‹ Cours de philosophie positive (volume 5)Chapitre 26 sur 43 · TOME II · texte numérisé non relu

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données , en excluant toutefois celles qui pourraient le dénaturer. Que ce but soit rarement atteint d'une manière complète et surtout précise, cela n’est point douteux; mais il en résulte seulement que la science est imparfaite. Son imperfection réelle fût-elle même beaucoup plus grande, telle n’en serait pas moins évidemment sa destination nécessaire. J’ai remarqué ailleurs que, pour concevoir nettement le vrai caractère général d’une science quelconque, il est d’abord indispensable de la supposer parfaite , et l’on a ensuite convenablement égard aux difficultés fondamentales plus ou moins grandes que présente toujours effectivement cette perfection idéale, comme nous l’avons déjà fait envers l'astronomie.

Par cette seule exposition sommaire de l’objet général des recherches physiques, il est aisé de sentir combien elles doivent offrir nécessairement plus de complication que les études astronomiques. Celles-ci se bornent à considérer les corps dont elles s’occupent sous les deux aspects élémentaires les plus simples que nous puissions imaginer, quant à leurs formes et à leurs mouvemens, en faisant rigoureusement abstraction de tout autre point de vue. En physique, au contraire * les corps, accessibles à tous nos sens, sont nécessairement envisagés dans l’ensemble des con-

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dirions générales qui caractérisent leur existence réelle, et par conséquent, étudiés sous un grand nombre de rapports divers , qui d’ordinaire se compliquent mutuellement. Si l’on apprécie convenablement la difficulté totale du problème, il deviendra facile de concevoir, à priori, que nonseulement une telle science doit être inévitablement beaucoup moins parfaite que l’astronomie, mais encore même qu’elle serait réellement impossible si l’accroissement des obstacles fondamentaux n’était naturellement compensé, jusqu’à un certain point, par l’extension des moyens d’exploration. C’est ici le lieu d’appliquer la loi philosophique que j’ai établie dans la dix-neuvième leçon , au sujet de cette compensation nécessaire et constante , qui résulte essentiellement de ce que , à mesure que les phénomènes se compliquent, ils deviennent, par cela même, explorables sous un plus grand nombre de rapports divers.

Des trois procédés généraux qui constituent notre art d’observer, comme je l’ai exposé alors, le dernier, la comparaison, n’est à la vérité guère plus applicable ici qu’à l’egard des phénomènes

astronomiques. Quoiqu’il y puisse être quelque-»

fois heureusement employé, il faut reconnaître que, par sa nature, il est essentiellement destiné

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à l’étude des phénomènes propres aux corp9 organisés, comme nous le constaterons plus lard. Mais la physique comporte évidemment le plus complet développement des deux autres modes fondamentaux d’observation. Quant au premier, c’est-à-dire à l’observation proprement dite, qui, en astronomie, était forcément bornée à l’usage d’un seul sens, elle commence à recevoir ici toute son extension possible. La multiplicité des points de vue relatifs aux propriétés physiques tient essentiellement en effet à la même condition caractéristique qui nous permet d’y employer simultanément tous nos sens. Néanmoins, cette science, réduite à la seule ressource de l’observation pure, serait, sans aucun doute, extrêmement imparfaite, quelque varié qu’y puisse être son usage. Mais ici s’introduit spontanément, dans la philosophie naturelle , l’emploi du second procédé général d’exploration, l’expérience, dont l’application convenablement dirigée constitue la principale force des physiciens pour toutes les questions un peu compliquées. Cet heureux artifice fondamen tal consiste toujours à observer en dehors des circonstances naturelles, en plaçant les corps dans des conditions artificielles, expressément instituées pour faciliter l’examen de la marche des phénomènes qu’on se propose d’analyser sous un

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point de vue déterminé. On conçoit aisément combien un tel art est éminemment adapté aux recherches physiques, qui, destinées, parleur nature, à étudier dans les corps leurs propriétés générales et permanentes, susceptibles seulement de divers degrés d’intensité, peuvent admettre, pour ainsi dire sans limites, l’ensemble quelconque de circonstances qu’on juge convenable d’introduire. C’est réellement en physique que se trouve le triomphe de l’expérimentation, parce que notre faculté de modifier les corps afin de mieux observer leurs phénomènes, n’y est assujettie à presque aucune restriction, ou que, du moins, elle s’y développe beaucoup plus librement que dans toute autre partie de la philosophie naturelle.

