des formules plus embarrassantes; mais d’ailleurs entièrement analogues. Celte nouvelle aberration est susceptible d’un troisième genre de changement, dû aux vitesses fort inégales des diverses planètes, indépendamment de celles qui correspondent aux directions continuellement variables de la terre et de la planète. 11 en résulte des différences plus étendues entre les valeurs extrêmes du phénomène, ainsi qu’une moindre régularité dans ses phases principales , quoique tout continue évidemment à pouvoir être calculé à priori avec exactitude.

Tel est,, dans son ensemble, l’esprit du beau travail de Bradley , qu’on peut considérer comme présentant, après la grande suite de recherches de Kepler, la plus haute manifestation de génie astronomique qui ait jamais été produite jusqu’ici : une nouvelle classe de phénomènes très délicats et très variés , ramenée mathématiquement tout entière, et jusque dans ses moindres détails numériques , à un seul principe éminemment simple et lucide. Le merveilleux accord de cette théorie . avec les observations directes les plus précises, diversifiées de mille manières , nous offre donc enfin une démonstration complètement ir-

rëcusable de la réalité du mouvement annuel de la terre, sans lequel aucun de ces nombreux phénomènes ne saurait évidemment avoir lieu.

La vitesse due à la rotation quotidienne de , notre globe doit aussi , d’après le même principe fondamental, produire une certaine aberration diurne, présentant, comme l’aberration annuelle, quatre phases principales et analogues, séparées par des intervalles de six heures, et susceptible, en outre, d’un nouvel ordre de variations, suivant les latitudes des divers observatoires. Mais nos observations ne deviendront peut-être jamais assez précises pour procurer à notre intelligence la vive satisfaction de trouver, dans un même ordre de phénomènes, une démonstration mathématique de la rotation de notre planète aussi bien que de sa translation. En effet, la vitesse qui résulte de la rotation de la terre étant plus de soixante fois moindre, même à l’équateur, que celle due à la translation , le maximum de cette aberration diurne est un peu au-dessous de un tiers de seconde, et par conséquent inappréciable jusqu’ici. 11 en serait, à bien plus forte raison, de même pour les plus grandes vitesses artificielles que nous puissions nous imprimer, et qui no sauraient produire aucune aberration perceptible

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dans les objets fixes vers lesquels nous dirigerions

nos regards pendant ces mouvemens.

Il ne faut pas négliger de noter, au sujet de la théorie de l’aberration , que tous les calculs y étant fondés sur l’uniformité du mouvement de la lumière, leur exacte harmonie avec l’observation immédiate a étendu , aux plus grands espaces imaginables, la preuve de cette uniformité, constatée seulement jusque alors dans l’intérieur de notre monde par le travail de Roëmer. En même temps, on a ainsi reconnu que la vitesse de la lumière est la même pour toutes les étoiles, ou, du moins, que les différences ne peuvent point s’élever à un vingtième de la valeur moyenne.

Enfin, il est évident que la connaissance de l’aberration a nécessité désormais, dans toutes les observations astronomiques , une nouvelle correction fondamentale, à joindre à celles de la réfraction et de la parallaxe, avant de pouvoir les employer à des déterminations qui exigent toute la précision possible. Il en est de même à l’égard de la pcéecssion et de la nutation. Ces trois nouvelles corrections générales peuvent se faire par des formules trigonoinélriques essentiellement analogues à celles déjà usitées pour la réfraction et la parallaxe, sauf le changement des coelliciens. On conçoit que, par l’ensemble de ces opérations,

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le simple dépouillement d’une observation brute, faite «avec les meilleurs instrumens, soit devenu, pour les modernes, une opération délicate et pénible.

