VINGT-SEPTIÈME LEÇON
Considérations générales sur l’astronomie sidérale , et sur la cosmogonie positive.
La seule branche de l’astronomie sidérale qui paraisse comporter jusqu’à présent une certaine suite d’études exactes, concerne les mouvemens relatifs des étoiles multiples , dont la première découverte est due au grand observateur Herschell. Les astronomes entendent par là des étoiles extrêmement rapprochées, dont la distance angulaire n’excède jamais une demi-minute, et qui semblent pour cette raison n’en faire qu’ane, non-seulement à la vue simple, mais avec les lunettes ordinaires de nos observatoires, les plus puissans télescopes pouvant seuls les séparer. Il faut considérer, en outre, que les mouvemens relatifs de ces astres tendent souvent à foire mé* connaître leur multiplicité effective, comme on l’a vu pins d’une fois, en produisant pendant un temps plus ou moins long des occultations mutuelles, qui ne permettent point alors la sépara-
tion. Parmi plus de trois mille étoiles multiples actuellement enregistrées dans les catalogues, quoique le ciel austral soit encore à cet égard très peu exploré, presque toutes sont seulement doubles, la triplicité même étant extrêmement rare , et aucun degré supérieur de multiplicité n’ayant jamais été observé, ce qui ne tient peut-être qu’à l’imperfection de nos meilleurs télescopes, comme, avant Herscliell , la simple dualité était ignorée. Ces groupes remarquables ne constituent évidemment, par leur nature, qu’un cas très particulier dans l’univers, puisque l’intervalle des astres qui les composent est probablement d’un ordre beaucoup moindre que les distances mutuelles des principaux soleils; en sorte que, dans ces mouvemens relatifs , quand même ils pourraient être un jour parfaitement connus, ce qui est en soi fort douteux, d’après les considérations indiquées à la fin de la vingt-quatrième leçon , il ne s’agirait encore nullement des phénomènes célestes les plus généraux , quelque intérêt que doive inspirer une telle étude. La spécialité du cas deviendrait même bien autrement prononcée , si, comme la rigueur scientifique me semble l’exiger, les astronomes ne formaient leur catégorie des étoiles doubles que de celles dont ils ont pleinement constaté les mouvemens, et qui sont jusqu’ici
ASTRONOMIE
en très petit nombre. Car, la dualité de presque toutes les autres n’indique peut-être aucune relation réelle, puisque, malgré le rapprochement des directions, les intervalles mutuels peuvent être tels, que les deux astres ne forment pas plus un vrai système que deux étoiles quelconques combinées au hasard dans le ciel, si ces astres sont très inégalement éloignés de nous , circonstance à l’égard de laquelle nous n’avons encore aucune sorte de renseignement direct ou indirect. S’autoriser e quelques exemples incontestables pour envisager cette multitude d’étoiles doubles comme autant de systèmes binaires, où la moindre masse circule autour de la plus grande, ce serait, à mon avis, s’écarter étrangement de l’indispensable sévérité de méthode qui seule constitue l’admirable positivité de la véritable astronomie, en confondant, peut-être le plus souvent, avec un vrai phénomène céleste, un simple accident de position , tenant uniquement au point de l’univers occupé par notre monde. La seule analogie est ici évidemment insuffisante, car elle pourrait bien n’ètre due qu’à l’impuissance de nos explorations. Quel astronome oserait maintenant garantir que, si les télescopes étaient susceptibles d’être un jour suffisamment perfectionnés, nous ne parviendrions pas à distinguer, entre les étoiles