Quand nous examinerons , dans le volume suivant,- la science de la vie , nous reconnaîtrons quelles difficultés fondamentales y présente l’institution des expériences , à cause de la nécessité de les combiner de manière à maintenir l’état vivant, et même au degré normal, ce qui, d’un autre côté, exige impérieusement un ensemble très complexe de conditions, tant extérieures qu’intérieures, dont les variations admissibles sont renfermées entre des limites peu écartées , et dont les modifications se provoquent mutuellement : en

sorte qu’on ne peut presque jamais établir, en physiologie, tandis qu’on l’obtient si aisément en physique deux cas exactement pareils sous tous les rapports, sauf souscelui qu’on veutaualyserjcequi constitue pourtant la base indispensabled’uneexpérimentution complètement rationnelle et vraiment décisive. L’usage des expériences doit donc être , en physiologie, extrêmement restreint , quoique, sans doute, elles y puissent être réellement avantageuses, quand on procède à leur institution avec toute la circonspection qu’elle exige : nous examinerons plus tard comment cette ressource y est, jusqu’à un certain point, remplacée par l’observation pathologique. En chimie, le domaine de l’expérimentation semble ordinairement encore plus complet que dans la physique, puisqu’on n’y considère, pour ainsi dire, jusqu’ici que des faits résultant de circonstances artificielles, établies par notre intervention. Mais, la non-spontanéité des circonstances ne constitue pas, ce me semble, le principal caractère philosophique de l’expérimentation, qui consiste surtout dans le choix le plus libre possible du cas propre à dévoiler le mieux la marche du phénomène, que ce cas soit d’ailleurs naturel ou factice. Or, ce choix est, en réalité, bien plus facultatif en physique qu’à l’égard des phénomènes chimiques, dont la plupart, ne

pouvant s’obtenir que par le concours indispensable d’un plus grand nombre d’influences diverses, ne permettent pas de varier autant les circonstances de leur production , ni surtout d’isoler aussi complètement les différentes conditions déterminantes , comme nous le reconnaîtrons spécialement dans le volume suivant. Ainsi, en résumé, non-seulement la création de l’art général de l’expérimentation est due au développement de la physique; mais c’est surtout à cette science qu’un tel procédé est, en effet, destiné, quelque précieuses ressources qu’il offre aux branches plus compliquées delà philosophie naturelle.

Après l’usage rationnel des méthodes expérimentales, la principale base du perfectionnement de la physique résulte de l’application plus ou moins complète de l’analyse mathématique. C’est ici que finit le domaine actuel de cette analyse en philosophie naturelle; et la suite de cet ouvrage montrera combien il serait chimérique d’espérer que son empire s’étende jamais au-delà avec une efficacité notable, même en se bornant aux phénomènes chimiques. La fixité et la simplicité relatives des phénomènes physiques, doivent comporter naturellement un emploi étendu de l’instrument mathématique , quoiqu’il s’y adapte beaucoup moins bien qu’aux études astronomiques.

Cette application peut s’y présenter sous deux formes très différentes , l’une directe , l’autre indirecte. La première a lieu quand la considération immédiate des phénomènes a permis d’y saisir une loi numérique fondamentale, qui devient la base d’une suite plus ou moins prolongée de déductions analytiques ; comme on l’a vu si éminemment lorsque Je grand Fourier a créé sa belle théorie mathématique de la répartition de la chaleur, fondée tout entière sur le principe de l’action thermologique entre deux corps, proportionnelle à la différence de leurs températures. Le plus souvent, au contraire, l’analyse mathématique ne s’y introduit qu’ indirectement, c’est-à-dire après que les phénomènes ont été d’abord ramenés, par une étude expérimentale plus ou moins difficile, à quelques lois géométriques ou mécaniques ; et alors ce n’est point proprement à la physique que l’analyse s’applique, mais à la géométrie ou à la mécanique.Tellessout, entre autres, sous le rapport géométrique, les théories de la réflexion ou de la réfraction, et, sous le rapport mécanique, l’étude de la pesanteur ou celle d’une partie de l’acoustique.

Que l’introduction des théories analytiques, dans les recherches physiques, soit médiate ou immédiate , il importe de ne lesy employer qu’avec

une extrême circonspection, après avoir sévèrement scruté la réalité du point de départ, qui peut seule établir la solidité des déductions , qu’une telle méthode permet de prolonger et de varier avec une si admirable fécondité; et le génie propre de la physique doit diriger sans cesse l’usage rationnel de ce puissant instrument. Il faut convenir que l’ensemble de ces conditions a été rarement rempli d’une manière convenable par les géomètres, qui, le plus souvent, prenant le moyen pour le but, ont embarrassé la physique d’une foule de travaux analytiques fondés sur des hypothèses très hasardées, ou même sur des conceptions entièrement chimériques, et où, par conséquent, les bons esprits ne peuvent voir réellement que de simples exercices mathématiques, dont la valeur abstraite est quelquefois très éminente, sans que leur influence puisse nullement accélérer le progrès naturel de la physique. L’injuste dédain que la prépondérance de l’analyse provoque trop fréquemment pour les études purement expérimentales, tend même directement à imprimer à l’ensemble des recherches une impulsion vicieuse qui, si elle n’était point nécessairement contenue, enlevant à la physique ses fondemens indispensables , la ferait rétrograder vers nu état d’incertitude et d’obscurité peu différent.