Telles sont, en aperçu, les diverses considérations essentielles dont l’influence combinée a graduellement conduit l’homme à reconnaître enfin, delà manière la plus irrésistible, le double mouvement effectif de la planète qu’il habite. Aucune révolution intellectuelle ne fait autant d’honneur à la rectitude naturelle de l’esprit humain , et ne montre aussi bien l’action prépondérante des démonstrations positivessurnos opinions définitives, car aucune n’a eu à surmonter un tel ensemble d’obstacles fondamentaux. Un très petit nombre de philosophes isolés, sans autre supériorité sociale que celle qui dérive du génie positif et de la science réelle , a suffi pour détruire, en moins de deux siècles, chez tous les hommes civilisés, une doctrine aussi ancienne que notre intelligence, directement établie sur les apparences les plus fortes et les plus vulgaires , intimement liéeau système entier des opinions dirigeantes, et, par suite, aux intérêts généraux des plus grands pouvoirs existans, et à laquelle, enfin, l’orgueil humain prêtait même un appui instinctif, dans le secret de chaque conscience individuelle.

Ce 11’est pas ici le lieu d’analyser l’influence nécessaire qu’une innovation aussi radicale a effectivement exercée et doit exercer déplus en plus sur l’ensemble des idées humaines. Cet examen appartient spécialement à la dernière partie de cet ouvrage, destinée, comme on sait, à étudier les lois naturelles de notre développement social. Mais il convient d’indiquer ici, d’une manière générale, l’opposition directe et inévitable que présente la connaissance du mouvement de la terre avec tout le système des croyances théologiques. Ce système, en effet, repose évidemment sur la notion de l’ensemble de l’univers essentiellement ordonné pour l’homme 5 ce qui doit paraître absurd e, même aux esprits les plus ordinaires, quand il est enfin constaté que la terre n’est point le centre des mouvemens célestes , qu’on n’y peut voir qu’un astre subalterne, circulant à son rang et en son temps, autour du soleil, entre Vénus et Mars, dont les habitans auraient tout autant de motifs de s’attribuer le monopole d’un monde qui est lui-même presque imperceptible dans l’univers. Les demi-philosophes qui ont voulu maintenir la doctrine des causes finales et des lois providentielles, en s’écartant des notions vulgaires admises de tout temps sur la nature de leur destination , sont

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tombés, ce me semble, dans une grave inconséquence fondamentale. Car, après avoir ôté la considération, au moins claire et sensible, du plus grand avantage de l’homme , je defie qu’on puisse assigner aucun but intelligible à l’action providentielle. L’admission du mouvement de la terre , en faisant rejeter celle destination humaine de l’univers, a donc tendu nécessairement à saper par sa base tout l’édifice théologique. On s’explique aisément ainsi la répugnance instinctive des esprits vraiment religieux contre cette grande découverte, et l’acharnement opiniâtre du pouvoir sacerdotal contre son plus illustre promoteur.1;

La philosophie positive n’a jamais détruit une doctrine quelconque, sans lui substituer immédiatement une conception nouvelle, capable de satisfaire encore plus complètement aux besoins fondamentaux et permanens de la nature humaine, comme j’aurai tant d’occasions de le cons-tater dans le quatrième volume de cet ouvrage. Ainsi, la Vanité de l’homme a du être, sans doute, profondément humiliée, quand la connaissance du mouvement de la terre est venue dissiper les illusions puériles qu’il s’était faites sur son importance prépondérante dans l’univers. Mais, en même temps, le seul fait de cette decouverte ne tendait-il point nécessairement à lui donner un

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sentiment plus élevé de sa vraie dignité intellectuelle, en lui faisant apprécier toute la portée de ses moyens réels convenablement employés , par l’immense difliculté que notre position, dans le monde dont nous faisons partie , opposait à l’acquisition exacte et certaine d’une telle v érité? Laplace a justement signalé cette considération philosophique. A l’idée fantastique et énervante d’un univers arrangé pour l’homme, nous substituons la conception réelle et viviliante de l’homme découvrant, par un exercice positif de son intelligence, les vraies lois générales du monde, afin de parvenir à le modifier à son avantage entre certaines limites, par un emploi bien combiné de son activité, malgré les obstacles de sa condition? Laquelle est, au fond, la plus honorable pour la nature humaine, parvenue à un certain degré de développement social ? Laquelle est le mieux en harmonie avec nos plus nobles penchans? Laquelle enfin tend à stimuler avec plus d’énergie notre intelligence et notre activité? Si l’univers était réellement disposé pour l’homme , il serait puéril à lui de s’en faire un mérite, puisqu’il n’y aurait nullement contribué, et qu’il ne lui resterait qu’à jouir, avec une inertie stupide, des faveurs de sa destinée; tandis qu’il peut, .au contraire, dans sa véritable condition, se glorifier justement des avan-

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tages qu’il parvient à se procurer en résultat des connaissances qu’il a fini par acquérir, tout ici étant essentiellement son ouvrage (i).