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au fond, malgré l’imposante sévérité des formes, de son ancien état métaphysique. Les physiciens n’ont pas d’autre moyen radical d’éviter ces empiètemens funestes, que de devenir désormais eux-mêmes assez géomètres pour diriger habituellement l’usage de l’instrument analytique , comme celui de tous les autres appareils qu’ils emploient, au lieu d’en abandonner l’application à des esprits qui n’ont ordinairement aucune idée nette et approfondie des phénomènes à l’exploration desquels ils le destinent. Cette condition , rationnellement indiquée par la seule position de la physique dans notre série encyclopédique, pourrait sans doute être convenablement remplie , si l’éducation préliminaire des physiciens était plus fortement organisée. Dès lors, ils n’auraient plus besoin de recourir aux géomètres que dans les cas, nécessairement très rares, qui exigeraient le perfectionnement abstrait des procédés analytiques. Non-seulement ils feraient ainsi cesser directement la sorte de fausse position scientifique qui leur est si souvent pénible aujourd’hui, mais ils amélioreraient notablement l’ensemble du système scientifique, en hâtant le développement de la saine philosophie mathématique. Car, la philosophie de l’analyse commence maintenant à être bien connue, quoique

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sans doute , comme je l’ai indiqué dans le volume précédent, elle soit encore susceptible de perfectionnemens capitaux; mais, quant à la vraie philosophie mathématique , qui consiste surtout dans la relation convenablement organisée de l’abstrait au concret, elle est encore presque entièrement dans l’enfance, sa formation ayant dû nécessairement être postérieure. Or, elle ne pouvait naître que d’une comparaison suffisamment étendue entre les études mathématiques de divers ordres de phénomènes ; elle ne peut se développer que par l’accroissement graduel de telles études, poursuivies dans un esprit vraiment positif, qui, au degré où il est nécessaire, doit naturellement se trouver bien plus complet chez les physiciens que chez les géomètres. L’attention de ceux-ci doit , en général , se diriger spontanément de prétërence vers l’instrument, abstraction faite de l’usage; les autres peuvent seuls, d’ordinaire, sentir assez vivement le besoin de modifier les moyens, conformément à la destination qu’ils ont en vue. Telles sont les fonctions respectives que leur assigne une distribution rationnelle de l’ensemble du travail scientifique.

Quoique l’application de l’analyse à l’étude de la physique ne soit point encore assez philosophiquement instituée, et que, par suite, elle ait

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été fréquemment illusoire, elle n’en a pas moins déjà rendu d’éminens services au progrès réel de nos connaissances, comme j’aurai soin de l’indiquer en examinant successivement les diverses parties essentielles de la science. Lorsque les conditions fondamentales d’une telle application ont pu être suffisamment remplies, l’analyse a porté, dans les différentes branches de la physique, cette précision admirable et surtout cette parfaite coordination qui caractérisent toujours son emploi bien entendu. Que seraient ans selle, l’étude de la pesanteur, celle de la chaleur, delà lumière, etc.? Des suites de faits presque incohérens , dans lesquelles notre esprit ne pourrait rien prévoir qu’en consultant l’expérience, pour ainsi dire à chaque pas, tandis qu’elles nous offrent maintenantun caractère de rationnalilé très satisfaisant, qui les rend susceptibles de remplir à un haut degré la destination finale de tout travail scientifique. Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler que les phénomènes physiques, à raison de leur plus grande complication, sont bien moins accessibles aux méthodes mathématiques que les phénomènes astronomiques, soit quant à l’étendue ou à la sûreté des procédés. Sous le point de vue mécanique surtout, il n’y a pas de problème physique qui ne soit réellement beaucoup plus complexe qu’aucun problème

astronomique, lorsqu’on y veut tenir compte de toutes les circonstances susceptibles d’exercer sur le phénomène une véritable influence. Le cas de la pesanteur, quelque simple qu’il paraisse et qu’il soit en effet, relativement à tous les autres, en offre la preuve bien sensible, même en se bornant aux solides, par l’impossibilité où nous sommes encore d’avoir suffisamment égard dans nos calculs à la résistance de l’air, qui modifie pourtant d’une manière si prononcée le mouvement effectif. Il en est ainsi, à plus forte raison, des autres recherches physiques susceptibles de devenir mathématiques, et qui ordinairement ne sauraient comporter une telle transformation qu’après avoir écarté une portion plus ou moins essentielle des conditions du problème, d’où résulte l’impérieuse nécessité d’une grande îéserve dans l’emploi des déductions de cette analyse incomplète. On pourrait cependant augmenter beaucoup l’utilité réelle de l’analyse dans les questions physiques, en ne lui accordant plus une prépondérance aussi exclusive, et en consultant plus convenablement l’expérience, qui, cessant d’èlre bornée à la simple détermination des coefliciens, comme on le voit trop souvent aujourd’hui, fournirait aux méthodes mathématiques des poiu ts de départ moins écartés ; celte inarchea déjà réussi pour quelques cas,mnl-

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heureusement trop rares. Sans doute , la coordina* tion devient ainsi plus imparfaite ; mais doit-on regretter cette perfection illusoire, lorsqu’on ne peut l’obtenirqu’en altérant plusou moinsprofondément la réalité des phénomènes? Cet art de combiner intimement l’analyse et l’expérience, sans suballerniser l’une à l’autre, est encore presque inconnu ; il constitue naturellement le dernier progrès fondamental de la méthode propre à l’étude approfondie de la physique. 11 ne pourra être , en réalité, convenablement cultivé, que lorsque les physiciens , et non les géomètres, se chargeront enfin, dans ces recherches, de diriger l’instrument analytique, comme je viens de le proposer.

Après avoir suffisamment considéré, d’une manière générale , l’objet propre de la physique et les moyens fondamentaux qui lui appartiennent, je dois maintenant fixer sa vraie position encyclopédique. La discussion établie au commencement de celte leçon doit me dispenser naturellement de grands développemcns à ce sujet. 11 faut, néanmoins, justifier ici sommairement le rang que j’ai assigné à cette branche de la philosophie naturelle dans la hiérarchie scientifique, telle que je l’ai constituée au début de cet ouvrage.

Si l’on envisage d’abord la physique relative-

ment aux sciences que j’ai placées comme antécédentes, il est aisé de reconnaître, en premier lieu, que non-seulement ses phénomènes sont plus compliqués que les phénomènes astronomiques , ce qui est évident , mnis que leur étude ne saurait acquérir son vrai caractère rationnel qu’en se fondant sur une connaissance approfondie, quoique générale, de l’astronomie, soit comme modèle, soit même comme base. JNous avons reconnu, dans la première partie de ce volume, que la science céleste, tant sous le point de vue mécanique que sous le point de vue géométrique, nous offre nécessairement, à raison de la simplicité caractéristique de ses phénomènes, le type le plus parfait de la méthode universelle qu’on doit appliquer, autant que possible, à la découverte des lois naturelles. Quelle préparation immédiate aussi convenable pourrions-nous donc imaginer pour notre intelligence avant de se livrer aux explorations plus difficiles de la physique, que celle qui résulte de l’examen philosophique d’un tel modèle? Comment procéder rationnellement à l’analyse des phénomènes plus compliqués, sans s’étre rendu d’abord un compte général satisfaisant de la manière dont les plus simples peuvent être étudiés? La marche de l’individu doit offrir ici les mêmes phases principales que celle de l’espèce.

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C’est par l’astronomie que l’esprit positif a réellement commencé à s’introduire dans la philosophie naturelle proprement dite, après avoir été suffisamment développé par les études purement mathématiques. Notre éducation individuelle pourrait-elle réellement être dispensée de suivre la même série générale? Si la science céleste nous a seule primitivement appris ce que c’est que Y explication positive d’un phénomène sans aucune enquête inaccessible sur sa cause, ou première ou finale, ni sur son mode de production , à quelle source plus pure puiserions-nous aujourd’hui un tel enseignement fondamental ? La physique , plus qu’aucune autre science naturelle, doit surtout se proposer l’imitation d’un tel modèle, puisque ses phénomènes étant les moins compliqués de tous après les phénomènes astronomiques, cette imitation y est nécessairement bien plus complète.

Indépendamment de cette relation fondamentale, sous le rapport de la méthode, l’ensemble des théories célestes constitue une donnée préliminaire indispensable à l’étude rationnelle de la physique terrestre, comme je l’ai déjà indiqué dans la dix -neuvième leçon. La position et les mouveinens de notre planète dans le monde dont nous faisons partie , sa figure , sa grandeur , Péqui-

libre général de sa masse, sont évidemment nécessaires à connaître avant que l’un quelconque des phénomènes physiques qui s’opèrent à sa surface puisse être véritablement compris. Le plus élémentaire d’entre eux , et qui se reproduit dans presque tous les autres, la pesanteur, n’est point susceptible d’être étudié d’une manière approfondie, abstraction faite du phénomène céleste universel dont il ne présente réellement qu’un cas particulier. Enfin , j’ai déjà remarqué ailleurs que plusieurs phénomènes importans, et surtout celui des marées, établissent naturellement une transition formelle et presque insensible de l’astronomie à la physique. Une telle subordination est donc incontestable, sous quelque point de vue qu’on l’envisage.