Une dernière conséquence philosophique, très imparfaitement appréciée jusqu’ici, et qui me semble fort importante, résulte nécessairement de la doctrine du mouvement de la terre. C’est la distinction, désormais profondément tranchée, entre l’idée d 'univers et celle de monde , trop souvent encore prises l’une pour l’autre. On n’a point reconnu jusqu’à préseut que la notion d’uuivers, c’est-àdire la considération de l’ensemble des grands corps existans comme formant un système unique, était essentiellement fondée sur l’opinion primitive à l’égard de l’immobilité de la terre. Dans cette manière de voir , tous les astres constituaient, eu effet , malgré leurs caractères propres et la diversité de leurs mouvemens, un véritable système général , ayant la terre pour centre évident. Au contraire, la connaissance du mouvement de notre globe, transportant subitement toutes les étoiles à des distances infiniment plus considérables que les plus grands intervalles planétaires, n’a plus laissé, dans notre pensée, de place à

(î) Vnuvenargnes a dit avec une profonde raison : « Le monde » est ce qu’il doit titre pour un iiro fictif, c'est ît-dirc fertile en

» obstacles. « .

l’idée réelle et sensible de système qu’à l’égard du très petit groupe dont nous faisons partie autour du soleil. Dès lors, la notion de monde s’est introduite comme claire et usuelle; et celle univers est devenue essentiellement incertaine et même à peu près inintelligible. Car, nous ignorons complètement aujourd’hui, et nous ne saurons probablement jamais avee une véritable certitude, si lesin» nombrables soleils que nous apercevons composent finalement, en effet, un système unique et général, ou, au contraire , un nombre , peut-être fort grand, de systèmes partiels , entièrement iudépendans les uns des autres. L’idée d’univers se trouve donc ainsi essentiellement exclue de la philosophie vraiment positive, et l’idée de monde devient la pensée la plus étendue qu’il nous soit permis de poursuivre habituellement avec fruit ; ce qui doit être regardé comme un véritable progrès, celte pensée ayant l’avantage d’être, par sa nature, exactement circonscrite, tandis que l’autre est, de toute nécessité, vague et indéfinie; comme je l’ai remarqué au commencement de ce volume. Cette restriction de nos conceptions générales usuelles est d’autant plus rationnelle que nous avons acquis, par l’expérience la plus étendue et la plus décisive, la conviction de l’indépendance fondamentale des phénomènes intérieurs de notre

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monde, les seuls dont la connaissance nous soit indispensable, à l’égard des phénomènes vraiment universels, puisque, comme je l’ai déjà signalé, les tables astronomiques de l’état de notre système solaire, dressées sans avoir aucun égard à l’action des autres soleils , coïncident journellement avec les observations directes les plus minutieuses.

La théorie du mouvement de la terre n’a point encore certainement exercé , dans notre manière de voir habituelle, toute son influence nécessaire, surtout au sujet de cette distinction fondamentale, qui en est néamoins une conséquence immédiate et évidente. Cela tient, sans doute, à l’ex- „ trême imperfection de notre système d’éducation, qui ne permet , même aux plus éminens esprits , d’être initiés à ces hautes pensées philosophiques, que lorsque tout l’ensemble de leurs idées a déjà reçu la profonde empreinte habituelle d’une doctrine absolument opposée : en sorte que les connaissances positives qu’ils parviennent à acquérir, au lieu de dominer et de diriger leur intelligence , ne servent ordinairement qu’à modifier et à contenir la tendance vicieuse qu’on a d’abord développée en elle.

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