Par suite de cette harmonie, la physique est donc sous la dépendance étroite, quoique indirecte, de la science mathématique, base évidente de l’astronomie. Mais, outre cette connexion médiate , nous avons reconnu ci-dessus le lien direct qui rattache intimement la physique au fondement général et primitif de toute la philosophie naturelle. Dans la plupart des branches de la physique, il s’agit, comme en astronomie, de phénomènes essentiellement géométriques ou mécaniques, quoique les circonstances en soient ortome il. 27

^l8 PHILOSOPHIE POSITIVE. ■

dinairemeut beaucoup plus compliquées. Celte complication empêche sans doute que les théories géométriques et mécaniques, suivant l’examen précédent, puissent y être appliquées d’une manière à beaucoup près aussi parfaite, soit quant à l’étendue ou à la précision , que dans les cas célestes. Mais les lois abstraites de l’espace et du mouvement n’en doivent pas moins y être exac-> tement observées; et leur application, envisagée d’une manière générale, ne saurait manquer d’y fournir des indications fondamentales extrêmement précieuses. Néanmoins, quelque évidente que soit cette subordination sous le rapport de la doctrine , c’est relativement à la méthode que la filiation mathématique de la physique me semble surtout importante à considérer. N’oublions jamais, en effet, que l’esprit général de la philosophie positive s’est formé primitivement par Ja culture des mathématiques, et qu’il faut nécessairement remonter jusqu’à une telle origine pour connaître réellement cet esprit dans toute sa pureté élémentaire. Les théorèmes et les formules mathématiques sont rarement susceptibles d’une application complète à Pétude effective des phénomènes naturels , quand on veut dépasser la plus extrême simplicité dans les conditions réelles des problèmes. Mais le véritable

esprit mathématique , si distinct de l’esprit algébrique, avec lequel on le confond trop souvent (i), est, au contraire, constamment applicable ; et sa connaissance approfondie constitue , à mes yeux, le plus intéressant résultat que les physiciens puissent retirer d’une étude philosophique de la science mathématique. C’est seulement par l’habitude intimedes vérités éminemment simples et lucides de la géométrie et de la mécanique que notre esprit peut d’abord développer convenablement sa positivité naturelle, et se préparer à établir dans les études les plus complexes des démonstrations réelles. Rien ne saurait tenir lieu d’un tel régime pour dresser complètement l’organe intellectuel.On doit même reconnaître que les notions géométriques étant encore plus nettes et plus fondamentales que les notions mécaniques , l’étude des premières importe encore davantage aux physiciens comme moyen d’éducation , quoique les secondes aient réellement, dans les di-

(i) Les mêmes géomètres qui se plaiscntlc plus à soumettre an calcul lies hypothèses physiques très hasardées ou même entièrement chimériques, sont ordinairement ceux qui , en mathématique* pures, poussent jusqu’au ridicule les habitudes de circonspection pédantesque et de sévérité' minutieuse. Ce contraste remarquable me semble propre h faire ressortir la différence profonde qui existe entre l’esprit algébrique et le véritable esprit mathématique, pour lequel le calcul n’est qu’un instrument, essentiellement subordonné, comme tout antre , h sa destination.

verses branches de la science , un usage effectif plus immédiat et plus étendu. Toutefois, quelle que soit l’importance évidente d’une telle préparation primitive, il ne faudrait pas croire que, même sous le seul rapport du régime intellectuel, elle pût être vraiment suffisante, si l’étude philosophique de l’astronomie ne venait point la compléter, en montrant, par une application à la fois simple et capitale, comment l’esprit mathématique doit se modifier pour s’adapter réellementà l’exploration des phénomènes naturels. On voit ainsi, en résumé, que l’éducation scientifique préliminaire propre à former des physiciens rationnels est nécessairement plus compliquée que celle convenable aux astronomes, puisque, indépendamment d’une base mathématique exactement commune, et qui suffit à ceux-ci, les premiers doivent y joindre l’étude, au moins générale, de la science céleste. Sous ce premier point de vue, la position encyclopédique que j’ai assignée à la physique est donc incontestable.

Son rang n’est pas moins évident sous le rapport inverse, c’est-à-dire quant à ses relations fondamentales avec les sciences que j’ai classées après elle.

Ce ne saurait être par accident que, non-seulement dans notre langue, mais, en général,

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dans celles «le tous les peuples penseurs, le nom générique primitivement destiné à désigner l’ensemble de l’étude de la nature, soit unanimement devenu, depuis environ un siècle, la dénomination spécifique de la science que nous considérons ici. Un usage aussi universel résulte nécessairement du sentiment profond , quoique vague, de la prépondérance que doit exercer la physique proprement dite dans le système de la philosophie naturelle , qu’elle domine en effet tout entier, en exceptant la seule astronomie, qui n’est, en réalité, qu’une émanation immédiate de la science mathématique. 11 suffit de considérer directement celte relation générale, pour concevoir aussitôt que l’étude des propriétés communes à tous les corps, qu’ils nous manifestent, avec de simples différences de degré , dans tous les états dont ils sont susceptibles, et qui constituent, par conséquent , l’existence fondamentale de toute matière, doit indispensablement précéder celle des modifications propres aux diverses substances et à leurs divers arrangemens. La nécessité d’un tel ordre est même sensible, comme on voit, indépendamment de la loi philosophique qui impose si clairement , sous le rapport de la méthode, l’obligation de n’étudier les phénomènes les plus complexes qu’après les moins complexes. Relati-

vement à la science de la vie en particulier, quelque opinion qu’on adopte sur la nature des phénomènes qui distinguent les corps organisés, il est évident que, avant tout, ces corps, en tant que tels, sont soumis aux lois universelles de la matière, modifiées seulement dans leurs manifestations par les circonstances caractéristiques de l’état vivant. En examinant , dans le volume suivant , la philosophie de cette science , nous reconnaîtrons combien sont illusoires les considérations d’après lesquelles on a si souvent tenté d’établir que les phénomènes vitaux sont en opposition avec les lois générales de la physique. D’ailleurs, la vie ne pouvant jamais avoir lieu que sous l’influence continuelle et indispensable d’un système déterminé de circonstances extérieures, comment serait-elle susceptible d’étude positive, si l’on voulait faire abstraction des lois relatives à ces modificateurs externes? Ainsi, toute physiologie qui n’est point fondée sur une connaissance préalable de la physique, ne saurait avoir aucune vraie consistance scientifique. Cette subordination est encore plus frappante pour la chimie , comme nous le constaterons spécialement au commencement du volume suivant. Sans admettre l’hypothèse prématurée , et peut-être au fond très hasardée, par laquelle quelques physiciens éminens

veulent aujourd’hui rapporter tous les phéno*mènes chimiques à des actions purement physiques, il est néanmoins évident que tout acte chimique s’accomplit constamment sous des influences physiques, dont le concours est aussi indispensable qu’inévitable. Quel phénomène décomposition ou de décomposition serait intelligible, si l’on ne tenait aucun compte de la pesanteur, de la chaleur, de l’électricité, etc.? Or, pourraiton apprécier la puissance chimique de ces divers agens, sans connaître d’abord les lois relatives à l’influence générale propre à chacun d’eux ? 11 suffit, quant à présent, d’indiquer sommairement ces différens motifs, pour mettre hors de doute la dépendance étroite de la chimie envers la physique, tandis que celle-ci est, au contraire, par sa nature, essentiellement indépendante de l’autre.

Les considérations précédentes, en même temps qu’elles établissent clairement quel rang la physique doit occuper dans la hiérarchie rationnelle des sciences fondamentales, font sentir suffisamment sa haute importance philosophique, puisqu’elles la présentent comme une base indispensable à toutes les sciences que ma formule encyclopédique a placées après elle. Quant a l’acliou directe d’une telle science sur l’ensemble

du système intellectuel de l’homme, il faut reconnaître, avant tout, qu’elle est nécessairement moins profonde que celle des deux termes extrêmes de la philosophie naturelle proprement dite, l’astronomie et la physiologie. Ces deux sciences, en fixant immédiatement nos idées relativement aux deux sujets universels et corrélatifs de toutes nos conceptions, le monde et l’homme, doivent sans doute, par leur nature, agir spontanément sur la pensée humaine, d’une manière plus radicale que ne peuvent le faire les sciences intermédiaires, comme la physique et la chimie, quelque indispensable que soit leur intervention. Toutefois, l’influence de celles-ci sur le dévfeloppement général et l’émancipation définitive de l’intelligence humaine, n’en est pas moins extrêmement prononcée. En me bornant, comme il convient ici , à la physique seule , il est évident que le caractère fondamental d’opposition absolue entre la philosophie positive et la philosophie théologique ou métaphysique s’y fait très fortement sentir, quoiqu’il y soit réellement moins complet'qu’en astronomie, en raison même d’une moindre perfection scientifique. Cette infériorité relative, peu sensible aux esprits vulgaires, doit être sans doute , à cet égard, pleinement compensée par la variété beaucoup plus grande des

phénomènes dont la physique s’occupe, d’où résulte un antagonisme bien plus multiplié et, en conséquence, plus apparent, avec la théologie et la métaphysique. L’histoire intellectuelle des derniers siècles nous montre, en efl’et, que c’est principalement sur le terrain de la physique qu’a eu lieu , d’une manière formelle , la lutte générale et décisive de l’esprit positif contre l’esprit métaphysique : en astronomie , la discussion a été peu marquée, et le positivisme a triomphé presque spontanément, si ce n’est au sujet du mouvement de la terre.

11 importe, d’ailleurs, de remarquer ici que, à partir de la physique, les phénomènes naturels commencent à être réellement modifiables par l’intervention humaine, ce qui ne pouvait avoir lieu eu astronomie , et ce que nous verrons désormais se manifester de plus en plus dans tout le reste de notre série encyclopédique. Si l’extrême simplicité des phénomènes astronomiques ne nous avait nécessairement permis de pousser, à leur égard, la prévision scientifique jusqu’au plus haut degré d’étendue et d’exactitude , l’impossibilité où nous sommes d’intervenir, en aucune manière, dans leur accomplissement, eût rendu éminemment difficile leur affranchissement radical de toute suprématie théo-

logique et métaphysique : mais cette parfaite pré* voyance a dû être pour cela bien autrement efficace que la petite action effective de l’homme sur tous les autres phénomènes naturels. Quant à ceux-ci, au contraire, cette action, quelque restreinte qu’elle soit, acquiert, par compensation, une haute importance philosophique, à cause du peu de perfection que nous pouvons apporter dans leur prévision rationnelle. Le caractère fondamental de toute philosophie théologique , ainsi que je l’ai remarqué ailleurs, est de concevoir les phénomènes comme assujettis à des volontés surnaturelles, et par suite, comme éminemment et irrégulièrement variables. Or, pour le public, qui ne saurait entrer réellement dans aucune discus- , sion spéculative approfondie sur la meilleure manière de philosopher , un tel genre d’explications ne peut être finalement renversé que par deux moyens généraux , dont le succès populaire est infaillible à la longue : la prévoyance exacte et rationnelle des phénomènes, qui fait immédiatement disparaître toute idée d’une volonté directrice; ou la possibilité de les modifier suivant nos convenances, qui conduit au même résultat sous un autre point de vue, en présentant alors cette puissance comme subordonnée à la nôtre. Le premier procédé est le plus philosophique ;

c’est même celui qui peut le mieux entraîner la conviction du vulgaire, quand il est complètement applicable, ce qui n’a guère lieu jusqu’ici, à un haut degré, qu’à l’égard des phénomènes célestes ; mais le second , lorsque sa réalité est bien évidente, détermine non moins nécessairement l’assentiment universel. C’est ainsi, par exemple, que Franklin a irrévocablement détruit, dans les intelligences même les moins cultivées, la théorie religieuse du tonnerre, en prouvant l’action directrice que l’homme peut exercer, entre certaines limites, sur ce météore, tandis que ses ingénieuses expériences pour établir l’identité d’un tel phénomène avec la décharge électrique ordinaire, quoique ayant une valeur scientifique bien supérieure, ne pouvaient être décisives qu’aux yeux des physiciens. La découverte d’une telle faculté de diriger la foudre, a donc exercé réellement la même influence sur le renversement des préjugés théologiques que, dans un autre cas, la prévision exacte des retours des comètes. Une loi philosophique inconnue jusqu’ici , et que j’exposerai soigneusement dans le volume suivant, nous montrera à ce sujet que , plus notre prévision scientifique devient imparfaite, en vertu de la complication croissante des phénomènes, plus notre action sur eux acquiert naturellement

d’étendue et de variété, par une autre conséquence du même caractère. Ainsi, à mesure que l’antagonisme de la philosophie positive contre la philosophie théologique est moins prononcé sous le premier point de vue, il se manifeste davantage sous le second; en sorte que, quant à l’influence générale de cette lutte sur l’esprit du vulgaire, le résultat final est à peu près le même, quoique la compensation soit loin d’être exacte.

En considérant maintenant l’appréciation philosophique de la physique, sous le rapport de sa méthode et quant à la perfection de son caractère scientifique , indépendamment de l’importance de ses lois, nous reconnaissons , en général , que la vraie valeur comparative de cette science fondamentale se trouve exactement en harmonie avec le rang qu’elle occupe dans la hiérarchie encyclopédique que j’ai établie. La perfection spéculative d’une science quelconque doit se mesurer essentiellement par ces deux considérations principales, toujours et nécessairement corrélatives, quoique d’ailleurs fort distinctes : la coordination plus ou moins complète, et la prévision plus ou moins exacte. Ce dernier caractère nous offre surtout le critérium le plus clair et le plus décisif, comme se rapportant directement au but final de toute science. Or, en premier lieu , sous chacun

lit tes deux points de vue, la physique, par la variété' et la complication de ses phénomènes, doit toujours être évidemment très inférieure à l’astronomie, quels que puissent être ses progrès futurs. Au lieu de cette parfaite harmonie mathématique que nous avons admirée dans la science céleste, désormais ramenée à une rigoureuse unité , la physique va nous présenter de nombreuses branches , presque entièrement isolées les unes des autres, et dont chacune à part n’établit qu’une liaison souvent faible et équivoque entre ses principaux phénomènes : de même, la prévision rationnelle et précise de l’eusemble des événemens célestes à une époque quelconque, d’après un très petit nombre d’observations directes, sera remplacée ici par une prévoyance à courte portée, qui, pour ne pas être incertaine, peut à peine perdre de vue l’expérience immédiate. Mais, d’un autre côté , la supériorité spéculative de la physique sur tout le reste de la philosophie naturelle , sous l’un et l’autre rapport, est également incontestable, même relativement à la chimie, et, à plus forte raison, quant à la physiologie, comme je l’établirai Spécialement dans l’examen philosophique de ces deux sciences, dont les phénomènes sont, par leur nature, bien autrement incohérens, et comportent, en conséquence, une

prévoyance beaucoup plus imparfaite encore. Il importe, en outre, de noter ici, d’après une discussion précédemment indiquée dans cette leçon, que l’étude philosophique de la physique nous présente, comme moyen général d’éducation intellectuelle, une utilité toute spéciale, qu’il serait impossible de trouver ailleurs au même degré : la connaissance approfondie de l’art fondamental de l’expérimentation , que nous avons reconnu être particulièrement destiné à la physique. C’est toujours là que les vrais philosophes , quel que soit l’objet propre de leurs recherches habituelles, devront remonter, pour apprendre en quoi consiste le véritable esprit expérimental, pour connaître les conditions caractéristiques qu’exige l’institution des expériences propres à dévoiler, sans équivoque la marche réelle des phénomènes, et enfin pour se faire une juste idée des ingénieuses précautions par lesquelles on peut empêcher l’altéra* tion des résultats d’uu procédé aussi délicat. Chaque science fondamentale, outre les caractères essentiels de la méthode positive , qui doivent s’y montrer nécessairement à un degré plus ou moins prononcé, nous présentera ainsi naturellement quelques indications philosophiques qui lui appartiennent spécialement, comme nous l’avons déjà remarqué au sujet de l’astronomie; et c’est

toujours à leur source que de telles notions de logique universelle doivent être examinées, sous peine d’être imparfaitement appréciées. Suivant l’esprit de cet ouvrage, la science mathématique nous fait seule bien connaître les conditions élémentaires de la positivité; l’astronomie caractérise nettement la véritable étude de la nature ; la physique nous enseigne spécialement la théorie de l’expérimentation ; c’est à la chimie que nous devons surtout emprunter l’art général des nomenclatures; et enfin la science des corps organisés peut seule nous dévoiler la vraie théorie des classifications quelconques.

Pour compléter le jugement définitif que je devais porter ici sur la philosophie de la physique , envisagée dans son ensemble , il me reste à la considérer sous un dernier rapport fort important, dont j’ai jusqu’ici soigneusement réservé l’examen, et à l’égard duquel je me trouve obligé de choquer directement des opinions encore très accréditées parmi les physiciens, et surtout des habitudes profondément enraoinées chez la plupart d’entre eux. 11 s’agit du véritable esprit général qui doit présider à la construction rationnelle et à l’usage scientifique des hypothèses , conçues comme un puissant et indispensable auxiliaire dans notre étude de la nature. Cette grande

-43a PHILOSOPHIE POSITIVE.

question philosophique nous offrira, j’espère, une occasion capitale de reconnaître formellement l’utilité effective , quant au progrès réel des sciences, de ce point de vue général , et néanmoins positif, où je me suis placé le premier, dans cet ouvrage. Car, c’est sur la philosophie astronomique, caractérisée par la première partie de ce volume, que je prendrai mon point d’appui pour un tel examen, qui, sans cette méthode, entraînerait à des discussions interminables. La fonction fondamentale et difficile à analyser que remplissent, en physique, les hypothèses, m’oblige naturellement à placer ici ce problème général de philosophie positive. Je ne devais point m’en occuper expressément en astronomie, quoique aucune autre science ne fasse un usage, à la fois aussi complet et aussi rationnel, de ce moyen nécessaire : car, en vertu de l’extrême simplicité des phénomènes , c’est, pour ainsi dire, spontanément que toutes les conditions essentielles à son application bien entendue y ont été presque toujours observées , sans avoir besoin d’aucune règle philosophique spécialement affectée à cette destination. A mes yeux, au contraire, l’analyse convenablement approfondie de l’art des hypothèses, considéré dans la science dont la suprématie spéculative est aujourd’hui unanimement reconnue.

peut seule établir solidement les règles générales propres à diriger l’emploi de ce précieux artifice en physique, et, à plus forte raison, dans tout le reste de la philosophie naturelle. Telle est , en aperçu , la marche de mon intelligence. Les métaphysiciens, comme Condillac entre autres (1), qui ont voulu traiter cette question difficile en faisant abstraction de cette base indispensable , n’ont pu aboutir qu’à proposer à ce sujet quelques maximes vagues et insuffisantes, remarquables par leur puérilité lorsqu’elles n’ont pas un caractère absurde.

Théorie fondamentale des hypothèses . Il 11e peut exister que deux moyens généraux propres à nous dévoiler , ti’une manière directe et entièrement rationnelle, la loi réelle d’un phénomène quelconque , ou l’analyse immédiate de la marche de ce phénomène, ou sa relation exacte et évidente à quelque loi plus étendue, préalablement

(1) Voyez son étrange Traité des Systèmes. Un philosophe d’une . bien pins haute portée , l’illustre Barthez , a , depuis, traite' ce sujet d’une manière infiniment supérieure , dans le discours préliminaire , si éminent par sa force philosophique, ^ju’il a placé h la tête de ses Nouveaux Élément de ta science de l’homme ( deuxième édition). Mais, il n’avait pas non pins une connaissance assez approfondie de la philosophie mathématique et de la philosophie astronomique pour donner à son analyse générale une hase positive suffisante. Aussi , l’excellente théorie logique qu’il avait si vigoureusement tente d’établir ne l’a-l-qlle pu conduire, en physiologie, qu’il une application profondément vicieuse , comme nous aurons occasion de le constater spécialement dans le volume suivant. . ' ’’

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